Avec
le déclenchement de la crise libanaise, un courant arabe est
apparu pour dire que « l’aventure » du Hezbollah n’a aucune
légitimité. Selon ce courant, cette aventure n’a été basée sur
aucune consultation avec le gouvernement libanais. De plus, le
Hezbollah n’aurait pas consulté les Arabes avant de s’engager
dans un tel combat militaire. C’est à l’heure où un deuxième
courant est apparu réclamant soutiens et approbations à la
résistance islamique, que des régimes arabes ont commencé à
faire face à des forces intérieures populaires. Ces mêmes
forces, qui étaient les premières à appeler à aider la
résistance islamique.
A vrai dire, ce n’est pas la première fois,
et ce ne sera pas la dernière, que la logique silencieuse des
régimes arabes se cogne à celle du changement. En effet, tout
régime s’attache à des règles et des intérêts bien déterminés.
Mais alors que les régimes arabes optent toujours pour le calme,
l’inertie et l’incapacité d’assimiler, des éléments nouveaux
comme les mouvements populaires, en particulier islamiques,
apparaissent à la surface des éléments qui défient les bases du
régime, qui font exprès de les négliger et qui, en même temps,
trouvent un large soutien populaire.
Les événements de ces trois dernières
semaines justifient le face-à-face verbal entre les ministres
arabes des Affaires étrangères au cours de leur réunion
extraordinaire tenue au Caire pour examiner l’agression
israélienne contre le Liban. Cette réunion a permis de mettre en
lumière deux tendances : la première, logique, est celle de ceux
qui veulent que les régimes arabes restent spectateurs, et la
seconde qui trouve que ces régimes incompétents et impuissants
restent à la merci de forces étrangères.
Ici, apparaissent deux facteurs. Premièrement,
la faiblesse arabe est le résultat de l’accumulation de trois
décennies de politiques qui ont donné naissance à un vide
officiel. Cette situation a permis à des forces régionales de
remplir ce vide et de s’imposer dans les équations intérieures
et extérieures des régimes. Les deux forces les plus importantes
sont Israël et l’Iran. Tous deux ont un intérêt, non seulement à
remplir le vide, mais à restructurer le régime arabe de façon à
satisfaire leurs ambitions, chacun de son côté.
Deuxièmement, les régimes arabes se
contentent des initiatives officielles et n’ont jamais fait
l’effort de découvrir que l’infrastructure arabe, constituée
d’habitants et de tendances intellectuelles et politiques, a de
loin dépassé les initiatives officielles des régimes arabes. Le
régime arabe n’a aussi fait aucun effort pour s’adapter à ces
tendances. Au contraire, il a refusé de les reconnaître. D’où
cette opposition entre le sommet arabe, représenté par les
différents gouvernements, et ses infrastructures, c’est-à-dire
les citoyens et les tendances politiques influentes.
Dans ce contexte, on s’attend à la tenue d’un
autre sommet arabe extraordinaire. Là, certains réclament une
bonne préparation du sommet et un accord autour de ses décisions
avant que les dirigeants arabes ne se réunissent. La polémique
qui précède les sommets arabes est une chose habituelle. Mais
cette fois, elle sera plus violente puisqu’il est question de la
cause palestinienne et de ses dérivés, à un moment de crise
aiguë.
Ici, une question se pose : que peut
présenter un sommet arabe dans de telles circonstances, alors
que certains Arabes pensent que ce qui se passe en Palestine et
au Liban sert aux calculs non arabes ? Certains vont même
jusqu’à penser que le combat au Liban a pour objectif
d’impliquer les Arabes dans un combat non calculé. D’autres
pensent que l’attaque contre le Liban était planifiée depuis
très longtemps, afin que les Israéliens mettent en place leur
représailles contre la résistance islamique. Et le devoir des
Arabes sera de soutenir cette résistance et d’aider le Liban.
Avec ou sans sommet, il y a une impasse
réelle que les Arabes doivent affronter. Il s’agit de trouver
une alternative valable, au moment où prévaut la conviction que
le processus de paix est mort à jamais.
Surtout que les visions américaine,
européenne et israélienne quant à l’initiative arabe de la paix
estiment que ce n’est qu’une expression de l’intention arabe
commune de reconnaître Israël, sans que celui-ci impose le prix
de cette reconnaissance.
Et puisqu’il n’existe pas de mécanismes arabe
ou international à l’intérieur même de l’initiative arabe pour
la mettre en application, cette initiative est devenue une
simple expression d’intentions, selon lesquelles personne, au
niveau arabe, ne penserait à autre chose à part les négociations
et le recours aux Etats-Unis, l’ange gardien d’Israël. C’est
ainsi que l’initiative implique à l’intérieur d’elle-même le
refus des Arabes de toute alternative concernant la cause
palestinienne et le conflit arabo-israélien.
L’alternative ne signifie pas nécessairement
le recours à la guerre, qui est l’un des choix logiques et
théoriquement proposé dans les relations entre les peules et les
pays tout au long de l’histoire. L’alternative peut avoir
plusieurs formes comme la guerre populaire et l’exploitation de
cartes économiques arabes pour obliger certaines parties à
adopter une position partisane des droits arabes. L’alternative
peut aussi consister à conclure des alliances régionales et
internationales qui formeraient une barrière de sécurité et de
défense. Elle peut aussi être un mouvement commun indépendant de
renaissance arabe du monde contemporain. Dans tous les cas, il
faut effectuer une mobilisation arabe méthodique au niveau des
citoyens arabes et de leurs capacités.
Or, ces alternatives et autres semblent être
très loin de l’action arabe. C’est alors que dans le cas d’une
balance militaire penchant du côté de l’Etat hébreu au détriment
des Etats arabes, il semble que le choix stratégique de la paix
ne dépasse pas l’approbation de la situation actuelle. Et dans
le meilleur des cas, un soutien politique général sera présenté
aux Palestiniens, en plus d’un modeste soutien économique. C’est
ainsi que les Palestiniens devront assumer seuls les
conséquences de leurs actes. Et en temps de crise, on appellera
les Etats-Unis et la communauté internationale à intervenir pour
stopper la machine de guerre israélienne.
Les appels pour le soutien à la résistance
palestinienne ne dépassent pas le cadre moral. Or pour passer du
symbolisme à la pratique, il faut participer militairement à la
résistance. Et cela personne ne peut le faire, car cette
participation signifie une implication dans des rapports de
force qui ne conviennent pas à toutes les parties, du moins à
l’heure actuelle. Donc, celui qui tenterait de réaliser un
quelconque équilibre de la balance morale et militaire au profit
des droits arabes, bénéficie d’un appui arabe important. C’est
actuellement le cas du Hezbollah, considéré par la rue arabe
comme un symbole de la résistance et de la fermeté face à
l’ennemi .