Je venais de lire des journaux qui
décrivaient les raids israéliens sur tout le Liban, du sud au
nord, en passant par Beyrouth, et qui ont provoqué jusqu'ici des
centaines de martyrs. Un bilan qui s'alourdit de jour en jour.
Personne ne peut prévoir jusqu'où les choses vont aller.
L'étendue de l'offensive s'élargit et les destructions
s'intensifient. Pour Israël, peu importe que les victimes soient
libanaises, palestiniennes ou égyptiennes, musulmanes ou
chrétiennes, civiles ou militaires. Israël ne fait guère de
différence.
Alors
que je venais de terminer la lecture des journaux, ma collègue
au journal Al-Ahram, Mona Ragab, m'a appelé pour me dire que
Fathiya Al-Assal était assiégée à Tyr suite à l'offensive
israélienne. Fathiya est un membre actif à l'Union des écrivains
que j'ai l'honneur de présider et elle est la présidente de
l'Association des écrivaines, dont Mona Ragab est la vice-présidente.
Mona a alors pris l'initiative d'appeler le ministre de la
Culture, alors que moi-même j'ai appelé le ministre des Affaires
étrangères pour demander son intervention. Et avant que la
journée ne se soit écoulée, j'ai entendu la voix de Fathiya au
téléphone après que notre ambassadeur à Beyrouth Hussein Darrar
m'a assuré qu'il s'occuperait lui-même du cas de l'écrivaine.
Le soir même, l'Union des écrivains a tenu
une réunion avec le public intéressé par les événements du Liban
et de la Palestine pour prendre position. J'ai pris l'avis de
notre grand écrivain Naguib Mahfouz sur la question. Il m'a
répondu immédiatement : « S'il vous plaît cessez de condamner et
de dénoncer, surtout que nombreuses sont les condamnations qui
ne servent pas à grand-chose ». Ainsi, la rencontre ne
s'est-elle pas soldée par un communiqué de condamnations, mais
par un appel adressé à la conscience mondiale représentée par
les Unions des écrivains des différents pays du monde, avec
lesquelles nous avons noué de solides liens à travers des
accords bilatéraux et des accords de coopération conjointe. Il a
été convenu également d'appeler à la tenue d'un colloque
regroupant tous les syndicats et unions à l'issue duquel sera
adoptée une position qui représenterait celle de la société
civile face à cette guerre folle menée par Israël sur les fronts
libanais et palestinien, et à la position floue adoptée par les
gouvernements arabes. Une position qui est allée jusqu'à la
condamnation par certains gouvernements de « l'opération
irresponsable du Hezbollah » contre Israël, oubliant qu'Israël
occupe toujours les fermes de Chebaa au Sud -Liban.
Le Hezbollah a annoncé que les deux soldats
israéliens enlevés seraient libérés contre l'élargissement des
prisonniers libanais, surtout Samir Qintar. Une exigence qui
intervient alors que les informations publiées dans la presse
font état de la détérioration de l'état de santé des prisonniers
palestiniens et libanais dont le nombre atteint les 10 000.
D'autres informations rapportées nous apprennent qu'après la
dernière opération du Hezbollah, les autorités israéliennes ont
lâché des chiens dans les cellules des prisons pour terroriser
les détenus afin qu'ils cessent d'applaudir les informations
concernant l'opération de capture des deux soldats par le
Hezbollah. Les prisonniers ont été interdits de sortir des
cellules et les visites ont été interdites.
Un prisonnier palestinien a appelé dans une
déclaration faite au journal londonien Al-Hayat les responsables
arabes à placer le dossier des prisonniers en tête de leurs
priorités. « Nous vivons dans une véritable tombe. Les malades
meurent lentement sans que personne ne s'en aperçoive. Certains
d'entre eux sont incapables de bouger et il y a ceux qui
souffrent des maladies cardiaques, pulmonaires et diabétiques.
L'administration pénitentiaire refuse de leur assurer un
traitement. Il n'y a d'espoirs pour ces prisonniers de sortir de
la prison qu'à travers des opérations d'échange de prisonniers
», a-t-il lancé.
Mais il semble que ces responsables auxquels
s'est adressé le prisonnier vivent dans un autre monde. La Ligue
arabe a pris l'initiative d'appeler à un sommet extraordinaire
qui s'est finalement transformé en une réunion des ministres des
Affaires étrangères. Au cours de celle-ci, les avis ont divergé
de manière honteuse. Sept pays ont critiqué ouvertement
l'opération du Hezbollah, alors que trois autres — Liban, Syrie
et Yémen — ont appelé à apporter le soutien nécessaire à la
résistance libanaise, qu'ils ont considérée comme légitime
conformément aux résolutions internationales et au droit de la
lutte armée des peuples pour la libération de leurs terres.
Les pays les plus intelligents ont décidé
d'adopter la situation du juste milieu comme le Soudan,
l'Algérie et le Maroc, qui n'ont ni condamné ni soutenu. Ils ont
appelé à la tenue d'un sommet arabe extraordinaire « vu le
danger de la situation », tout en considérant la réunion des
ministres arabes des Affaires étrangères comme un prélude au
sommet suggéré.
Loin de cette farce, la population égyptienne
était dans un état de colère évidente. Alexandrie a été la
première ville à témoigner des manifestations dans plus d'un
quartier dénonçant l'agression israélienne abjecte et critiquant
ouvertement la position arabe négative. Les députés alexandrins
ont adopté un communiqué dans lequel ils ont affiché leur
solidarité avec le peuple libanais et avec le Hezbollah. Idem
pour les syndicats professionnels, les organisations des droits
de l'homme. Au moment où l'Union des écrivains d'Egypte tenait
sa réunion, l'Union générale des avocats arabes était réunie à
son tour autour du même sujet, avec la participation de l'Union
générale des journalistes arabes et certains représentants des
syndicats professionnels.
En Iraq, le Parlement a appelé à reconduire
l'état d'alerte dans tout le pays, sauf dans le Kurdistan. Et ce,
après la multiplication des opérations de violence aveugle un
peu partout dans le pays. Cette longue série de violences a
commencé depuis que les Etats-Unis ont mené ce qu'ils ont appelé
« guerre contre le terrorisme », qui a fait sombrer le pays dans
le chaos. Le corps de l'Iraq est aujourd'hui rempli de blessures.
Et entre l'Iraq et le Liban, la Palestine et le Soudan, les
plaies se multiplient et le mal du corps arabe devient de plus
en plus grave. Jusqu'à quand ? .