Al-Ahram Hebdo, Opinion |  L’impasse de l’alternative arabe
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Opinion

 L’impasse de l’alternative arabe

Hassam Abou Taleb
Directeur de rédaction des Dossiers stratégiques

Avec le déclenchement de la crise libanaise, un courant arabe est apparu pour dire que « l’aventure » du Hezbollah n’a aucune légitimité. Selon ce courant, cette aventure n’a été basée sur aucune consultation avec le gouvernement libanais. De plus, le Hezbollah n’aurait pas consulté les Arabes avant de s’engager dans un tel combat militaire. C’est à l’heure où un deuxième courant est apparu réclamant soutiens et approbations à la résistance islamique, que des régimes arabes ont commencé à faire face à des forces intérieures populaires. Ces mêmes forces, qui étaient les premières à appeler à aider la résistance islamique.

A vrai dire, ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, que la logique silencieuse des régimes arabes se cogne à celle du changement. En effet, tout régime s’attache à des règles et des intérêts bien déterminés. Mais alors que les régimes arabes optent toujours pour le calme, l’inertie et l’incapacité d’assimiler, des éléments nouveaux comme les mouvements populaires, en particulier islamiques, apparaissent à la surface des éléments qui défient les bases du régime, qui font exprès de les négliger et qui, en même temps, trouvent un large soutien populaire.

Les événements de ces trois dernières semaines justifient le face-à-face verbal entre les ministres arabes des Affaires étrangères au cours de leur réunion extraordinaire tenue au Caire pour examiner l’agression israélienne contre le Liban. Cette réunion a permis de mettre en lumière deux tendances : la première, logique, est celle de ceux qui veulent que les régimes arabes restent spectateurs, et la seconde qui trouve que ces régimes incompétents et impuissants restent à la merci de forces étrangères.

Ici, apparaissent deux facteurs. Premièrement, la faiblesse arabe est le résultat de l’accumulation de trois décennies de politiques qui ont donné naissance à un vide officiel. Cette situation a permis à des forces régionales de remplir ce vide et de s’imposer dans les équations intérieures et extérieures des régimes. Les deux forces les plus importantes sont Israël et l’Iran. Tous deux ont un intérêt, non seulement à remplir le vide, mais à restructurer le régime arabe de façon à satisfaire leurs ambitions, chacun de son côté.

Deuxièmement, les régimes arabes se contentent des initiatives officielles et n’ont jamais fait l’effort de découvrir que l’infrastructure arabe, constituée d’habitants et de tendances intellectuelles et politiques, a de loin dépassé les initiatives officielles des régimes arabes. Le régime arabe n’a aussi fait aucun effort pour s’adapter à ces tendances. Au contraire, il a refusé de les reconnaître. D’où cette opposition entre le sommet arabe, représenté par les différents gouvernements, et ses infrastructures, c’est-à-dire les citoyens et les tendances politiques influentes.

Dans ce contexte, on s’attend à la tenue d’un autre sommet arabe extraordinaire. Là, certains réclament une bonne préparation du sommet et un accord autour de ses décisions avant que les dirigeants arabes ne se réunissent. La polémique qui précède les sommets arabes est une chose habituelle. Mais cette fois, elle sera plus violente puisqu’il est question de la cause palestinienne et de ses dérivés, à un moment de crise aiguë.

Ici, une question se pose : que peut présenter un sommet arabe dans de telles circonstances, alors que certains Arabes pensent que ce qui se passe en Palestine et au Liban sert aux calculs non arabes ? Certains vont même jusqu’à penser que le combat au Liban a pour objectif d’impliquer les Arabes dans un combat non calculé. D’autres pensent que l’attaque contre le Liban était planifiée depuis très longtemps, afin que les Israéliens mettent en place leur représailles contre la résistance islamique. Et le devoir des Arabes sera de soutenir cette résistance et d’aider le Liban.

Avec ou sans sommet, il y a une impasse réelle que les Arabes doivent affronter. Il s’agit de trouver une alternative valable, au moment où prévaut la conviction que le processus de paix est mort à jamais.

Surtout que les visions américaine, européenne et israélienne quant à l’initiative arabe de la paix estiment que ce n’est qu’une expression de l’intention arabe commune de reconnaître Israël, sans que celui-ci impose le prix de cette reconnaissance.

Et puisqu’il n’existe pas de mécanismes arabe ou international à l’intérieur même de l’initiative arabe pour la mettre en application, cette initiative est devenue une simple expression d’intentions, selon lesquelles personne, au niveau arabe, ne penserait à autre chose à part les négociations et le recours aux Etats-Unis, l’ange gardien d’Israël. C’est ainsi que l’initiative implique à l’intérieur d’elle-même le refus des Arabes de toute alternative concernant la cause palestinienne et le conflit arabo-israélien.

L’alternative ne signifie pas nécessairement le recours à la guerre, qui est l’un des choix logiques et théoriquement proposé dans les relations entre les peules et les pays tout au long de l’histoire. L’alternative peut avoir plusieurs formes comme la guerre populaire et l’exploitation de cartes économiques arabes pour obliger certaines parties à adopter une position partisane des droits arabes. L’alternative peut aussi consister à conclure des alliances régionales et internationales qui formeraient une barrière de sécurité et de défense. Elle peut aussi être un mouvement commun indépendant de renaissance arabe du monde contemporain. Dans tous les cas, il faut effectuer une mobilisation arabe méthodique au niveau des citoyens arabes et de leurs capacités.

Or, ces alternatives et autres semblent être très loin de l’action arabe. C’est alors que dans le cas d’une balance militaire penchant du côté de l’Etat hébreu au détriment des Etats arabes, il semble que le choix stratégique de la paix ne dépasse pas l’approbation de la situation actuelle. Et dans le meilleur des cas, un soutien politique général sera présenté aux Palestiniens, en plus d’un modeste soutien économique. C’est ainsi que les Palestiniens devront assumer seuls les conséquences de leurs actes. Et en temps de crise, on appellera les Etats-Unis et la communauté internationale à intervenir pour stopper la machine de guerre israélienne.

Les appels pour le soutien à la résistance palestinienne ne dépassent pas le cadre moral. Or pour passer du symbolisme à la pratique, il faut participer militairement à la résistance. Et cela personne ne peut le faire, car cette participation signifie une implication dans des rapports de force qui ne conviennent pas à toutes les parties, du moins à l’heure actuelle. Donc, celui qui tenterait de réaliser un quelconque équilibre de la balance morale et militaire au profit des droits arabes, bénéficie d’un appui arabe important. C’est actuellement le cas du Hezbollah, considéré par la rue arabe comme un symbole de la résistance et de la fermeté face à l’ennemi .

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