Al-Ahram Hebdo, Voyages | Sous le signe de l’incertitude
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Voyages

Moyent-Orient. Avec le Liban sous un déluge de feu, c’est toute la donne touristique qui va s’en ressentir : changements de destination ou marasme total, la question inquiète.

Sous le signe de l’incertitude

Selon le dernier rapport de l’Organisation Mondiale du Tourisme (MOT) de 2006, le Liban a été placé en tête de liste des pays du Moyen-Orient, en ce qui concerne le taux de croissance en nombre de touristes. Ce taux avait déjà atteint, pendant les quatre premiers mois de cette année, 39 %. Un chiffre prometteur, puisque ce petit pays a reçu plus de 600 000 touristes pendant les six premiers mois de 2006. Les responsables du tourisme au Liban s’attendaient à plus d’un million de touristes au cours de cette année. Maintenant, la situation a complètement changé et les touristes prennent la clé des champs sous le joug de l’agression israélienne. Les 1,6 million de touristes auxquels s’attendait le gouvernement libanais ne sont plus que mirage. Suite aux bombardements israéliens, le Liban est en train de se vider de ses résidents étrangers et de ses touristes, à un moment où la saison touristique bat traditionnellement son plein. « La saison touristique est déjà terminée », a constaté amèrement le ministre libanais du Tourisme, Joseph Sarkis, qui a bien exprimé le sentiment de déception de tout un secteur qui, pris dans sa globalité, emploie un demi-million de personnes.

En fait, le Liban n’est pas le seul pays de la région qui souffre des conséquences de cette guerre en matière de tourisme. Le Moyen-Orient tout entier et les pays arabes seront gravement affectés par cette crise politique. « Ce ne sont pas seulement les touristes européens ou américains qui auront peur de venir dans la région, mais aussi tout le tourisme interarabe sera affecté. Lors des guerres, les gens préfèrent passer leurs vacances chez eux. Preuve : la chute considérable du nombre de touristes circulant dans toute la région pendant la première guerre du Golfe en 1990 », indique Magdi Sélim, directeur du département des relations internationales au ministère égyptien du Tourisme.

Selon Fathi Nour, conseiller du ministre égyptien du Tourisme, il est encore trop tôt de prévoir les pertes. « Ces circonstances dramatiques que vit le peuple libanais n’auront pas d’effets néfastes sur le mouvement du tourisme dans la région si les opérations militaires prennent fin d’ici dix jours au maximum. Mais si ça se prolonge, personne ne pourra prédire le volume des pertes qui sera causé à ce secteur. Celui-ci sera profondément affecté non seulement au Liban, mais dans toute la région du Moyen-Orient ». D’après Nour, les Occidentaux vont changer de destination touristique. Ils ne vont plus se diriger vers le Moyen-Orient qu’ils considèrent comme une région dangereuse. Ils vont donc opter pour l’Espagne, l’Italie ou la Grèce : pour eux, des destinations qui présentent les mêmes privilèges, et même parfois avec un meilleur service. D’après Fathi Nour, seuls les touristes arabes peuvent changer leurs destinations pour venir en Egypte ou aller en Turquie. « Cet été, l’augmentation du nombre de touristes arabes va compenser la diminution qui a eu lieu dans le nombre de touristes occidentaux », assure Nour. Les chiffres sont révélateurs, puisque le taux d’augmentation du nombre des touristes arabes venus en Egypte jusqu’à présent est de 40 % en comparaison à la période correspondante de l’année dernière. « Ce qui sera vraiment affecté c’est la prochaine saison d’hiver », reprend Nour.

Ethique et tourisme

D’autre part, le conseiller du ministre a insisté sur le fait que l’Egypte ne peut pas profiter d’une crise d’un pays voisin, surtout s’il s’agit d’un pays arabe comme le Liban. « On ne va pas essayer d’attirer les touristes qui avaient l’intention de passer leurs vacances au Liban, soit par des programmes de promotion intensifiés ou par la réduction des prix et les offres spéciaux comme a fait la Turquie par exemple », renchérit-il. Avis que refuse Wessal Alameddine, professeure à la faculté de tourisme et d’hôtellerie, qui estime que l’Egypte doit déployer tous les efforts possibles pour conserver les touristes au sein du Moyen-Orient, afin qu’ils ne se dirigent pas vers l’Asie ou l’Amérique Latine. « Je ne parle pas d’efforts sur le plan gouvernemental car, du côté éthique, c’est difficile de le faire. C’est donc la tâche du secteur privé qui n’a autre considération que l’intérêt financier, conformément à la règle ». Business is business, assure Wessal Alameddine. Selon elle, les hommes d’affaires qui travaillent dans le domaine du tourisme peuvent contacter les grands tour-opérateurs internationaux pour leur présenter de meilleures offres aux groupes touristiques et leur proposer l’Egypte comme destination alternative. En outre, ils peuvent organiser une campagne publicitaire et faire la propagande pour l’Egypte, mettant le point non seulement sur les atouts touristiques égyptiens mais, surtout, et de façon indirecte, mettre le focus sur l’aspect de stabilité, de sécurité et de paix qui règnent dans le pays. « Les catastrophes naturelles et les crises politiques qui frappent les pays touristiques sont devenues très fréquentes et les gens se sont habitués à coexister avec ces circonstances. On n’y peut rien, il faut faire une propagande pour le pays », conclut Dr Alameddine.

Dalia Farouk

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