Parler sécurité et économie, tel est l'ordre
du jour de la première sortie occidentale du premier ministre
iraqien Nouri Al-Maliki, qui a entamé dimanche une tournée le
menant en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Mais le volet
sécuritaire doit sans doute prendre le dessus, d'autant plus que
près de 70 personnes ont été tuées le jour du départ de Maliki
dans plusieurs attentats ciblant notamment la communauté chiite.
Mais la visite de Maliki ne fait pas l'unanimité parmi les
Iraqiens. La mouvance du chef chiite radical Moqtada Sadr a
exprimé son mécontentement. « Le bloc sadriste ne voit pas
d'utilité dans cette visite au moment où le pays traverse une
situation difficile au niveau de la sécurité », a estimé Falah
Hassan Chanchal, chef du bloc d'une trentaine de députés de la
mouvance Sadr, qui soutient le gouvernement mais qui est hostile
aux Etats-Unis et à la présence des forces multinationales. « Il
ne doit y signer aucun accord sur une présence (permanente) des
forces de l'occupation en Iraq », a-t-il encore ajouté.
Or, il s'agit en ce moment d'une augmentation
des effectifs des soldats américains présents en Iraq. Pour
commencer, l'armée américaine est en train de redéployer ses 127
000 hommes en Iraq pour en concentrer plus à Bagdad où le plan
de sécurisation de la ville a échoué et où les attaques se
multiplient. La Maison Blanche a d'ailleurs considéré «
décevants les résultats » du plan de sécurisation de Bagdad,
selon un haut responsable qui a indiqué que la visite de M.
Maliki aux Etats-Unis pourrait déboucher « sur des accords
concrets sur des changements de priorités, un changement dans (l'utilisation
des) ressources » militaires.
Là-dessus, les divergences interiraqiennes
risquent d'éclater au grand jour, alors que les Iraqiens tentent,
tant bien que mal, de concrétiser le projet de réconciliation
nationale. En effet, la Commission de réconciliation a entamé
ses travaux samedi dernier. La première réunion de la Commission
de réconciliation nationale réunissait une trentaine de
personnalités politiques dont le président Jalal Talabani, le
Premier ministre Nouri Al-Maliki, le président du Parlement,
Mahmoud Al-Machehadani, les leaders des principaux groupes
parlementaires ainsi que des chefs tribaux et des représentants
de la société civile assistent à la réunion. Comment donc
imaginer que de telles initiatives contribuent à la fin de la
violence ? « Ces réunions sont sans résultats tangibles parce
qu'elles ne comprennent pas les représentants des groupes
responsables des attaques et des attentats » explique ainsi le
Dr. Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre des études
politiques arabes. Cet avis est partagé par plusieurs analystes
politiques. D'autres experts, comme le Dr Hicham Ahmad,
professeur à la faculté de sciences politiques, de l'Université
du Caire, estiment que ces réunions, pour qu'elles donnent un
quelconque résultat, doivent grouper des membres du parti Baass,
ancien parti au pouvoir, ainsi que les leaders des groupes qui
organisent les attaques. « Les membres du parti Baass sont
considérés par le gouvernement et les Américains comme des
criminels. Aussi, sont-ils évincés des postes du gouvernement.
Anciens militaires bien qualifiés, ils passent leurs temps
libres à former des cadres aptes à mener des actes terroristes
dans le pays », explique-t-il.
Abdel-Ghaffar Chokr va dans le même sens : «
Si les revendications des anciens baassistes et celles des
groupes responsables des actes de violences ne sont pas prises
en compte, on ne parviendra jamais à une réconciliation. L'Iraq
ne connaîtra pas la stabilité sans trouver une solution à
l'insécurité ».
Maha Salem