Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Une nouvelle perception du conflit israélo-arabe
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Opinion

 Une nouvelle perception du conflit israélo-arabe

Emad Awwad
Politologue

Les opérations militaires menées par Tsahal à Gaza et au Liban coïncident avec l’émergence d’une nouvelle perception israélienne du conflit israélo-arabe. Les débats au sein du Conseil de sécurité de l’Onu sur les deux opérations ont fourni une occasion à la diplomatie israélienne de faire valoir cette perception. Selon celle-ci, Israël n’est plus une « puissance occupante » à Gaza et au Liban et la véritable force d’occupation est le « terrorisme ». D’après le représentant israélien au Conseil de sécurité, la région a vu la naissance d’un « nouvel axe de la terreur, un club sélect dont le prix d’entrée est le sang des innocents ». Selon cette présentation, « le Hezbollah n’est que le doigt de la gâchette avec le Hamas ». Les deux piliers de cet axe sont l’Iran « qui nie l’holocauste en préparant le prochain. En plus, les missiles lancés contre Israël étaient iraniens et financés par le pays même qui clame ses droits à l’arme nucléaire ». Quant à la Syrie, elle est présentée comme le « protecteur reconnu d’organisations terroristes. Pour elle, le Liban est le sud de la Syrie ». Cette nouvelle façon de présenter le conflit israélo-arabe implique plusieurs risques.

Tout d’abord, elle est en harmonie avec les orientations qui ont dominé la scène internationale depuis la disparition du danger « communiste ». Désormais, le « terrorisme » occupe une place équivalente sinon plus importante que celle réservée jadis au bloc communiste. Si ce dernier avait des frontières géographiques connues, le nouveau danger est omniprésent. Toutefois, des organisations, des formations et même des Etats ont été pointés du doigt comme faisant partie du camp opposé. Par ailleurs, le terme « axe de terreur » venait faire l’écho à celui de l’axe « du mal » employé par les Etats-Unis depuis 2002 pour refléter une notion élastique de leur sécurité nationale. Vu sous cet angle, la nouvelle perception reflète une capacité considérable d’adaptation de la part de l’Etat hébreu afin d’atteindre ses objectifs stratégiques planifiés depuis une longue date.

Ensuite, cette nouvelle version représente une tentative visant à vider le conflit de son contenu, à savoir un conflit autour de « territoires » arabes occupés par la force et en dépit des maintes résolutions adoptées par l’Onu qui ont désigné Israël en tant que « puissance occupante ». Or, la nouvelle perception ne ferme-t-elle pas les yeux sur les « faits historiques » au profit d’autres qui ne sont que le résultat de l’absence d’« un règlement permanent » ?

En outre, cette vision comporte en son sein les possibilités de semer, voire même d’accentuer, la division au sein du monde arabe. En réalité, l’approche israélienne vis-à-vis du Hamas (dans les territoires palestiniens) et du Hezbollah (au Liban) va dans le sens de leur faire porter, de par leurs tendances politiques affichées et actions militaires récentes, les responsabilités de souffrances endurées par les peuples palestinien et libanais. Ce faisant, l’Etat hébreu semblerait vouloir jouer sur les dissensions interpalestiniennes ressenties depuis la victoire du Hamas aux élections législatives de janvier 2006. De même, il tendrait à exploiter les divisions sur la scène politique libanaise ayant pour sujet principal « les armes de la résistance », c’est-à-dire celles du Hezbollah.

Enfin, en incluant l’Iran dans la nouvelle formule, on a l’impression qu’il existe une volonté de faire remplacer l’aspect « arabe » par celui du « Proche-Orient ». Non seulement une telle approche permettrait d’imposer d’autres dossiers, tel que le nucléaire iranien, mais elle permettrait également de minimiser l’importance de la position collective arabe, étant donné que le conflit engloberait dorénavant le conflit iranien. Ainsi, Israël aurait la possibilité d’exploiter les tensions existantes entre certains régimes arabes et l’Iran tout en profitant d’une nouvelle légitimité grâce à la thèse selon laquelle il vit dans un environnent hostile, ce qui lui confère le droit absolu de se défendre.

Au vu de la position arabe qui s’apprête à demander au Conseil de sécurité de l’Onu d’assumer ses responsabilités pour mettre fin au conflit dans tous ces aspects, il est primordial que l’on prenne pleinement en considération cette nouvelle perception afin de se préparer à l’affronter et mettre en place les mécanismes adéquats susceptibles de la bloquer. Même si le climat international semble peu favorable à la démarche arabe.

 

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