Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Le cauchemar
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Nulle part ailleurs

Libanais d’Egypte . Ils vivent au rythme des bombes que lancent les Israéliens sur leur pays, les yeux rivés sur les écrans télé et la main sur le téléphone. L’attente, la peur et l’inquiétude prennent en fin de compte les allures de colère de voir encore une fois leur pays en proie à une guerre injuste. Reportage.

Le cauchemar

Vivre en toute quiétude est devenu impossible pour les Libanais résidant en Egypte. Chaque jour qui passe porte ses mauvaises nouvelles. Celle du décès d’un parent, d’un effondrement d’immeuble ou de bombardement d’une institution vitale. Les Libanais, tendus, stressés, ont la peur au ventre depuis le 12 juillet. « C’est vraiment effrayant. Cette opération est bien plus violente en comparaison à celle de 1982. Encore une fois, Israël a bien l’intention de détruire le Liban et d’exterminer les Libanais. Olmert répète ce que Sharon avait fait à l’époque », commente Maya, une Libanaise mariée à un Egyptien, les larmes aux yeux et serrant son petit contre elle comme pour le protéger. En fait, le bombardement des infrastructures civiles telles que les routes, les ponts, les usines, l’aéroport, les ponts ou les dépôts de carburants, a provoqué des centaines de morts et de blessés et a déplacé 500 000 personnes. Maya se remémore l’époque de la guerre du Liban où elle devait se réfugier avec ses parents dans des abris pour échapper aux bombardements. « Rien qu’à l’idée de savoir que mes parents sont en train de revivre ce cauchemar me glace de terreur », dit-elle, les yeux rougis par les larmes, fixés sur le portrait de Hariri, son idole, accroché au-dessus du canapé sur lequel elle est assise.

Pendue à son téléphone portable, elle tente de joindre ses parents à Beyrouth, mais en vain. Les lignes sont toujours occupées. Maya décide alors d’envoyer un SMS. Mais cela ne la rassure pas pour autant, elle a besoin d’entendre la voix de sa mère au bout du fil. « J’angoisse lorsque je ne reçois rien. Moi, qui d’habitude restais des heures sur Internet à chater avec ma famille au Liban, me voilà privée de le faire, car le courant a été coupé là-bas ». Même le téléphone ne suffit plus, la ligne se coupe souvent avant même d’avoir terminé de leur parler. Un appel de deux minutes peut transformer la vie de Maya en calvaire. « Il suffit que ma sœur me dise qu’elle a eu le courage de descendre dans ce bombardement pour acheter du pain ou du lait pour les enfants et qu’elle est retournée bredouille », pleure Maya qui dit n’avoir aucune envie de manger ou boire dans la journée. Elle s’insurge contre les bombardements visant les centres de télécommunications, « ces raids israéliens constituent une tentative flagrante de faire taire la vérité et cacher les images des massacres quotidiens de la population libanaise ».

Depuis le déclenchement des événements, Maya n’ose plus quitter la maison de crainte de recevoir un appel de la part de ses parents. Les yeux rivés sur la télévision, elle ne cesse de zapper entre la chaîne Al-Jazeera et Al-Manar pour suivre les dernières nouvelles de son pays. Dès que l’image de Beyrouth apparaît sur l’écran, son cœur se serre. Elle se presse pour s’approcher de la télé, essayant de reconnaître le lieu où il y a eu un bombardement et quand il y a des morts ou des blessés, elle écarquille les yeux, effrayée de reconnaître un de ses proches.

La vie complètement chamboulée

Comme Maya, la vie de milliers de familles libanaises résidant en Egypte a été complètement chamboulée. Imane, enceinte, était sur le point de recevoir ses parents qui devaient assister à son accouchement. Mais, lorsque l’aéroport a été bombardé, sa famille a préféré rester sur place. L’idée de quitter leur pays à un moment pareil était inacceptable pour eux. « Comment oser quitter notre pays à un moment aussi critique ? Et si tout le monde décide de fuir, qui va défendre notre patrie ? Il ne faut pas agir comme des lâches », lui déclarent-ils au téléphone. Aujourd’hui, la famille d’Imane, composée d’une quarantaine de personnes, s’est rassemblée dans une maison familiale en haut de la montagne à Broummana. « Le fait de savoir qu’ils sont tous ensemble me rassure. Mais, en même temps m’effraie. Je risque aussi de les perdre tous en même temps », ajoute Imane, tout en espérant persuader ses parents de venir. « Je ne sais pas comment ils vivent cet état de siège. Toutes les épiceries, boucheries et boulangeries sont fermées. Leur stock de ravitaillement est en train de s’épuiser. La situation s’aggrave de jour en jour. Les produits alimentaires ont triplé de prix. Les gens ne peuvent plus circuler en voitures étant donné que plusieurs stations de la capitale n’ont plus d’essence et les habitants n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires », raconte Imane qui se fait beaucoup de soucis pour les siens. Elle a même pris l’initiative de leur envoyer de l’argent par l’intermédiaire de la banque Union Western pour leur venir en aide. Mais, une autre déception l’attend : beaucoup de banques ont fermé leurs portes là-bas.

Si Imane souhaiterait que ses parents changent d’avis, ceux de son amie Zeina ont décidé de fuir le Liban meurtri et ont pris le risque de prendre la route. Cela fait deux jours que Zeina est sur des charbons ardents, au point où elle n’arrive plus à trouver le sommeil. Elle sait pertinemment que la route est semée d’embûches. Elle s’est effondrée en apprenant qu’un autocar a été la cible d’un tir israélien, provoquant la mort d’une vingtaine de passagers.

D’autres sont arrivés sains et saufs. Le cœur gros, madame Dounia, originaire de Beyrouth, explique : « Nos enfants ne se sont jamais retrouvés dans une zone de guerre. Ils ont été terrorisés par les raids israéliens. C’est pourquoi nous avons décidé de quitter le pays. Mais nous avons laissé derrière nous notre mère malade qui ne pouvait supporter ce voyage. Je ne sais pas si nous la retrouverons vivante », dit-elle en sanglotant, tout en montant dans un taxi privé. Et d’ajouter : « Ce voyage nous a coûté les yeux de la tête. De Beyrouth, nous avons pris d’abord un taxi qui nous a coûté 400 dollars pour nous rendre en Syrie. Nous sommes très tristes pour ce qui arrive au Liban. C’est comme si nous étions poursuivis par la malédiction ».

Dounia, Imane, Zeina et Maya partagent ce même sentiment de haine envers Israël et souhaitent que les tirs d’obus du Hezbollah se poursuivent. Une vengeance qui calme un peu la colère de tous les Libanais qui se retrouvent les mains liées face à un pays trop bien armé et soutenu par les Etats-Unis. « Nasrallah a rehaussé la tête des Libanais dans le monde entier. C’est devenu le zaïm (héros), le seul à avoir osé défier et terroriser Israël. Ces tirs vers Haïfa changent la donne », explique Mohamad Charqawi, directeur d’une agence aérienne de Middle East en Egypte. Ce dernier souhaite la victoire du Hezbollah, même si cela va le ruiner. « 2 millions et 200 mille touristes ont annulé leurs voyages vers le Moyen-Orient. C’est la ruine pour mon agence », révèle-t-il. « Pourtant, ce n’est pas le temps des lamentations, ni des larmes. Il faut réagir maintenant pour soutenir les Libanais qui sont là-bas. Les gouvernements doivent se saisir de l’urgence humanitaire et faire pression sur Israël pour qu’il cesse immédiatement ses actes d’agression contre le Liban », conclut Ziyad, un comptable maronite .

Chahinaz Gheith

Héba Nasreddine

 




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