Al-Ahram Hebdo,Monde | La grande aventure des mollahs
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Iran. L'embrasement de la situation au Liban et le soutien présumé de Téhéran au Hezbollah ont remis sur le tapis les velléités de la République islamique d'accroître son influence dans la région.

La grande aventure des mollahs

Les événements sanglants survenus sur la scène libanaise, ces derniers jours, ont lancé de nombreuses spéculations sur l'influence grandissante de l'Iran chiite dans la région du Moyen-Orient. S'agit-il d'une superpuissance régionale en herbe à potentialité nucléaire ? N'était-ce pas là le rêve qui hantait l'esprit des dirigeants iraniens et qui a pris différentes formes sous l'époque du chah et après la Révolution islamique de 1979 ? Après avoir étendu, selon certains observateurs, son influence sur les chiites d'Iraq, la République islamique a-t-elle vraiment orchestré les attaques du Hezbollah contre le Liban pour accroître ses zones d'influence dans la région ? Ou bien s'agit-il d'une simple propagande américaine visant à condamner l'Iran aux yeux du monde et lui rejeter la responsabilité de toutes les calamités ? Autant de questions auxquelles il est difficile d'apporter une réponse précise dans un monde où « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Bien que la République islamique démente tout lien militaire ou financier avec ses protégés chiites libanais, médias et responsables iraniens n'ont pas cessé de faire l'éloge des « héros » du Hezbollah pour leur « grand travail » contre Israël. Pourtant, on peut discerner l'ombre de l'Iran derrière les fracas des bombes et le sifflement des roquettes qui pilonnent le nord d'Israël depuis le 12 juillet. C'est au moins ce qu'affirment les experts politiques : « L'Iran est le seul metteur en scène de cette guerre. Sa stratégie est cohérente et bien dessinée. A court terme, il tente par tous les moyens d'empêcher toute frappe contre ses installations nucléaires. A long terme, il aspire à devenir une grande puissance régionale au détriment de ses voisins arabes », affirme le Dr Mohamad Abdel-Salam, expert à l'unité militaire au Centre d'Etudes politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.

La semaine dernière, le premier ministre israélien, Ehud Olmert, avait pointé l'Iran du doigt, l'accusant de mettre le feu aux poudres entre le Hezbollah et l'Etat hébreu : « Ce n'est pas par pure coïncidence si le timing de l'opération du Hezbollah dans le nord, l'enlèvement des 2 soldats et les tirs de roquettes (qui ont déclenché la guerre) ont coïncidé avec la tenue du sommet du G8 à Saint-Petersbourg. Il s'agit d'un piège bravement tendu par l'Iran dans le but de détourner l'attention internationale de l'Iran », avait affirmé M. Olmert, déplorant que « ce tour a réussi car au lieu de parler de l'Iran, les Occidentaux se sont concentrés sur la guerre au Liban et le dossier nucléaire iranien était jeté aux oubliettes ».

Selon un bon nombre d'experts politiques, l'Iran avait préparé cette guerre il y a quelques mois, en augmentant le nombre de missiles, de munitions et d'experts militaires envoyés au Hezbollah chiite. Il aurait même envoyé un bon nombre de gardiens de la révolution au Liban pour soutenir le Hezbollah. « Chaque mois, l'Iran envoie au Hezbollah une somme qui vacille de 30 à 40 millions de dollars pour lui assurer un armement très évolué. On parle aussi de quelques centaines d'experts militaires iraniens au Liban », estime Le Dr Mohamad Abdel-Salam, selon lequel, l'Iran, en inspirant cette guerre, a fait d'une pierre plusieurs coups à la fois. « Tout d'abord, il a réussi à détourner l'attention du monde de son programme nucléaire en créant un autre point chaud au Moyen-Orient. Ensuite, il a prouvé à Washington son poids dans la région et sa capacité à causer des troubles à l'Etat hébreu », analyse de son côté le Dr Hicham Ismaïl, professeur à la faculté des sciences politiques, de l'Université du Caire.

Nouvelle carte de pression

La chose étant, Téhéran pourrait, désormais, discuter avec la communauté internationale en position de force. La porte sera grande ouverte à Téhéran pour faire des tractations qui servent ses intérêts. Comme celle-ci : « Si vous voulez qu'on désarme le Hezbollah, laissez-nous poursuivre la voie du nucléaire et mettez-nous à l'abri des sanctions », dit le Dr Hicham Ismaïl.

Pourtant, bien que réalisant que la clé d'une solution à la crise libanaise réside dans les mains de Téhéran, la communauté internationale, qui organise ce mercredi à Rome une conférence internationale ministérielle sur le Liban, n'a pas convié l'Iran. Paradoxe ! Peut-être, le monde ne veut-il pas faire comprendre à l'Iran son importance dans la région pour ne pas lui donner l'occasion d'exercer un quelconque chantage. « Cette conférence ne pourrait pas avoir de résultat tangible sans la participation de l'Iran car aucune force ne serait à même de désarmer le Hezbollah, sans un marché plus vaste avec Téhéran », affirme le Dr Hicham Ismaïl.

Pour ne pas s'en prendre exagérément à Téhéran, certaines voix se sont élevées cette semaine pour défendre la stratégie iranienne, y voyant un droit naturel : « En quoi l'Iran a-t-il tort ? Tous les pays, même les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Arabie saoudite et autres cherchent à accroître leurs zones d'influence au détriment des pays faibles. C'est la règle du jeu. Pourquoi donc ne condamner que l'Iran ? », s'interroge le Dr Mohamad Al-Saïd Idriss, rédacteur en chef de la revue mensuelle Mokhtarat Irania. Le Dr Idriss voit dans cette propagande anti-iranienne une tentative de la part des pays arabes sunnites pour contrer la montée en puissance du chiisme dans le monde arabe.

Possédant un nouvel atout en main, les dirigeants iraniens sont désormais plus intransigeants que jamais en discutant de leur programme nucléaire. Profitant de la nouvelle donne, l'Iran a de nouveau mis en garde, dimanche, le Conseil de sécurité de l'Onu contre toute décision dure visant à arrêter son programme nucléaire. « Toute mesure dure sera suivie d'une réaction en proportion », a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne, Hamid Reza Assefi.

Cette mise en garde intervient après que les trois puissances européennes (Allemagne, France et Grande-Bretagne) ont présenté, jeudi dernier, aux membres du Conseil de sécurité de l'Onu un projet de résolution, exigeant de l'Iran l'arrêt de ses activités d'enrichissement d'uranium. « Le Conseil de sécurité décide que l'Iran doit suspendre toute activité d'enrichissement et de retraitement, y compris la recherche et le développement, ce qui doit être vérifié par l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique), et suspendre la construction d'un réacteur à eau lourde », stipule le projet.

Défiant comme toujours les appels de la communauté internationale, l'Iran continue à faire preuve de sa détermination à produire du combustible nucléaire sur son sol, tout en accusant les Etats-Unis de vouloir empêcher un règlement négocié de la crise nucléaire iranienne. Une fois de plus aussi, les autorités de Téhéran ont affirmé qu'elles ne donneront pas de réponse à l'offre des grandes puissances avant le 22 août. « En atermoyant la réponse, l'Iran cherche à gagner du temps pour accomplir une réalisation nucléaire plus avancée qui pourrait bien stupéfier le monde entier », analyse le Dr Al-Saïd Idriss.

Passant à la guerre verbale, le commandant suprême du corps des gardiens de la Révolution islamique a qualifié, cette semaine, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël d'«axe du mal ». Dimanche, le président ultraconservateur iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a conseillé à Israël de « faire ses valises » et de quitter le Proche-Orient. « Je leur conseille de faire leurs valises et de quitter la région avant d'être pris dans le piège de la flamme qu'ils ont allumée au Liban », a déclaré M. Ahmadinejad.

Face à ce déluge de défis iraniens, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a admis apparemment pour la première fois que des sanctions économiques devraient être appliquées à l'Iran s'il ne réagissait pas comme il fallait à la résolution du Conseil de sécurité sur son programme nucléaire. Ces propos du ministre russe des Affaires étrangères semblent marquer une certaine évolution dans le langagde Moscou en la matière. « Nous avons donné notre accord pour qu'au bout d'une certaine période, il faille examiner des mesures supplémentaires, y compris à caractère économique » a dit M. Lavrov.

Si Téhéran a marqué un point dans son bras de fer avec la communauté internationale, il doit s'attendre aussi à quelques pertes .

Maha Al-Cherbini

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