Al-Ahram Hebdo, Arts | Sensibilité à fleur de peau
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Arts

Chant. Cheikha Sabah a réussi à se faire un nom parmi les maîtres du chant religieux. Elle se consacre exclusivement aux poètes soufis.

Sensibilité à fleur de peau

Par son allure, foulard blanc et lunettes noires, cheikha Sabah est l’une des plus convaincantes incarnations de l’art du « samaa » (audition). Avec sa voix forte et profonde, elle nous entraîne naturellement vers la transe mystique. Née dans le petit village de Tunamel Al-Charqi, à Daqahliya, dans le Delta, au nord de l’Egypte, cheikha Sabah est atteinte de cécité dès l’âge de 6 ans. Son père, simple paysan, n’avait pas les moyens de payer une opération qui lui aurait permis de recouvrer la vue. Aujourd’hui, elle se plie à la volonté divine, la même d’ailleurs qui lui a accordé une si belle voix, douce et chaleureuse. Une voix qui ressemble à celle d’Oum Kalsoum, dit-on, faisant allusion aux débuts de la diva avec le chant religieux. Cependant, cheikha Sabah refuse d’imiter. Elle possède un répertoire qui lui est propre : « C’est très honteux d’imiter les autres. Si j’imite, je n’ai pas de raison d’être », assure-t-elle, ajoutant : « Ce que je veux transmettre à mes auditeurs, c’est le mot qui porte un sens et qui invite tout homme à entrer dans un état de dévotion ».

Elle ne chante qu’Ibn Al-Farid, Al-Hallag, Ibn Al-Arabi, Aba Al-Azzaem et Al-Jilani, faisant sa sélection parmi les grands noms de la poésie soufie. Et de répéter incessamment : « Je ne chante pas, ce que j’interprète c’est de l’inchad (chant religieux) ».

Cheikha Sabah a réussi dès son arrivée au Caire en 1975 à se faire un nom et à avoir l’audace de s’intégrer dans le milieu des mounchidines hommes et notamment dans celui des « sommités » d’al-inchad al-dini, comme elle les appelle : tels que cheikh Yassine Al-Tohami et cheikh Ahmad Al-Touni. Son succès rencontré dans le monde d’al-inchad n’est pas dû au hasard. Car, dès son très jeune âge, la petite Sabah a réussi à réciter le Coran par cœur. D’où son premier contact avec le rythme et la mélodie. Bientôt, la radio égyptienne la sollicite, puis la télévision. De tous ses achèvements, cheikha Sabah ne nie pas le rôle de son mari dans sa vie : « Je ne peux pas omettre le soutien de mon mari qui m’encourageait à travailler dans les mouleds (commémoration d’un saint). Il m’a de même remis sur le chemin de l’Inchad, où j’ai découvert les joies spirituelles », affirme spontanément cheikha Sabah, accompagnée toujours de son mari hagg Baraka qui est en même temps son imprésario.

Cette spontanéité se ressent à travers ses improvisations sur scène. Car cheikha déclare qu’elle ne décide jamais à l’avance les titres qu’elle interprétera. « Je choisis les vers à réciter selon le moment, selon le rapport que j’établis avec le public », dit-elle. L’essentiel c’est al-tawassol (le lien) et la compréhension qui se produisent grâce à la manière dont la parole est prononcée. « Quand on dit Dieu, on s’efface, on est au-delà du profane », affirme cheikha Sabah qui une fois qu’elle commence à psalmodier, « ses poèmes chantés, peuvent, sans une imprégnation réelle du sens, engendrer des effets merveilleux ».

Si le programme de cheikha Sabah n’est pas précisément déterminé, ce qui est garanti, c’est de vivre un état de communion profonde, laquelle ne manque pas de guider les instruments du takht (ensemble arabe traditionnel). Le oud ou luth oriental sera ainsi escorté par la flûte et les éclats du violon. La langue classique se mêle au dialectal, donnant une sensation de légèreté que l’on ne retrouve pas forcément chez les interprètes masculins. Une grande sensibilité permet de compenser sa cécité. Cheikha Sabah passe à l’essentiel, l’essence même de l’esprit .

Névine Lameï

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Concert de cheikha Sabah, le 26 juillet à 21h30, à Saqiet Al-Sawi. Fin rue 26 Juillet, Zamalek. Tél. : 736 61 78

 




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