Al-Ahram Hebdo,Kiosque | Un symbole de la dignité arabe bafoué
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Kiosque

Un symbole de la dignité arabe bafoué

Pour la deuxième semaine, et cela s’impose, la presse arabe s’inquiète unanimement de l’escalade de la violence israélienne au Liban.

« Les martyrs de la dignité », « La guerre du Liban est le début d’une agression américaine contre l’Iran », « Un face-à-face violent entre la résistance libanaise et les forces d’occupation », « Israël sous les pieds », « Bush assassine le Liban », « Massacres à Tyr », « Olmert, criminel de guerre », « Lorsque le monde tombe sur la tête », « Après l’invasion américaine de l’Iraq, voilà qu’Israël met à feu et à sang la Palestine et le Liban, avec des risques d’étendre son agression à la Syrie et à l’Iran », « La Barbarie israélienne », « Où sont passées les armes des Arabes ? », « Le monde arabe est dans le coma », « Une catastrophe humaine au Liban », « Nasrallah, le Che Guevara arabe », titre la presse. « Les roquettes du Hezbollah empêcheront-ils Israël d’attaquer la Syrie ? ».

Des titres qui témoignent de la situation dramatique vécue par le Liban et l’impasse politique où se trouvent les Arabes. Il est clair qu’une situation grave ne pourrait être évitée que par une action arabe commune, au sein de laquelle sera élaborée une vision unifiée pour bien saisir les visées israéliennes et endiguer ses dangers. Reste à mettre ceci en application, ce qui est loin d’être facile.

Même les avis sont partagés dans la presse, entre condamnation et compréhension du Hezbollah : « Le Hezbollah est le maître de la résistance et la voix de la dignité arabe », affirme l’éditorialiste Moustapha Bakri dans l’hebdomadaire indépendant Al-Osboue. « Le Hezbollah agit comme un protecteur régional du peuple palestinien », ajoute-t-il.

L’hebdomadaire d’opposition Al-Ghad, affiche, sans jeu de mots, la profonde humiliation issue des prises de positions arabes, en titrant : « Nasrallah, un homme au vrai sens du terme, au temps où les hommes se font rares », « Assez de sommets, vous nous faites honte ». On ne peut savoir si un sommet arabe est programmé ou non, parce qu’il ne sert à rien de s’opposer à une guerre qui a la bénédiction de l’Onu. L’opposant Ayman Nour, affirme dans Al-Ghad, que « Nasrallah a mis tout le monde dans l’impasse, car il est le seul, de l’Océan au Golfe, à avoir répondu à la question-énigme Que faire ? Hassan Nasrallah, lui, a répondu à la question ». « Nasrallah (qui signifie la victoire de Dieu) s’approche », titre l’éditorialiste de l’hebdomadaire Al-Karama Hamdine Sabahi, qui affirme que « lorsque je regarde Nasrallah, je me sens de plus en plus convaincu que la victoire est là, Nasrallah est non seulement un homme-symbole et le maître de la résistance, mais surtout le représentant légitime de la dignité de la nation arabe ». Cette opinion trouve son écho dans de nombreuses publications arabes, depuis l’offensive israélienne au Liban.

Si les journaux de l’opposition témoignent tant de respect et de soutien pour le Hezbollah, ceux qui sont proches du gouvernement s’y opposent clairement. « Il n’est ni logique ni acceptable que le Hezbollah agisse en ignorant totalement l’autorité de l’Etat libanais », estime Mohamad Barakat, éditorialiste du quotidien Al-Akhbar. Le magazine hebdomadaire Al-Moussawer consacre un dossier d’une vingtaine de pages à ce qu’il appelle « La guerre folle », oet dans lequel les experts militaires affirment dans leurs analyses que « L’arrêt de la guerre dépend essentiellement des pressions arabes et de la capacité d’Israël à supporter les fusées de Hezbollah ! ».

Al-Ahram renchérit en affirmant que le Hezbollah « tente de survivre en tant que mouvement armé en reposant la question des fermes de Chebaa et en provoquant un conflit avec Israël. Cela en fait un Etat dans l’Etat ».

En guise de riposte, Magdi Al-Gallad, rédacteur en chef du quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom, souligne que « La question est beaucoup plus grave, et nos dirigeants le savent ». Il rappelle que « le problème est plutôt le Liban et non pas Hassan Nasrallah ou le Hezbollah. Le premier est le symbole de la résistance légitime, et le second représente la force qui a vu le jour lors de l’agression israélienne au Liban en 1982 ». Une opinion qui rappelle une donnée que d’aucuns tentent d’oublier, à savoir que le Hezbollah est né de la résistance libanaise à l’agression israélienne. Mais l’écrivain Nabil Zaki, est plus direct, lorsqu’il affirme dans Al-Wafd que « Le veto américain est le feu vert pour Israël pour une intensification de l’agression contre les deux peuples palestiniens et libanais. Et comme si cela ne suffisait pas, les Américains ont accordé tous leurs moyens pour soutenir la guerre d’extermination et de destruction commise contre les deux peuples ». Critiquant sévèrement le régime, l’écrivain Salah Issa affirme dans l’hebdomadaire Sawt Al-Omma, que « celui qui suit de près la scène politique officielle en Egypte, trouvera un régime au service des Américains, surtout lorsqu’il participe à la couverture arabe de l’agression israélienne contre le Hezbollah et le Liban. Il s’agit d’une agression contre le plus honnête des mouvements de résistance arabo-islamique ».

Retour au colonialisme

Sur la décision d’une guerre, Qadri Saïd, expert militaire au CEPS d’Al-Ahram explique que « L’Etat Hébreu, disposant d’un feu vert éternel, s’efforce alors d’appliquer sa tactique. Une liste de cibles visées au Liban est bien préparée depuis longtemps, celles-ci sont ensuite classées en catégories, qui nécessitent un aval du chef du gouvernement à chaque étape ».

Pour sortir de l’impasse, Nassir Al-Assad, souligne dans le quotidien indépendant Nahdet Misr, la nécessité d’un « Etat libanais souverain, le seul moyen de sortir de l’état de destruction dans lequel se trouve le pays actuellement ». Sur un éventuel cessez-le-feu, Gamal Badawi, souligne dans Al-Wafd qu’« un cessez-le-feu peut éventuellement être la fin d’une bataille, mais absolument pas la fin d’une guerre ». Le romancier marocain Mohamed Barrada, souligne dans Al-Hayat que « La démolition du Liban est un pas vers le retour du colonialisme ».

Le journal marocain Al-Alam a « vivement condamné » l’offensive israélienne au Liban, relevant que les graves développements au Proche-Orient rendront explosive la situation dans toute la région. Sous le titre : « L’arrogance d’Israël », Al-Alam note qu’Israël agresse de nouveau la Palestine et le Liban, au point qu’il rend explosive toute la région du Proche-Orient et ce, pour créer une nouvelle donne où Israël aura la mainmise. L’autre quotidien marocain Al-Ittihad Al Ichtiraki note que l’agression israélienne se poursuit contre le Liban face à « une impuissance arabe claire et à un soutien total des Etats-Unis », soulignant qu’il était « impossible pour Israël de poursuivre son offensive barbare contre le Liban s’il n’y avait pas eu l’encouragement de Washington ... ».

Abdel-Wahab Badrakhan condamne également dans Al-Hayat, le comportement « infâme » de la Communauté internationale. Il estime que les médiateurs internationaux « sont tous du même bord et littéralement dévoués aux consignes imposées par Israël et les Etats-Unis. Les efforts internationaux ne seront qu’une perte de temps, car Israël parvient à insuffler aux acteurs internationaux la position qu’elle désire atteindre. Pourtant, cela ne fera que renforcer la résistance et ralliera le Liban tout entier derrière le Hezbollah ». Selon lui, « le Liban fait face au déluge de feu israélien. La communauté internationale joue avec les mots, les pays arabes et leurs régimes affichent au grand jour leur incapacité même à tergiverser. Et jamais l’injustice du système des deux poids et deux mesures n’aura été aussi flagrante ni aussi injustifiable ». Jamais une guerre n’a été si franchement soutenue par la communauté internationale.

Hoda Ghali

Paroles

Le citoyen arabe, de l’océan Atlantique au Golfe arabe, s’interroge : quel est l’intérêt de dépenser des centaines de milliards de dollars pour l’armement de nos armées ? (...) Les Arabes doivent absolument avoir une autre position, une autre logique, qui découle de leur Histoire et de leurs expériences passées. Puisque nos dirigeants ne sont pas capables d’exprimer leur refus par des initiatives diplomatiques ou par l’utilisation de moyens légitimes comme le boycott, les peuples devront eux-mêmes prendre les choses en main et boycotter Israël et les Etats-Unis.

Gouda Abdel-Khaleq, Editorialiste,Al-Ahali.

Dans la crise actuelle du Liban, il est à remarquer que les déclarations qui viennent de certaines capitales arabes sont les mêmes que celles des responsables israéliens à Tel-Aviv. Les mêmes mots sont employés, sans aucune différence, comme s’il y avait une coordination entre Tel-Aviv et les capitales arabes. Ou même comme si les politiques israéliennes étaient celles de certaines capitales arabes en ce qui concerne le conflit israélo-arabe.

Magdi Mehanna,Editorialiste,Al-Masri Al-Yom.

La partialité des Arabes est un crime en soi. Bien plus, il s’agit d’un parti pris honteux avec l’ennemi sioniste et les ordres américains. De telles positions des dirigeants arabes auront des conséquences très graves sur les peuples en colère. Pourtant, la nation arabe possède des cartes à jouer sur les plans économique et politique.

Fahmi Howeidi,Ecrivain,Al-Wafd.

Beaucoup a été dit sur la position saoudienne vis-à-vis des opérations d’Israël contre le Hezbollah. Or, l’ennemi israélien n’a pas besoin de tant de commentaires. Certains condamnent, d’autres pas, mais l’essentiel est que le Liban qui est en train de s’enflammer aujourd’hui a fortement besoin d’une parole vraie. Et beaucoup parmi nous n’ont pas cette audace.

Nabil Amr,Ancien ministre palestinien de l’Information,Al-Charq Al-Awsat.

L’histoire des conflits dans le monde nous apprend que les pays occupés ont toujours deux options : négocier ou combattre, faire pression par la politique ou par les armes. Qu’avons-nous fait, et qu’avons-nous obtenu d’Israël par la politique, et qu’avons-nous obtenu par la guerre ? Les pertes ont toujours été doubles. Alors peut-être que le Hezbollah vient-il combler le vide politique arabe présent depuis plus d’un demi-siècle.

Mohamad Al-Chebh,Editorialiste,Nahdet Misr.

 




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