Selon
le dernier rapport de l’Organisation Mondiale du Tourisme (MOT)
de 2006, le Liban a été placé en tête de liste des pays du Moyen-Orient,
en ce qui concerne le taux de croissance en nombre de touristes.
Ce taux avait déjà atteint, pendant les quatre premiers mois de
cette année, 39 %. Un chiffre prometteur, puisque ce petit pays
a reçu plus de 600 000 touristes pendant les six premiers mois
de 2006. Les responsables du tourisme au Liban s’attendaient à
plus d’un million de touristes au cours de cette année.
Maintenant, la situation a complètement changé et les touristes
prennent la clé des champs sous le joug de l’agression
israélienne. Les 1,6 million de touristes auxquels s’attendait
le gouvernement libanais ne sont plus que mirage. Suite aux
bombardements israéliens, le Liban est en train de se vider de
ses résidents étrangers et de ses touristes, à un moment où la
saison touristique bat traditionnellement son plein. « La saison
touristique est déjà terminée », a constaté amèrement le
ministre libanais du Tourisme, Joseph Sarkis, qui a bien exprimé
le sentiment de déception de tout un secteur qui, pris dans sa
globalité, emploie un demi-million de personnes.
En fait, le Liban n’est pas le seul pays de
la région qui souffre des conséquences de cette guerre en
matière de tourisme. Le Moyen-Orient tout entier et les pays
arabes seront gravement affectés par cette crise politique. « Ce
ne sont pas seulement les touristes européens ou américains qui
auront peur de venir dans la région, mais aussi tout le tourisme
interarabe sera affecté. Lors des guerres, les gens préfèrent
passer leurs vacances chez eux. Preuve : la chute considérable
du nombre de touristes circulant dans toute la région pendant la
première guerre du Golfe en 1990 », indique Magdi Sélim,
directeur du département des relations internationales au
ministère égyptien du Tourisme.
Selon Fathi Nour, conseiller du ministre
égyptien du Tourisme, il est encore trop tôt de prévoir les
pertes. « Ces circonstances dramatiques que vit le peuple
libanais n’auront pas d’effets néfastes sur le mouvement du
tourisme dans la région si les opérations militaires prennent
fin d’ici dix jours au maximum. Mais si ça se prolonge, personne
ne pourra prédire le volume des pertes qui sera causé à ce
secteur. Celui-ci sera profondément affecté non seulement au
Liban, mais dans toute la région du Moyen-Orient ». D’après Nour,
les Occidentaux vont changer de destination touristique. Ils ne
vont plus se diriger vers le Moyen-Orient qu’ils considèrent
comme une région dangereuse. Ils vont donc opter pour l’Espagne,
l’Italie ou la Grèce : pour eux, des destinations qui présentent
les mêmes privilèges, et même parfois avec un meilleur service.
D’après Fathi Nour, seuls les touristes arabes peuvent changer
leurs destinations pour venir en Egypte ou aller en Turquie. «
Cet été, l’augmentation du nombre de touristes arabes va
compenser la diminution qui a eu lieu dans le nombre de
touristes occidentaux », assure Nour. Les chiffres sont
révélateurs, puisque le taux d’augmentation du nombre des
touristes arabes venus en Egypte jusqu’à présent est de 40 % en
comparaison à la période correspondante de l’année dernière. «
Ce qui sera vraiment affecté c’est la prochaine saison d’hiver
», reprend Nour.
Ethique et tourisme
D’autre
part, le conseiller du ministre a insisté sur le fait que
l’Egypte ne peut pas profiter d’une crise d’un pays voisin,
surtout s’il s’agit d’un pays arabe comme le Liban. « On ne va
pas essayer d’attirer les touristes qui avaient l’intention de
passer leurs vacances au Liban, soit par des programmes de
promotion intensifiés ou par la réduction des prix et les offres
spéciaux comme a fait la Turquie par exemple », renchérit-il.
Avis que refuse Wessal Alameddine, professeure à la faculté de
tourisme et d’hôtellerie, qui estime que l’Egypte doit déployer
tous les efforts possibles pour conserver les touristes au sein
du Moyen-Orient, afin qu’ils ne se dirigent pas vers l’Asie ou
l’Amérique Latine. « Je ne parle pas d’efforts sur le plan
gouvernemental car, du côté éthique, c’est difficile de le
faire. C’est donc la tâche du secteur privé qui n’a autre
considération que l’intérêt financier, conformément à la règle
». Business is business, assure Wessal Alameddine. Selon elle,
les hommes d’affaires qui travaillent dans le domaine du
tourisme peuvent contacter les grands tour-opérateurs
internationaux pour leur présenter de meilleures offres aux
groupes touristiques et leur proposer l’Egypte comme destination
alternative. En outre, ils peuvent organiser une campagne
publicitaire et faire la propagande pour l’Egypte, mettant le
point non seulement sur les atouts touristiques égyptiens mais,
surtout, et de façon indirecte, mettre le focus sur l’aspect de
stabilité, de sécurité et de paix qui règnent dans le pays. «
Les catastrophes naturelles et les crises politiques qui
frappent les pays touristiques sont devenues très fréquentes et
les gens se sont habitués à coexister avec ces circonstances. On
n’y peut rien, il faut faire une propagande pour le pays »,
conclut Dr Alameddine.
Dalia Farouk