Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le 23 juillet à l’ère de la démocratie
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Egypte
Révolution de 1952. Cinquante quatre ans après, elle suscite encore les débats. Certains osent aujourd'hui porter un regard critique sur cet épisode décisif de l’histoire de l’Egypte.

Le 23 juillet à l’ère de la démocratie

Lorsqu'on demande aux hommes politiques de dire quelle est la première chose qui leur vient à l'esprit lorsqu'on évoque la révolution du 23 juillet, ils donnent des réponses différentes : le rôle régional de l'Egypte, la gratuité de l'enseignement, la défaite de 1967, la loi agraire, la fin de l'occupation, ou encore le totalitarisme politique. Si historiens et hommes politiques sont d'accord sur le fait que la révolution a donné une impulsion à l'Egypte sur le plan régional, ils sont partagés sur ses autres bienfaits.

La première chose qu'on lui reproche c'est d’avoir instauré un régime dur dans l’objectif de museler tous les opposants politiques. « Pour Nasser, il n’était pas question de pluralisme politique. La Constitution lui a accordé un pouvoir absolu. Toutes les libertés étaient autorisées, pourvu qu’on ne touche pas à son pouvoir », estime Abdel-Azim Ramadan, historien. Il rappelle que la veille du « coup d’Etat », comme il insiste à l’appeler, quatre partis politiques se partageaient la scène, outre les communistes et les Frères musulmans. « En 1954, lorsque Nasser accéda au pouvoir, le nombre de partis politiques fut réduit à zéro et la vie politique fut gelée », ajoute Ramadan. Avis que partage le rédacteur en chef libéral de la revue Al-Siyassa Al-Dawléya, Ossama Al-Ghazali Harb. « Impossible de qualifier le régime de Nasser de démocratique ». Il explique que Nasser s’est contenté après l'abolition de la Constitution de 1923 d’une déclaration constitutionnelle provisoire en 1953 qui a annulé l’existence du pouvoir législatif et l’a confié au conseil des ministres. « Et c’est cette absence constitutionnelle qui a donné lieu aux tribunaux d’exception, comme le tribunal d’Al-Ghad et celui de la Révolution », rappelle-t-il. Et d’ajouter que « la Constitution de 1956 a représenté un autre pas en arrière, dans la mesure où elle a centralisé tous les pouvoirs dans les mains du président de la République et annulé la ligne séparant les pouvoirs législatif et exécutif. Les Constitutions des années 1958, 1962 et 1964 n’étaient pas meilleures, elles ont consolidé le rôle central du président et étendu ses prérogatives aux dépens des institutions ». « Sans exagération, je peux dire que Nasser, en enracinant les principes de la dictature, a semé les germes des maux dont souffre actuellement la vie politique égyptienne », lâche encore Al-Ghazali.

Fouad Badrawi, du Néo-Wafd, le parti qui a le plus souffert de l’avènement de la Révolution, refuse, quant à lui, de faire assumer à la révolution tous les maux vécus aujourd’hui. Toutefois, il reconnaît que « l’héritage de cette époque a été lourd et on en paye le prix jusqu'à présent. Absence de démocratie et de libertés civiles, bureaucratie administrative ancrée dans les mentalités, et surtout la substitution de l’approche politique par l’approche sécuritaire ». Et d’ajouter : « Il est vrai que la révolution a accordé des droits sociaux aux ouvriers et aux paysans, mais l’absence des principes de la démocratie a rendu ces classes incapables de conserver et de protéger leurs acquis ».

Les Frères musulmans encore amers

Opprimés et persécutés sous Nasser, les frères musulmans ont gardé toute l’amertume de cette époque intacte. Les commentaires sans ambages de Mohamad Habib, porte-parole de la Confrérie, sont signifiants. « C’était le pire de l’histoire de l’Egypte, surtout pour les Frères et les communistes, qui ont été considérés comme l’ennemi numéro un de la révolution », matraque Habib, qui cependant ne manque pas de rappeler certains aspects qu’il juge positifs. Il cite notamment la politique étrangère de Nasser : le mouvement de non-alignement que Nasser a conduit avec l'Indien Nehru à l’époque de la guerre froide, le soutien qu’il offrait aux mouvements de libération dans le monde arabe ainsi que ses positions fermes à l’égard des sionistes. « Tout cela a donné au pays un poids régional important et a fait de l’Egypte le leader et la force motrice du monde arabe », reconnaît-il.

Mais cela ne veut pas dire que les militants pro-démocratiques les plus farouches de l’année 2006 ont tous pris leur distance avec la révolution et son leader. Les Nassériens ont été les premiers à faire un travail de « réconciliation » entre les exigences de l’époque et le contexte politique actuel.

« Non, ce n’était pas une dictature, on peut dire qu’il s’agissait d’un leader unique », insiste le journaliste nassérien Abdallah Al-Sennawi. Celui-ci ne nie pas le fait que la démocratie venait en second lieu sur l’agenda de la révolution. Il considère simplement que ce fut le cas de toutes les révolutions. « La révolution avait beaucoup d’ennemis, il était donc normal d’adopter la politique du parti unique pour mieux défendre les intérêts de la révolution et par conséquent ceux du peuple. A cette époque, la démocratie signifiait l’instauration de la justice sociale, une justice que l’on regrette aujourd’hui malgré l’existence de 16 partis politiques. La classe moyenne qu’a créée la révolution est en train de périr aujourd’hui sous les bottes du libéralisme », déplore Al-Sennawi.

Tout comme ce dernier, le député nassérien Hamdeine Al-Sabahi essaye d’expliquer ce qu’était le sens de la liberté et de la démocratie pour les révolutionnaires. « Nasser a défendu la liberté de l’individu contre l’oppression sociale et économique et la liberté de la nation contre le colonialisme et la domination étrangère. Après que la révolution du 23 juillet 1952 eut mis fin à la royauté, Nasser s’est attelé à la modernisation de la société, à l’instauration de la justice sociale et à l’élargissement de la participation populaire à la vie économique et politique, ce qui l’a amené à affronter la féodalité, la mainmise de la capitale sur le pouvoir politique et la domination étrangère sur l’économie nationale », explique-t-il.

De toute évidence, la révolution de 1952 continuera longtemps encore à inspirer les Egyptiens, aussi bien les « pro » que les « anti » .

May Al-Maghrabi

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