Le
film L’Immeuble Yacoubian a soulevé une large polémique, tout
comme le film américain The Da Vinci Code. Mais ce genre de
polémique n’est pas constructif. Au contraire, cela accroît
l’ignorance, et bâillonne l’intelligence et l’opinion des
personnes. Il dresse des obstacles à la culture, aux mouvements
artistiques et à la capacité d’élargir la compréhension sociale
et politique des Egyptiens.
Dans ces deux cas et dans les cas précédents,
lorsque les appareils officiels, les organismes législatifs et
les institutions religieuses intervenaient, leurs critiques se
basaient sur le fait que les films s’opposent aux valeurs
religieuses et sociales, aux mœurs et à l’éthique. Ces prétextes
sont utilisés pour réprimer la liberté d’opinion, pour mettre
des bâtons dans les roues de la créativité artistique et pour
imposer une séparation avec le monde extérieur. De cette manière,
la capacité de comprendre la société et d’évaluer ses aspects
positifs et négatifs devient le monopole d’un ensemble de
censeurs.
Je suis allé voir L’Immeuble Yacoubian et
j’ai été attentif aux réactions des spectateurs. J’ai remarqué
que quatre ou cinq personnes ont quitté la salle de cinéma avant
la fin du film, je ne sais pour quelle raison. Mais, j’ai aussi
remarqué que nombreux sont allés voir le film en familles,
toutes générations confondues.
La société égyptienne est beaucoup plus mûre
que ne le croient certains. Elle a atteint un stade où ses
membres peuvent déterminer seuls leurs choix. Ils n’ont besoin
de personne pour leur dire que le film contient des scènes osées
qui portent atteinte à la pudeur. Sur les chaînes satellites et
sur Internet, on trouve des milliers d’images et de films où il
n’y a d’autre censure que la conscience personnelle.
La campagne lancée contre L’Immeuble
Yacoubian s’est basée sur le fait qu’il a mis en relief des
scènes de perversion sexuelle, ce que la société refuse. Cette
campagne est aussi basée sur le fait que le roman reflète
d’autres aspects négatifs comme la perversion politique,
économique et psychologique qui entrave l’évolution de la
société, propage la culture de la corruption et présente des
images de déséquilibre social en cette période de mutation que
connaît l’Egypte.
L’homosexualité n’est pas le thème principal
du roman, mais l’un des symptômes de la société qui souffre de
problèmes graves. Le film présente ces problèmes avec une vision
artistique de haut niveau et les rôles sont joués par des
acteurs talentueux. Le film fait bouger la volonté de réformer.
Nous n’avons pas besoin de prêcheur pour nous dire ce qui est
licite et ce qui ne l’est pas. Il est temps de laisser aux
Egyptiens le droit de choisir eux-mêmes ce qui leur convient ou
pas. Il est insensé que les Egyptiens vivent sous une double
censure : d’abord celle sur les films avant leur mise en salle,
puis sur les spectateurs une fois les films projetés.