Liban. Trois de nos lecteurs expriment leur chagrin et leur colère en assistant à la destruction de leur pays, dans le silence complet de la communauté internationale et en particulier des pays arabes.

Au secours, aidez-nous ...

Je suis une Libanaise qui vit en Egypte depuis plusieurs années et je souhaite vous dire combien j’ai été attristée et horrifiée en voyant une fois de plus les images de la guerre s’installer dans mon pays natal. Que se passe-t-il ? Est-ce que les Libanais n’ont plus le droit de vivre en paix, ni de connaître la stabilité dans leur pays ? Pourquoi le Liban est-il toujours le premier pays à payer le prix des conflits dans notre région ? Pourquoi les pays arabes ne nous aident-ils pas ? Les dirigeants arabes vont-ils se contenter de déclarations, de conférences de presse ici et là ? Sabah, la célèbre chanteuse d’origine libanaise, avait une chanson qui disait : « Kalam, kalam bas, mabakhodche mennak gheir kalam », ce qui signifie : des paroles, des paroles, je ne prends de toi que des paroles. Cette chanson correspond tout à fait aux comportements des dirigeants arabes sourds et muets.

Nous avons besoin de tout le monde et de toutes sortes d’aides, alors s’il vous plaît, aidez-nous.

Est-il vrai que cette guerre a été déclenchée parce que deux soldats israéliens ont été enlevés ? Franchement, je n’y crois pas trop et en discutant avec des amis égyptiens et libanais, nous avons conclu que cet enlèvement n’est rien d’autre qu’un prétexte. Un prétexte pour que les Israéliens fassent une forte démonstration militaire, et peut-être pour trouver les moyens d’arriver jusqu’à la Syrie !

Quel avenir pour nous, jeunes Libanais, qui n’avons connu que des guerres dans notre pays ? Devrions-nous rester dans le pays, résister, lutter et mourir ; ou tout simplement partir et faire notre vie ailleurs en paix ?

Je suis mariée et j’ai des enfants qui sont encore tout petits et j’aimerais beaucoup leur montrer le vrai beau Liban d’avant-guerres dans sa jolie image sans bombardements, ni fusées, ni armes.

Randa Soweif, Le Caire.

Le silence face à la crise libanaise

Le silence ou les condamnations timorées de la communauté internationale face aux actions militaires engagées par le gouvernement israélien depuis quelques semaines ont alimenté l’escalade actuelle au Proche-Orient. Rien ou si peu pour dénoncer l’arrestation de huit ministres, de plusieurs dizaines de maires et de députés palestiniens, enlevés dans les territoires palestiniens par le Tsahal. Rien ou si peu pour dénoncer ces dizaines de morts parmi les Palestiniens, les Libanais mais aussi les Israéliens qui sont morts en raison de l’autorisation tacite accordée au gouvernement d’Olmert d’employer la force, au mépris des conventions et des lois internationales. Faut-il rappeler que ces morts paient pour trois soldats enlevés et susceptibles d’être échangés contre une petite partie des dizaines de milliers de prisonniers palestiniens et libanais qui croupissent parfois sans jugement dans les prisons israéliennes ?

La légitimité invoquée par Israël pour emprisonner un gouvernement démocratiquement élu est la lutte contre le terrorisme. Certes, mais la pratique des « assassinats ciblés » par le gouvernement israélien et le recours aux punitions collectives affectant au premier chef la population civile sont tout autant du terrorisme. Cessons de jouer avec les mots.

Israël n’attendait qu’une occasion pour intervenir au Liban, et le Hezbollah la lui a fournie sur un plateau. L’affrontement était prévisible : depuis le retrait militaire syrien au Liban, il y a plus d’un an, le trafic d’armes est recrudescent aux frontières syro-libanaises. Comme lors de son intervention en 1976, Israël met à profit la faiblesse du pouvoir libanais, dont les chefs de file, paralysés par des querelles internes, sont incapables de perpétuer l’union nationale esquissée lors du printemps de Beyrouth. Doté d’un territoire sans profondeur stratégique, le gouvernement israélien tente à nouveau de déplacer la guerre dans un pays tiers, le Liban.

En vain. Les roquettes sur Haïfa ou Tibériade ont révélé la capacité du Hezbollah à atteindre des sites sensibles au cœur du territoire israélien. La politique de la force déployée au Liban, d’une violence ahurissante, est désolante à plus d’un titre : en visant des centrales électriques, des infrastructures de communication dans tout le pays, elle affecte une population multiconfessionnelle qui ne se reconnaît pas, loin s’en faut, dans les agissements du Hezbollah et elle annihile tous les efforts de reconstruction entrepris à grands frais, depuis une dizaine d’années, pour effacer les ravages d’une guerre civile de 15 ans. Ces efforts avaient abouti, entre autres, à une reprise des flux touristiques et encouragé maints Libanais de la diaspora à revenir s’installer et investir au pays. Quel sens donner aux bombardements sur la banlieue chic à dominante chrétienne de Jounieh, aux silos du port de Beyrouth ou aux environs du poste-frontière de Masnaa, l’un des rares points de sortie terrestre du Liban rejoint par des civils désemparés ? Pour mettre fin à ses bombardements sur le Liban, le gouvernement israélien réclame l’application de la résolution 1 559 de l’Onu sur le désarmement du Hezbollah. Cet appel au droit international est d’une amère ironie de la part d’un Etat qui le bafoue depuis trente ans. Le silence complice de la communauté internationale alors que les résolutions onusiennes sont bafouées est grave.

Le droit international ne peut être invoqué uniquement quand cela arrange le plus fort. Pour que la paix soit un jour possible, le respect des résolutions de l’Onu et le principe de la paix contre la terre s’imposent à toutes les parties belligérantes.

Si le gouvernement d’Israël veut la paix, il devra s’y résoudre : la veut-il ? Les Etats arabes n’ont-ils pas pris en 2002 l’engagement solennel de reconnaître Israël et de faire la paix en échange de la fin de l’occupation des territoires palestiniens ?

Plus proche de nous, c’est vers leurs gouvernements et vers l’Union européenne que les citoyens d’Europe doivent se tourner : pouvons-nous sans honte couper notre aide à l’Autorité palestinienne et mettre ainsi la population palestinienne en péril humanitaire et ne réagir que par des atermoiements, alors que l’armée israélienne tue et détruit aveuglément ?

Karine Bennafla, enseignante-chercheuse à l’Université Lyon 2,
et Leïla Vignal, détachée au CNRS.

 

Le monde à l’envers

N’avez-vous pas remarqué l’obsession du monde pour les vedettes de cinéma américaines ? Leurs nouvelles sont dans les journaux, à la télé, et des programmes télé sont créés juste pour nous faire connaître les petits détails de leurs vies, d’autres pour discuter de leurs habits et de leur sens de la mode, ou encore de leurs cachets ... Pourquoi tout cela ? Après tout, le travail d’un comédien ne consiste qu’à devenir un autre pendant quelques jours. Méritent-ils d’être payés des millions de dollars ? De plus, pensez à cela : s’il n’y avait pas d’acteurs ni de films, pourrait-on continuer à vivre ? Bien sûr que oui ! Alors les comédiens ne sont pas indispensables à nos vies. Au contraire des médecins, des pharmaciens, des pompiers, et d’autres … Et pourtant, personne ne s’intéresse à eux, leurs salaires n’atteignent même pas le dixième des vedettes hollywoodiennes, ils ne bénéficient pas de fêtes luxueuses et extravagantes, ni de remises de prix pour leurs fabuleux services. Notre monde tourne à l’envers, ne trouvez-vous pas ?

Dina Zohni, Le Caire.

Le magnifique Yacoubian

Pourquoi toutes ces histoires sur le dernier film avec Adel Imam ? Rappelons-nous du proverbe : Tout ce qui est beau n’est pas vrai, et tout ce qui est vrai n’est pas beau. Je veux dire que le film parle de phénomènes qui existent réellement dans notre société : corruption, drogue, intégrisme religieux, mais aussi des sujets tabous comme l’homosexualité et la prostitution.

En effet, à travers les locataires de l’immeuble construit dans les années 1930, le film retrace trois périodes de l’histoire de notre pays : la monarchie, la Révolution nassérienne et l’époque actuelle.

On dit partout que nous vivoune période de « transition démocratique », alors essayons de le prouver, en laissant le film dans les cinémas pour que tout le monde puisse le voir et s’en faire une opinion. Aimer ou ne pas aimer le film, chacun est libre de penser ce qu’il veut, sans toutefois porter atteinte aux mœurs et traditions du pays. En tous les cas, le film est à voir.

Marianne Adel, Alexandrie.