Les coups portés ces dernières semaines à
l’armée israélienne ont plongé son état-major dans
l’embarras face à ce qui apparaît comme une série de revers
cuisants portant gravement atteinte à son image. Ces coups
portés à l’armée, considérée comme la plus puissante au
Proche-Orient et la 13e du monde, sont survenus les uns
après les autres, d’abord dans la bande de Gaza, puis au
Sud-Liban. Mais les bornes, aux yeux des autorités
israéliennes, ont été franchement dépassées lorsque le
Hezbollah a capturé deux soldats près de la frontière
israélo-libanaise et en a tué huit autres dans le secteur.
La réaction de Tsahal ne s’est pas fait
attendre. Il s’agit pour l’armée israélienne de rétablir une
capacité de dissuasion qu’elle juge érodée. Un responsable
militaire, mêlé de près à l’opération israélienne au Liban,
a reconnu que le commandement était « très irrité » par les
derniers succès du Hezbollah. Il fallait donc, pour
Tel-Aviv, infliger au Hezbollah un coup si dur qu’il n’en
relèvera pas la tête pendant des années. Il fallait aussi
montrer aux Libanais que s’ils ne se débarrassent pas du
Hezbollah, ils auront un lourd tribut à payer. Pour «
châtier » le Liban, coupable à ses yeux d’abriter le
Hezbollah qui fait partie du gouvernement, Israël a lancé sa
plus grande offensive depuis 10 ans visant les
infrastructures du pays, sans épargner la population civile.
Israël affirme ainsi vouloir « briser »
le Hezbollah, menace d’éliminer son chef et se montre
déterminé à l’éloigner de sa frontière avec le Liban. Ces
objectifs semblent toutefois irréalistes sans
l’établissement d’une paix globale, impliquant un retrait
israélien des terres arabes. L’ancien chef de l’armée de
l’air israélienne, le général Eytan Ben Eliahu, a jugé
qu’Israël pouvait au mieux obtenir une « accalmie prolongée
» en misant sur une intervention internationale. Avant de se
retirer du Sud-Liban en mai 2000, l’armée israélienne avait
tenté en vain à deux reprises, en 1993 et en 1996, de mater
le Hezbollah, qui lui avait infligé de lourdes pertes.
En réalité, le but de l’Etat hébreu
dépasse de loin la nécessité de rétablir la capacité de
dissuasion de son armée, ou la libération des deux soldats
enlevés. C’est tout le projet du premier ministre israélien
visant à fixer unilatéralement la frontière orientale
d’Israël, qui est en jeu. Pour Ehud Olmert, qui s’appuie sur
un très large consensus en Israël, il ne faut à aucun prix
accepter que des attaques soient lancées contre son sol à
partir d’un territoire d’où son armée s’est retirée, que ce
soit le Liban en 2000 ou la bande de Gaza en 2005.