L’opération menée par le Hezbollah le 12 juillet, qui s’est
soldée par l’enlèvement de deux soldats israéliens et la mort de
huit autres, a été un choc pour les directions politiques et
militaires israéliennes. Des voix à l’intérieur d’Israël ont
alors appelé à révoquer Dan Haloutz, le chef d’état-major. Après
de longues consultations sécuritaires, le gouvernement israélien
a décidé d’entreprendre un certain nombre de mesures dans le
cadre d’un affrontement qui a commencé par des frappes aériennes
et des bombardements sur le Sud-Liban qui se sont étendus
ensuite sur l’ensemble du territoire libanais. Par cette attaque,
Israël vise à détruire le Hezbollah par l’intermédiaire d’actes
militaires continus menés en profondeur dans le territoire
libanais. L’Etat hébreu cherche à atteindre nombre d’objectifs :
adresser un coup dur au Hezbollah et à l’infrastructure
libanaise, éloigner le Hezbollah des frontières nord d’Israël
via des frappes militaires et des efforts diplomatiques au
niveau international. Israël vise aussi à récupérer ses deux
soldats enlevés et à frapper l’économie libanaise, le tourisme
en particulier.
— Quelles seront les prochaines étapes de
l’offensive militaire israélienne contre le Hezbollah ?
— Cette opération a commencé par un recours
aux forces aériennes et maritimes pour frapper les objectifs du
Hezbollah ainsi que l’infrastructure libanaise, comme les
aéroports, les ponts, les centrales électriques, etc. Puis, en
seconde étape, il devrait y avoir une incursion terrestre dans
le sud pour faire pression sur le gouvernement libanais afin de
l’obliger à appliquer la résolution 1 559 du Conseil de sécurité
de l’Onu, qui stipule entre autres le désarmement du Hezbollah
et le déploiement de l’armée libanaise à la frontière sud avec
Israël. Cette seconde étape sera effectuée quand toutes les
forces israéliennes seront prêtes à garantir qu’il n’y aura plus
aucune résistance dans cette région du sud libanais afin de ne
pas subir des pertes humaines.
— Quelles sont les répercussions de cette
attaque contre le Liban sur l’économie israélienne ?
— Cette opération militaire a déjà eu des
répercussions négatives sur l’économie israélienne. En plus des
coûts énormes de cette opération militaire, la Bourse a connu
une baisse considérable d’environ 9 % en plus de la hausse du
dollar et des autres devises étrangères face au shekel. Mais à
l’intérieur d’Israël, on craint que la poursuite de ce conflit
ne mène à la fuite des investissements étrangers.
— L’Etat hébreu mène parallèlement une
offensive meurtrière, éclipsée par l’attaque au Liban, contre la
bande de Gaza et notamment contre le mouvement du Hamas. Quels
sont les vrais objectifs de cette campagne baptisée « pluies
d’été » ?
— Israël voulait effectuer une opération
militaire au sud de la bande de Gaza en vue de stopper les tirs
de roquettes Qassam sur les villes de Sderot et Ashkelon (sud
d’Israël), étant donné que 120 000 Israéliens se trouvent
exposés à ces tirs. L’enlèvement du soldat israélien par trois
groupes armés palestiniens a alors constitué l’occasion propice
pour commencer cette opération « pluies d’été », qui était
prévue depuis longtemps. A mon avis, les objectifs de cette
opération sont les suivants : libérer le soldat israélien,
arrêter les tirs de roquettes sur les villes israéliennes du sud
du pays, détruire l’infrastructure du Hamas et liquider ses
dirigeants, et enfin, retrouver la force de dissuasion de
l’armée israélienne qui avait reculé à cause de l’enlèvement du
soldat israélien.
— Il a été annoncé que les organisations qui
ont enlevé le soldat Gilad Shalit sont les brigades Ezzeddine
Al-Qassam (bras armé du Hamas), les bataillons de Saladin et «
l’armée de l’islam ». Est-ce vrai ou bien est-ce une tentative
de cacher la vérité ?
— A mon avis, l’enlèvement d’un seul soldat
par l’intermédiaire de 7 ou 8 personnes ne nécessite pas la
collaboration de trois milices armées. De toute façon, il a été
annoncé que chacune de ces organisations armées était chargée
d’une partie de l’opération. Les brigades Ezzeddine Al-Qassam
étaient chargées de planifier et de financer l’opération. Et les
bataillons de Saladin devaient creuser le tunnel jusqu’au camp
militaire. Quant à « l’armée de l’islam », elle était chargée
d’enlever le soldat.
— Quels sont les scénarios possibles pour la
libération du soldat israélien ?
— Plusieurs scénarios sont possibles.
Premièrement, Israël peut afficher une certaine flexibilité en
renonçant à ses conditions et en acceptant celles du Hamas. Mais
ce scénario est absolument inapplicable parce que le
gouvernement israélien ne peut pas devenir plus flexible après
les dernières évolutions. Deuxième hypothèse, le Hamas peut, lui,
être plus flexible en acceptant de libérer le soldat enlevé sans
rien obtenir en contrepartie. Or, cette probabilité doit aussi
être éloignée puisque la direction du Hamas affiche une fermeté
évidente avec le soutien que lui apporte l’Iran. Troisièmement,
Israël peut effectuer une opération spéciale pour libérer le
soldat, mais cette éventualité est aussi difficile à imaginer,
puisque les services israéliens de renseignements n’ont
découvert ni le lieu où le soldat est détenu ni les parties
responsables de son enlèvement. Quatrièmement, le Hamas peut
arrêter de donner des informations concernant le soldat, tout en
assurant qu’il est toujours en vie. Enfin, si Israël apprend que
le soldat enlevé a été tué, il ripostera par une escalade de ses
agressions en liquidant physiquement les dirigeants du Hamas
autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des territoires
palestiniens.
— Tant sur la question du Liban que sur celle
de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza, les
Etats-Unis affichent une politique de deux poids deux mesures en
faveur d’Israël. Que pensez-vous des positions des Etats-Unis et
de l’Union Européenne (UE) en ce qui concerne ces questions ?
— Pour ce qui est des Etats-Unis, le
président George W. Bush a insisté sur le fait qu’Israël avait
le droit de se défendre, mais sans porter atteinte à la position
du gouvernement libanais. Il est sûr que de telles déclarations
constituent un feu vert pour Israël pour poursuivre ses
agressions contre la bande de Gaza et le Liban. Quant à l’UE, sa
position est également alignée sur celle d’Israël. En effet,
l’UE a condamné les politiques du Hezbollah et du Hamas en les
accusant d’aggraver la situation. Mais certains présidents
européens, comme le président français Jacques Chirac, ont
adopté une position plus équilibrée.
— Que pensez-vous des positions des Etats
arabes ? Beaucoup trouvent qu’elles ne sont pas à la hauteur des
événements, voire passives ...
— Il est sûr que les Etats arabes en général
s’opposent aux pratiques israéliennes et à l’usage excessif de
la force. Les Etats arabes ont tenté de faire adopter une
résolution par le Conseil de sécurité de l’Onu condamnant les
pratiques israéliennes, et ce par l’intermédiaire du Qatar qui
représente actuellement les Etats arabes au Conseil de sécurité.
Or, les Etats arabes sont à chaque fois confrontés au veto
américain dont le prétexte est que les projets de résolutions
arabes ne sont pas équilibrés.
— Qu’en est-il des efforts égyptiens pour
régler la crise actuelle tant au Liban qu’à Gaza ?
— L’objectif de l’Egypte est d’obtenir la
stabilité dans la région et de dominer la crise actuelle, afin
de créer un climat favorable à la reprise des négociations de
paix. De plus, il faut entamer des pourparlers visant à mettre
en application « la feuille de route » pour régler le conflit
israélo-palestinien. Là, j’exprime franchement mon opinen ce qui
concerne l’action dans la phase à venir. L’objectif essentiel de
toute action doit être de mettre fin à l’occupation israélienne
dans tous les territoires arabes occupés et d’établir un Etat
palestinien indépendant. Il faut donc concentrer tous les
efforts afin de réaliser cet objectif. Donc, toute action qui
pourrait aider à sa réalisation doit être prise au sérieux. Et
toute action qui entraverait sa réalisation doit être évitée.
— Depuis de longues années, vous suivez de
près le conflit arabo-israélien. Comment peut-on sortir de cette
impasse qui dure depuis plus de 50 ans ?
— Je pense qu’il y a une chance réelle de
réaliser la paix dans la région s’il existe de bonnes intentions
et une volonté politique réelle. En effet, il existe un plan
d’action, « la feuille de route » — mise au point par le
Quartette international sur le Proche-Orient (Etats-Unis, Union
européenne, Russie, Nations-Unies) —, que doivent respecter
toutes les parties concernées sans permettre à Israël de trouver
des prétextes pour se dérober à ses engagements .
Propos recueillis par
Magda Barsoum