« Les martyrs de la dignité », « La guerre du
Liban est le début d’une agression américaine contre l’Iran », «
Un face-à-face violent entre la résistance libanaise et les
forces d’occupation », « Israël sous les pieds », « Bush
assassine le Liban », « Massacres à Tyr », « Olmert, criminel de
guerre », « Lorsque le monde tombe sur la tête », « Après
l’invasion américaine de l’Iraq, voilà qu’Israël met à feu et à
sang la Palestine et le Liban, avec des risques d’étendre son
agression à la Syrie et à l’Iran », « La Barbarie israélienne »,
« Où sont passées les armes des Arabes ? », « Le monde arabe est
dans le coma », « Une catastrophe humaine au Liban », «
Nasrallah, le Che Guevara arabe », titre la presse. « Les
roquettes du Hezbollah empêcheront-ils Israël d’attaquer la
Syrie ? ».
Des titres qui témoignent de la situation
dramatique vécue par le Liban et l’impasse politique où se
trouvent les Arabes. Il est clair qu’une situation grave ne
pourrait être évitée que par une action arabe commune, au sein
de laquelle sera élaborée une vision unifiée pour bien saisir
les visées israéliennes et endiguer ses dangers. Reste à mettre
ceci en application, ce qui est loin d’être facile.
Même les avis sont partagés dans la presse,
entre condamnation et compréhension du Hezbollah : « Le
Hezbollah est le maître de la résistance et la voix de la
dignité arabe », affirme l’éditorialiste Moustapha Bakri dans
l’hebdomadaire indépendant Al-Osboue. « Le Hezbollah agit comme
un protecteur régional du peuple palestinien », ajoute-t-il.
L’hebdomadaire d’opposition Al-Ghad, affiche,
sans jeu de mots, la profonde humiliation issue des prises de
positions arabes, en titrant : « Nasrallah, un homme au vrai
sens du terme, au temps où les hommes se font rares », « Assez
de sommets, vous nous faites honte ». On ne peut savoir si un
sommet arabe est programmé ou non, parce qu’il ne sert à rien de
s’opposer à une guerre qui a la bénédiction de l’Onu. L’opposant
Ayman Nour, affirme dans Al-Ghad, que « Nasrallah a mis tout le
monde dans l’impasse, car il est le seul, de l’Océan au Golfe, à
avoir répondu à la question-énigme Que faire ? Hassan Nasrallah,
lui, a répondu à la question ». « Nasrallah (qui signifie la
victoire de Dieu) s’approche », titre l’éditorialiste de
l’hebdomadaire Al-Karama Hamdine Sabahi, qui affirme que «
lorsque je regarde Nasrallah, je me sens de plus en plus
convaincu que la victoire est là, Nasrallah est non seulement un
homme-symbole et le maître de la résistance, mais surtout le
représentant légitime de la dignité de la nation arabe ». Cette
opinion trouve son écho dans de nombreuses publications arabes,
depuis l’offensive israélienne au Liban.
Si les journaux de l’opposition témoignent
tant de respect et de soutien pour le Hezbollah, ceux qui sont
proches du gouvernement s’y opposent clairement. « Il n’est ni
logique ni acceptable que le Hezbollah agisse en ignorant
totalement l’autorité de l’Etat libanais », estime Mohamad
Barakat, éditorialiste du quotidien Al-Akhbar. Le magazine
hebdomadaire Al-Moussawer consacre un dossier d’une vingtaine de
pages à ce qu’il appelle « La guerre folle », oet dans lequel
les experts militaires affirment dans leurs analyses que «
L’arrêt de la guerre dépend essentiellement des pressions arabes
et de la capacité d’Israël à supporter les fusées de Hezbollah !
».
Al-Ahram renchérit en affirmant que le
Hezbollah « tente de survivre en tant que mouvement armé en
reposant la question des fermes de Chebaa et en provoquant un
conflit avec Israël. Cela en fait un Etat dans l’Etat ».
En guise de riposte, Magdi Al-Gallad,
rédacteur en chef du quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom,
souligne que « La question est beaucoup plus grave, et nos
dirigeants le savent ». Il rappelle que « le problème est plutôt
le Liban et non pas Hassan Nasrallah ou le Hezbollah. Le premier
est le symbole de la résistance légitime, et le second
représente la force qui a vu le jour lors de l’agression
israélienne au Liban en 1982 ». Une opinion qui rappelle une
donnée que d’aucuns tentent d’oublier, à savoir que le Hezbollah
est né de la résistance libanaise à l’agression israélienne.
Mais l’écrivain Nabil Zaki, est plus direct, lorsqu’il affirme
dans Al-Wafd que « Le veto américain est le feu vert pour Israël
pour une intensification de l’agression contre les deux peuples
palestiniens et libanais. Et comme si cela ne suffisait pas, les
Américains ont accordé tous leurs moyens pour soutenir la guerre
d’extermination et de destruction commise contre les deux
peuples ». Critiquant sévèrement le régime, l’écrivain Salah
Issa affirme dans l’hebdomadaire Sawt Al-Omma, que « celui qui
suit de près la scène politique officielle en Egypte, trouvera
un régime au service des Américains, surtout lorsqu’il participe
à la couverture arabe de l’agression israélienne contre le
Hezbollah et le Liban. Il s’agit d’une agression contre le plus
honnête des mouvements de résistance arabo-islamique ».
Retour au colonialisme
Sur la décision d’une guerre, Qadri Saïd,
expert militaire au CEPS d’Al-Ahram explique que « L’Etat Hébreu,
disposant d’un feu vert éternel, s’efforce alors d’appliquer sa
tactique. Une liste de cibles visées au Liban est bien préparée
depuis longtemps, celles-ci sont ensuite classées en catégories,
qui nécessitent un aval du chef du gouvernement à chaque étape
».
Pour sortir de l’impasse, Nassir Al-Assad,
souligne dans le quotidien indépendant Nahdet Misr, la nécessité
d’un « Etat libanais souverain, le seul moyen de sortir de
l’état de destruction dans lequel se trouve le pays actuellement
». Sur un éventuel cessez-le-feu, Gamal Badawi, souligne dans
Al-Wafd qu’« un cessez-le-feu peut éventuellement être la fin
d’une bataille, mais absolument pas la fin d’une guerre ». Le
romancier marocain Mohamed Barrada, souligne dans Al-Hayat que «
La démolition du Liban est un pas vers le retour du colonialisme
».
Le journal marocain Al-Alam a « vivement
condamné » l’offensive israélienne au Liban, relevant que les
graves développements au Proche-Orient rendront explosive la
situation dans toute la région. Sous le titre : « L’arrogance
d’Israël », Al-Alam note qu’Israël agresse de nouveau la
Palestine et le Liban, au point qu’il rend explosive toute la
région du Proche-Orient et ce, pour créer une nouvelle donne où
Israël aura la mainmise. L’autre quotidien marocain Al-Ittihad
Al Ichtiraki note que l’agression israélienne se poursuit contre
le Liban face à « une impuissance arabe claire et à un soutien
total des Etats-Unis », soulignant qu’il était « impossible pour
Israël de poursuivre son offensive barbare contre le Liban s’il
n’y avait pas eu l’encouragement de Washington ... ».
Abdel-Wahab Badrakhan condamne également dans
Al-Hayat, le comportement « infâme » de la Communauté
internationale. Il estime que les médiateurs internationaux «
sont tous du même bord et littéralement dévoués aux consignes
imposées par Israël et les Etats-Unis. Les efforts
internationaux ne seront qu’une perte de temps, car Israël
parvient à insuffler aux acteurs internationaux la position
qu’elle désire atteindre. Pourtant, cela ne fera que renforcer
la résistance et ralliera le Liban tout entier derrière le
Hezbollah ». Selon lui, « le Liban fait face au déluge de feu
israélien. La communauté internationale joue avec les mots, les
pays arabes et leurs régimes affichent au grand jour leur
incapacité même à tergiverser. Et jamais l’injustice du système
des deux poids et deux mesures n’aura été aussi flagrante ni
aussi injustifiable ». Jamais une guerre n’a été si franchement
soutenue par la communauté internationale.
Hoda Ghali