Al-Ahram Hebdo, Enquête | Coup dur à la pompe
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Enquête

Carburants. Le gouvernement a surpris les automobilistes en augmentant jusqu’à 30 % le prix de l’essence. Cette hausse s’inscrit dans une stratégie de réduction des subventions publiques à l’énergie.

Coup dur à la pompe

« Si vous étiez venus une heure plus tôt, vous auriez payé l’ancien prix », annonce le pompiste d’une station d’essence du quartier de Abbassiya, au Caire, à Ahmad et Hanaa venus faire le plein de leur voiture. Vendredi dernier, à 1 heure du matin et sans aucun préavis, le gouvernement a, en effet, surpris les Egyptiens en augmentant de 30 % le litre de l’essence 90 octanes, utilisée par la majorité des automobilistes. Il est passé de 100 à 130 piastres. Le gasoil a, quant à lui, connu une hausse de 25 %, passant de 60 à 75 piastres. Il semble aussi que la date et l’heure de l’entrée en application de cette hausse ont été bien étudiées. Pour éviter les réactions trop vives des consommateurs, le gouvernement a choisi d’annoncer sa décision à minuit, avant un long week-end de trois jours à l’occasion de la fête nationale du 23 Juillet, et alors que les Egyptiens sont pendus aux informations sur les attaques israéliennes du Liban. La rumeur de cette augmentation avait néanmoins couru quelques heures avant son annonce officielle, ce qui a provoqué une précipitation vers les stations d’essence. Pour protester, certains automobilistes ont quand même lancé un appel à l’extinction des feux, vendredi à 21h. Mais sans réelle suite.

Aussitôt après l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs, dans la rue, les querelles entre les chauffeurs de taxi et leurs clients ont éclaté. « Le gouvernement prend des décisions et nous, on doit se disputer avec les clients pour obtenir quelques livres de plus », lance enragé un chauffeur de taxi. Du côté des microbus, les passagers surpris ont tenté de résister à la hausse de 75 piastres à 1 L.E. ou d’1 L.E. à 150 piastres pour les longs trajets au Caire. Les lignes entre les gouvernorats ont bien sûr connu une hausse plus importante. Ce qui, estime Aliaa Al-Mahdi, professeur d’économie à l’Université du Caire, « affectera gravement les populations à faibles et moyens revenus ».

Sans l’annoncer ouvertement, le gouvernement avait déjà préparé le terrain d’une telle hausse. Il y a un an, il avait tenté d’augmenter le prix du carburant de 40 % après 15 ans de stabilité. Le 90 octanes qui se vendait à 1 L.E./litre avait été retiré du marché pendant une journée, remplacé par du 92 octanes à 1,4 L.E. et du 95 octanes à 1,75 L.E. Mais face au mécontentement des consommateurs, le gouvernement avait décidé d’attendre un peu avant de retirer définitivement le 90 octanes. Quant au gasoil, son prix avait déjà augmenté une fois en 2005, de 40 à 60 piastres. En retirant du marché les carburants les moins chers et en imposant les nouveaux produits plus chers, le gouvernement avait voulu de la sorte appliquer la méthode suivie lors de la hausse du prix du pain et des moyens de transport.

Taxe sur les voitures de luxe

La question des subventions à l’énergie a été largement discutée au cours des dernières années, notamment depuis l’entrée au pouvoir du gouvernement Nazif, en juillet 2004. Plusieurs députés du PND (Parti National Démocrate, au pouvoir) et des membres du comité des politiques avaient déjà appelé à la hausse des prix de l’essence et à la baisse des subventions de l’énergie. Celles-ci sont estimées à 22 milliards de L.E. en 2005/2006 ont atteint 40 milliards dans le budget 2006/2007 après la hausse des prix du pétrole. Mais l’essence ne bénéficie que d’une part minime de ces subventions. Alors que le reste est utilisé à subventionner l’électricité, les bonbonnes de gaz et le gaz naturel dont bénéficient en grande partie les usines privées. Ainsi, certains investisseurs et des économistes libéraux soutenaient-ils fortement la hausse des prix. Pour Chérine Al-Chawarbi, économiste à la Banque Mondiale, l’augmentation des prix est le meilleur moyen de rationaliser la consommation. « Il n’est pas logique que rouler en voiture avec ses amis pendant une heure coûte moins cher que de parler au téléphone pendant la même durée », dit-elle.

Mais si presque tous les économistes sont d’accord pour la baisse des subventions, ils réfutent la manière dont le budget va être allégé. Selon une étude élaborée par Gouda Abdel-Khaleq, professeur à l’Université du Caire et économiste en chef du parti de Tagammoe (gauche), l’augmentation du prix de l’essence n’a aucune incidence sur la demande. En outre, les classes aisées seront les moins affectées par la hausse des prix. Il suggère donc de maintenir les prix de l’essence tout en imposant une taxe annuelle sur les voitures de luxe, ce qui couvrirait le montant des subventions gouvernementales allouées aux carburants. Même son de cloche chez Laïla Al-Khawaga, professeur d’économie à l’Université du Caire et membre du Conseil législatif : « D’accord pour augmenter les prix de l’essence. Mais il fallait appliquer un système de tranche. Car les propriétaires de grosses cylindrées peuvent se permettre de payer 2 L.E./litre ou plus. Ce qui peut apporter beaucoup au budget de l’Etat. Alors qu’avec la décision actuelle, l’augmentation a touché tout le monde sans retombées positives importantes sur le budget », opine-t-elle. Avant de relever qu’une étude du ministère des Finances avait proposé cette solution.

Désormais, des rumeurs courent autour d’une hausse des prix de l’électricité, du gaz naturel, de l’eau potable et des moyens de transport publics alors que le tarif du métro est déjà passé de 75 à 100 piastres cette semaine. Le quotidien Al-Masri Al-Yom a rapporté, selon des sources informées ayant requis l’anonymat, qu’un tel plan existe bel et bien et que le gouvernement n’attend que le moment propice pour l’appliquer .

Marwa Hussein

 




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