Al-Ahram Hebdo,Arts | Des fois il suffit d’un caillou
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Arts
Cinéma. Le film de Kamla Abou-Zikri, A propos de l’amour et de la passion, basé sur un solide scénario de Tamer Habib, dissèque avec brio des choix de vie qui mènent à ce qu’on appelle le destin.

Des fois il suffit d’un caillou

Il faut de tout pour faire un monde. Quoique celui-ci aurait bien pu se passer de la sauvagerie avec laquelle Israël s’évertue à tuer des enfants au Liban. Mais bon là n’est pas le sujet. Le cinéma égyptien a tout l’air de reprendre des forces doucement mais apparemment sûrement. Puisque à côté des comédies burlesques où tout ne repose que sur le gag, ont commencé de plus en plus à s’afficher des réalisateurs avec des films de l’ordre du cinéma avec un grand C. Cet été, il y a eu trois rendez -vous, bien sûr L’Immeuble Yacoubian, film à gros budget réalisé par le jeune Marwan Hamed, le fils du grand et incontournable scénariste Wahid Hamed. A signaler aussi Temps libres, écrit et réalisé par un groupe de jeunes incognitos et qui a réussi à tenir le pari et la route. Et enfin A propos de l’amour et de la passion (An el-echq wal hawa), de Kamla Abou-Zikri, dont le titre ressemble à un livre d’érudit soufi. Vous l’aurez compris, il s’agit bien d’amour. Le sentiment le plus fondamental de l’homme. Le scénariste Tamer Habib revient sur un sujet qui lui tient à cœur, histoires de couples et enchevêtrements amoureux. Il avait fait un tabac en écrivant le scénario de Sahar al-layali en 2004, réalisé par Hani Khalifa. Le film avait eu un succès tel qu’il est désormais classé dans ce qu’on pourrait appeler film « phénomène social ». Histoire anodine de scènes de tous les jours de couples en mal d’être. Tout y est passé routine, déception, blocage sexuel, adultères, peur de l’engagement … Le tout enrobé d’une sincérité et d’une simplicité qui ont touché une société en mal d’expression.

Cette fois-ci, il remet ça, mais avec plus de profondeur et de sophistication dans une histoire de destins qui se font et se défont au gré des faiblesses et des passions. Une histoire ou plutôt des histoires qui tournent autour d’un homme Omar tenu par Ahmad Al-Saqqa qui n’a pas eu le courage et la force d’aller au bout de son amour pour une femme, Alia, superbement incarnée par Mona Zaki qui a probablement fait dans ce film l’un des ses meilleurs rôles, dont la sœur travaille dans un bar monnayant son corps à l’occasion.

A partir de ce point, la vie de tout un monde bascule. Pour dire que souvent il suffit d’un petit caillou pour enrayer l’engrenage du cours d’une vie. Un choix mal réfléchi par faiblesse ou par peur engendre d’autres choix tout aussi confus et lourds à porter avec un lot de victimes et de tyrans. Tout dépend du bord dans lequel on se pose. Dans le film, on a du mal à juger qui des protagonistes a raison. Omar, qui fuit un amour qu’il n’arrive pas à assumer, se lance dans un mariage qu’il a encore plus de mal à porter, puis dans un autre amour et mariage qu’il garde secret jusqu’à la grossesse de sa deuxième femme. Il finit par abandonner sa première femme et découvre que son frère en est amoureux depuis des années. Alia, elle, traîne sa dépression après l’abandon tragique et se laisse prendre dans une relation avec son voisin drogué qui lui voue un amour infini. Tout le monde parmi nous peut facilement se transposer quelque part dans cette histoire d’histoires, de destins et de parcours de vie.

Un texte d’une grande maturité et d’une profonde réalité qui met du baume au cœur en ces périodes de décadence. Voir un film d’une telle qualité artistique, au beau milieu d’une guerre encore une fois injuste menée contre un peuple arabe au milieu d’une dégénérescence des régimes en place en manque de légitimité qu’ils quémandent désormais de la Maison Blanche, montre que peut-être et que malgré tout, tout n’est pas perdu dans ce Moyen-Orient. Qu’il y a encore du potentiel malgré cette culture de la défaite ambiante. Donc, tout le film est basé sur un enchevêtrement de destins parti d’une situation non assumée, il est artistiquement bien agencé par le départ de la voiture de Omar. Une technique bien engagée par la réalisatrice Kamla qui a, à son actif, un autre film Pile ou face qui s’inscrit lui aussi dans le même registre avec une histoire d’un homme, dont la vie bascule lorsqu’il surprend sa femme le tromper avec un autre. Ces destins qui se croisent au gré des parcours des personnages dans les rues de la ville à bord de leur voiture. Le doute, le marasme, la déchéance et le bonheur se creusent eux au gré des lumières que jette la réalisatrice avec grande maîtrise sur les acteurs. Des histoires vraies comme chacun de nous en a vécu au moins une fois dans sa vie. A mûrir : nous avons tous notre petit caillou qui un jour a fait défaillir l’engrenage.

Najet Belhatem

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