Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Fathiya assiégée au Liban !
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Opinion

 Fathiya assiégée au Liban !

Mohamad Salmawy

Au moment où nous avons entendu les nouvelles des raids israéliens sur le Liban, j'ai été informé que l'écrivaine égyptienne Fathiya Al-Assal, qui assistait à un colloque à Tyr, s'est trouvée assiégée dans cette grande ville du sud du pays du Cèdre. J'ai vu alors défiler devant mes yeux les images des violences en Iraq et au Liban. Des scènes qui démontrent le calvaire des Arabes dont nous vivons les pires épisodes.

Je venais de lire des journaux qui décrivaient les raids israéliens sur tout le Liban, du sud au nord, en passant par Beyrouth, et qui ont provoqué jusqu'ici des centaines de martyrs. Un bilan qui s'alourdit de jour en jour. Personne ne peut prévoir jusqu'où les choses vont aller. L'étendue de l'offensive s'élargit et les destructions s'intensifient. Pour Israël, peu importe que les victimes soient libanaises, palestiniennes ou égyptiennes, musulmanes ou chrétiennes, civiles ou militaires. Israël ne fait guère de différence.

Alors que je venais de terminer la lecture des journaux, ma collègue au journal Al-Ahram, Mona Ragab, m'a appelé pour me dire que Fathiya Al-Assal était assiégée à Tyr suite à l'offensive israélienne. Fathiya est un membre actif à l'Union des écrivains que j'ai l'honneur de présider et elle est la présidente de l'Association des écrivaines, dont Mona Ragab est la vice-présidente. Mona a alors pris l'initiative d'appeler le ministre de la Culture, alors que moi-même j'ai appelé le ministre des Affaires étrangères pour demander son intervention. Et avant que la journée ne se soit écoulée, j'ai entendu la voix de Fathiya au téléphone après que notre ambassadeur à Beyrouth Hussein Darrar m'a assuré qu'il s'occuperait lui-même du cas de l'écrivaine.

Le soir même, l'Union des écrivains a tenu une réunion avec le public intéressé par les événements du Liban et de la Palestine pour prendre position. J'ai pris l'avis de notre grand écrivain Naguib Mahfouz sur la question. Il m'a répondu immédiatement : « S'il vous plaît cessez de condamner et de dénoncer, surtout que nombreuses sont les condamnations qui ne servent pas à grand-chose ». Ainsi, la rencontre ne s'est-elle pas soldée par un communiqué de condamnations, mais par un appel adressé à la conscience mondiale représentée par les Unions des écrivains des différents pays du monde, avec lesquelles nous avons noué de solides liens à travers des accords bilatéraux et des accords de coopération conjointe. Il a été convenu également d'appeler à la tenue d'un colloque regroupant tous les syndicats et unions à l'issue duquel sera adoptée une position qui représenterait celle de la société civile face à cette guerre folle menée par Israël sur les fronts libanais et palestinien, et à la position floue adoptée par les gouvernements arabes. Une position qui est allée jusqu'à la condamnation par certains gouvernements de « l'opération irresponsable du Hezbollah » contre Israël, oubliant qu'Israël occupe toujours les fermes de Chebaa au Sud -Liban.

Le Hezbollah a annoncé que les deux soldats israéliens enlevés seraient libérés contre l'élargissement des prisonniers libanais, surtout Samir Qintar. Une exigence qui intervient alors que les informations publiées dans la presse font état de la détérioration de l'état de santé des prisonniers palestiniens et libanais dont le nombre atteint les 10 000. D'autres informations rapportées nous apprennent qu'après la dernière opération du Hezbollah, les autorités israéliennes ont lâché des chiens dans les cellules des prisons pour terroriser les détenus afin qu'ils cessent d'applaudir les informations concernant l'opération de capture des deux soldats par le Hezbollah. Les prisonniers ont été interdits de sortir des cellules et les visites ont été interdites.

Un prisonnier palestinien a appelé dans une déclaration faite au journal londonien Al-Hayat les responsables arabes à placer le dossier des prisonniers en tête de leurs priorités. « Nous vivons dans une véritable tombe. Les malades meurent lentement sans que personne ne s'en aperçoive. Certains d'entre eux sont incapables de bouger et il y a ceux qui souffrent des maladies cardiaques, pulmonaires et diabétiques. L'administration pénitentiaire refuse de leur assurer un traitement. Il n'y a d'espoirs pour ces prisonniers de sortir de la prison qu'à travers des opérations d'échange de prisonniers », a-t-il lancé.

Mais il semble que ces responsables auxquels s'est adressé le prisonnier vivent dans un autre monde. La Ligue arabe a pris l'initiative d'appeler à un sommet extraordinaire qui s'est finalement transformé en une réunion des ministres des Affaires étrangères. Au cours de celle-ci, les avis ont divergé de manière honteuse. Sept pays ont critiqué ouvertement l'opération du Hezbollah, alors que trois autres — Liban, Syrie et Yémen — ont appelé à apporter le soutien nécessaire à la résistance libanaise, qu'ils ont considérée comme légitime conformément aux résolutions internationales et au droit de la lutte armée des peuples pour la libération de leurs terres.

Les pays les plus intelligents ont décidé d'adopter la situation du juste milieu comme le Soudan, l'Algérie et le Maroc, qui n'ont ni condamné ni soutenu. Ils ont appelé à la tenue d'un sommet arabe extraordinaire « vu le danger de la situation », tout en considérant la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères comme un prélude au sommet suggéré.

Loin de cette farce, la population égyptienne était dans un état de colère évidente. Alexandrie a été la première ville à témoigner des manifestations dans plus d'un quartier dénonçant l'agression israélienne abjecte et critiquant ouvertement la position arabe négative. Les députés alexandrins ont adopté un communiqué dans lequel ils ont affiché leur solidarité avec le peuple libanais et avec le Hezbollah. Idem pour les syndicats professionnels, les organisations des droits de l'homme. Au moment où l'Union des écrivains d'Egypte tenait sa réunion, l'Union générale des avocats arabes était réunie à son tour autour du même sujet, avec la participation de l'Union générale des journalistes arabes et certains représentants des syndicats professionnels.

En Iraq, le Parlement a appelé à reconduire l'état d'alerte dans tout le pays, sauf dans le Kurdistan. Et ce, après la multiplication des opérations de violence aveugle un peu partout dans le pays. Cette longue série de violences a commencé depuis que les Etats-Unis ont mené ce qu'ils ont appelé « guerre contre le terrorisme », qui a fait sombrer le pays dans le chaos. Le corps de l'Iraq est aujourd'hui rempli de blessures. Et entre l'Iraq et le Liban, la Palestine et le Soudan, les plaies se multiplient et le mal du corps arabe devient de plus en plus grave. Jusqu'à quand ? .

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