Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Levez donc la censure !
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Opinion

 Levez donc la censure !

Salama A. Salama

Le film L’Immeuble Yacoubian a soulevé une large polémique, tout comme le film américain The Da Vinci Code. Mais ce genre de polémique n’est pas constructif. Au contraire, cela accroît l’ignorance, et bâillonne l’intelligence et l’opinion des personnes. Il dresse des obstacles à la culture, aux mouvements artistiques et à la capacité d’élargir la compréhension sociale et politique des Egyptiens.

Dans ces deux cas et dans les cas précédents, lorsque les appareils officiels, les organismes législatifs et les institutions religieuses intervenaient, leurs critiques se basaient sur le fait que les films s’opposent aux valeurs religieuses et sociales, aux mœurs et à l’éthique. Ces prétextes sont utilisés pour réprimer la liberté d’opinion, pour mettre des bâtons dans les roues de la créativité artistique et pour imposer une séparation avec le monde extérieur. De cette manière, la capacité de comprendre la société et d’évaluer ses aspects positifs et négatifs devient le monopole d’un ensemble de censeurs.

Je suis allé voir L’Immeuble Yacoubian et j’ai été attentif aux réactions des spectateurs. J’ai remarqué que quatre ou cinq personnes ont quitté la salle de cinéma avant la fin du film, je ne sais pour quelle raison. Mais, j’ai aussi remarqué que nombreux sont allés voir le film en familles, toutes générations confondues.

La société égyptienne est beaucoup plus mûre que ne le croient certains. Elle a atteint un stade où ses membres peuvent déterminer seuls leurs choix. Ils n’ont besoin de personne pour leur dire que le film contient des scènes osées qui portent atteinte à la pudeur. Sur les chaînes satellites et sur Internet, on trouve des milliers d’images et de films où il n’y a d’autre censure que la conscience personnelle.

La campagne lancée contre L’Immeuble Yacoubian s’est basée sur le fait qu’il a mis en relief des scènes de perversion sexuelle, ce que la société refuse. Cette campagne est aussi basée sur le fait que le roman reflète d’autres aspects négatifs comme la perversion politique, économique et psychologique qui entrave l’évolution de la société, propage la culture de la corruption et présente des images de déséquilibre social en cette période de mutation que connaît l’Egypte.

L’homosexualité n’est pas le thème principal du roman, mais l’un des symptômes de la société qui souffre de problèmes graves. Le film présente ces problèmes avec une vision artistique de haut niveau et les rôles sont joués par des acteurs talentueux. Le film fait bouger la volonté de réformer. Nous n’avons pas besoin de prêcheur pour nous dire ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Il est temps de laisser aux Egyptiens le droit de choisir eux-mêmes ce qui leur convient ou pas. Il est insensé que les Egyptiens vivent sous une double censure : d’abord celle sur les films avant leur mise en salle, puis sur les spectateurs une fois les films projetés.

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