Al-Ahram Hebdo,Invité | Mohamed Bassiouni
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Invité

Président de la commission des affaires arabes au Conseil consultatif et ancien ambassadeur en Israël, Mohamed Bassiouni analyse les attaques d’Israël contre le Liban et la bande de Gaza.

« L’objectif de toute action doit être de mettre fin à l’occupation israélienne »

Al-Ahram Hebdo : Comment expliquez-vous la férocité et l’étendue dans la durée et dans l’espace de l’offensive militaire israélienne contre le Liban, qui aurait dû se diriger uniquement contre le Hezbollah et non pas contre les infrastructures et des régions éloignées du pays ?

Mohamed Bassiouni : L’opération menée par le Hezbollah le 12 juillet, qui s’est soldée par l’enlèvement de deux soldats israéliens et la mort de huit autres, a été un choc pour les directions politiques et militaires israéliennes. Des voix à l’intérieur d’Israël ont alors appelé à révoquer Dan Haloutz, le chef d’état-major. Après de longues consultations sécuritaires, le gouvernement israélien a décidé d’entreprendre un certain nombre de mesures dans le cadre d’un affrontement qui a commencé par des frappes aériennes et des bombardements sur le Sud-Liban qui se sont étendus ensuite sur l’ensemble du territoire libanais. Par cette attaque, Israël vise à détruire le Hezbollah par l’intermédiaire d’actes militaires continus menés en profondeur dans le territoire libanais. L’Etat hébreu cherche à atteindre nombre d’objectifs : adresser un coup dur au Hezbollah et à l’infrastructure libanaise, éloigner le Hezbollah des frontières nord d’Israël via des frappes militaires et des efforts diplomatiques au niveau international. Israël vise aussi à récupérer ses deux soldats enlevés et à frapper l’économie libanaise, le tourisme en particulier.

— Quelles seront les prochaines étapes de l’offensive militaire israélienne contre le Hezbollah ?

— Cette opération a commencé par un recours aux forces aériennes et maritimes pour frapper les objectifs du Hezbollah ainsi que l’infrastructure libanaise, comme les aéroports, les ponts, les centrales électriques, etc. Puis, en seconde étape, il devrait y avoir une incursion terrestre dans le sud pour faire pression sur le gouvernement libanais afin de l’obliger à appliquer la résolution 1 559 du Conseil de sécurité de l’Onu, qui stipule entre autres le désarmement du Hezbollah et le déploiement de l’armée libanaise à la frontière sud avec Israël. Cette seconde étape sera effectuée quand toutes les forces israéliennes seront prêtes à garantir qu’il n’y aura plus aucune résistance dans cette région du sud libanais afin de ne pas subir des pertes humaines.

— Quelles sont les répercussions de cette attaque contre le Liban sur l’économie israélienne ?

— Cette opération militaire a déjà eu des répercussions négatives sur l’économie israélienne. En plus des coûts énormes de cette opération militaire, la Bourse a connu une baisse considérable d’environ 9 % en plus de la hausse du dollar et des autres devises étrangères face au shekel. Mais à l’intérieur d’Israël, on craint que la poursuite de ce conflit ne mène à la fuite des investissements étrangers.

— L’Etat hébreu mène parallèlement une offensive meurtrière, éclipsée par l’attaque au Liban, contre la bande de Gaza et notamment contre le mouvement du Hamas. Quels sont les vrais objectifs de cette campagne baptisée « pluies d’été » ?

— Israël voulait effectuer une opération militaire au sud de la bande de Gaza en vue de stopper les tirs de roquettes Qassam sur les villes de Sderot et Ashkelon (sud d’Israël), étant donné que 120 000 Israéliens se trouvent exposés à ces tirs. L’enlèvement du soldat israélien par trois groupes armés palestiniens a alors constitué l’occasion propice pour commencer cette opération « pluies d’été », qui était prévue depuis longtemps. A mon avis, les objectifs de cette opération sont les suivants : libérer le soldat israélien, arrêter les tirs de roquettes sur les villes israéliennes du sud du pays, détruire l’infrastructure du Hamas et liquider ses dirigeants, et enfin, retrouver la force de dissuasion de l’armée israélienne qui avait reculé à cause de l’enlèvement du soldat israélien.

— Il a été annoncé que les organisations qui ont enlevé le soldat Gilad Shalit sont les brigades Ezzeddine Al-Qassam (bras armé du Hamas), les bataillons de Saladin et « l’armée de l’islam ». Est-ce vrai ou bien est-ce une tentative de cacher la vérité ?

— A mon avis, l’enlèvement d’un seul soldat par l’intermédiaire de 7 ou 8 personnes ne nécessite pas la collaboration de trois milices armées. De toute façon, il a été annoncé que chacune de ces organisations armées était chargée d’une partie de l’opération. Les brigades Ezzeddine Al-Qassam étaient chargées de planifier et de financer l’opération. Et les bataillons de Saladin devaient creuser le tunnel jusqu’au camp militaire. Quant à « l’armée de l’islam », elle était chargée d’enlever le soldat.

— Quels sont les scénarios possibles pour la libération du soldat israélien ?

— Plusieurs scénarios sont possibles. Premièrement, Israël peut afficher une certaine flexibilité en renonçant à ses conditions et en acceptant celles du Hamas. Mais ce scénario est absolument inapplicable parce que le gouvernement israélien ne peut pas devenir plus flexible après les dernières évolutions. Deuxième hypothèse, le Hamas peut, lui, être plus flexible en acceptant de libérer le soldat enlevé sans rien obtenir en contrepartie. Or, cette probabilité doit aussi être éloignée puisque la direction du Hamas affiche une fermeté évidente avec le soutien que lui apporte l’Iran. Troisièmement, Israël peut effectuer une opération spéciale pour libérer le soldat, mais cette éventualité est aussi difficile à imaginer, puisque les services israéliens de renseignements n’ont découvert ni le lieu où le soldat est détenu ni les parties responsables de son enlèvement. Quatrièmement, le Hamas peut arrêter de donner des informations concernant le soldat, tout en assurant qu’il est toujours en vie. Enfin, si Israël apprend que le soldat enlevé a été tué, il ripostera par une escalade de ses agressions en liquidant physiquement les dirigeants du Hamas autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des territoires palestiniens.

— Tant sur la question du Liban que sur celle de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza, les Etats-Unis affichent une politique de deux poids deux mesures en faveur d’Israël. Que pensez-vous des positions des Etats-Unis et de l’Union Européenne (UE) en ce qui concerne ces questions ?

— Pour ce qui est des Etats-Unis, le président George W. Bush a insisté sur le fait qu’Israël avait le droit de se défendre, mais sans porter atteinte à la position du gouvernement libanais. Il est sûr que de telles déclarations constituent un feu vert pour Israël pour poursuivre ses agressions contre la bande de Gaza et le Liban. Quant à l’UE, sa position est également alignée sur celle d’Israël. En effet, l’UE a condamné les politiques du Hezbollah et du Hamas en les accusant d’aggraver la situation. Mais certains présidents européens, comme le président français Jacques Chirac, ont adopté une position plus équilibrée.

— Que pensez-vous des positions des Etats arabes ? Beaucoup trouvent qu’elles ne sont pas à la hauteur des événements, voire passives ...

— Il est sûr que les Etats arabes en général s’opposent aux pratiques israéliennes et à l’usage excessif de la force. Les Etats arabes ont tenté de faire adopter une résolution par le Conseil de sécurité de l’Onu condamnant les pratiques israéliennes, et ce par l’intermédiaire du Qatar qui représente actuellement les Etats arabes au Conseil de sécurité. Or, les Etats arabes sont à chaque fois confrontés au veto américain dont le prétexte est que les projets de résolutions arabes ne sont pas équilibrés.

— Qu’en est-il des efforts égyptiens pour régler la crise actuelle tant au Liban qu’à Gaza ?

— L’objectif de l’Egypte est d’obtenir la stabilité dans la région et de dominer la crise actuelle, afin de créer un climat favorable à la reprise des négociations de paix. De plus, il faut entamer des pourparlers visant à mettre en application « la feuille de route » pour régler le conflit israélo-palestinien. Là, j’exprime franchement mon opinen ce qui concerne l’action dans la phase à venir. L’objectif essentiel de toute action doit être de mettre fin à l’occupation israélienne dans tous les territoires arabes occupés et d’établir un Etat palestinien indépendant. Il faut donc concentrer tous les efforts afin de réaliser cet objectif. Donc, toute action qui pourrait aider à sa réalisation doit être prise au sérieux. Et toute action qui entraverait sa réalisation doit être évitée.

— Depuis de longues années, vous suivez de près le conflit arabo-israélien. Comment peut-on sortir de cette impasse qui dure depuis plus de 50 ans ?

— Je pense qu’il y a une chance réelle de réaliser la paix dans la région s’il existe de bonnes intentions et une volonté politique réelle. En effet, il existe un plan d’action, « la feuille de route » — mise au point par le Quartette international sur le Proche-Orient (Etats-Unis, Union européenne, Russie, Nations-Unies) —, que doivent respecter toutes les parties concernées sans permettre à Israël de trouver des prétextes pour se dérober à ses engagements .

Propos recueillis par
Magda Barsoum

 




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