Regain
d’intérêt ? L’espace culturel cairote Saqiet Al-Sawi organise
son premier festival sur le folklore égyptien, qui s’étale sur
trois jours, paraît-il sans grand écho. A l’initiative d’Ossama
Al-Cherbini, fonctionnaire du théâtre d’Etat Al-Balloun
spécialisé plus au moins dans le champ folklorique, le festival
affiche un but lucratif. L’organisateur lorgne notamment un
public étranger, curieux de voir les arts populaires égyptiens,
en cette période d’été où les activités folkloriques du théâtre
Al-Balloun se déplacent plutôt vers Alexandrie. Et peut-être
aussi, l’espace alternatif Saqiet Al-Sawi sait d’avance que cela
est à même d’attirer certaines jeunes personnes qui ont pris
goût aux concerts de folklore moderne qu’il donne de façon
régulière ces derniers temps, où tous les métissages font bon
ménage. Car c’est un genre qui se veut parfois un peu kitsch,
mais qui a apparemment le vent en poupe, répondant à l’identité
multiculturelle de la ville … Les improbables ritournelles à la
mélancolie tenace, en provenance du sud, les rythmes plus
dansants du nord, sont à la fois dépositaires et véhicules d’un
génie du peuple qui n’est pas sans toucher les cœurs.
Toutefois, la programmation a l’air un peu
ringarde. Et ne se proclame guère à la hauteur d’un festival
national sur les arts populaires comme celui de Marrakech, qui
vient de prendre fin le 15 juillet dernier et qui en est
aujourd’hui à sa 41e édition. En d’autres termes, on est loin
d’une vraie tentative de préserver ou de valoriser un patrimoine
menacé de déperdition et qui est censé faire face à une
mondialisation galopante.
La soirée inaugurale (le 28 juillet à 21h)
commence par un show pharaonique — bien déplacé et rikiki — où
une fiancée du Nil donnera le coup d’envoi du festival. Ensuite,
viendra l’heure des hommages allant cette année à des
personnalités qui ont contribué à la vivification du folklore
comme le chercheur Zakariya Al-Héggawi, le metteur en scène
Abdel-Rahmane Al-Chaféï, l’artiste-peintre Salah Anani et
l’intellectuel Abdel-Moneim Al-Sawi. La troupe populaire Al-Nil
présentera également des chants et danses sillonnant le pays,
explorant la hardiesse du paysan, le charme de la femme
populaire ou la ténacité de la danse du bâton. (Il faut
peut-être mentionner à l’ombre de cet engouement folklorique que
Saqiet Al-Sawi propose des cours afin d’apprendre cette dernière
danse). Des derviches tourneurs de tout bord, relativement
jeunes, se trouvent regroupés à travers la troupe Les Derviches
du Caire, présentant leur spectacle, toujours dans la salle Al-Nahr.
Le jour d’après, c’est-à-dire le 29, la
troupe Le Sphinx donnera aussi la danse soufie des mevlevis
turcs pour passer ensuite aux chants populaires, comme du coq à
l’âne ! Deux enturbannés du bled, Mohamad Sowayed et Idriss
Chamandi, mettront l’orchestre en branle, avec leurs chants
saïdis. Ceux-ci seront, en effet, suivis par d’autres chants en
provenance du Delta et interprétés par la troupe d’Al-Mansoura.
Et pour la clôture, le 30, c’est la danse qui
sera plutôt de mise avec notamment la troupe d’Ossama Imam (chorégraphe
de la troupe nationale des arts populaires) et à nouveau un show
pharaonique conçu par Mona Moustapha, travaillant en principe
pour la fameuse troupe Réda.
La seule mention de ces deux dernières
troupes de danse (Nationale et Réda) soulève en effet deux
points ultimes : d’abord que la plupart des artistes
participants ont grandi dans les girons de l’Etat qui se portait
mécène des lettres et des arts. Aujourd’hui, ils contribuent
avec leurs formations privées, soi-disant moins authentiques, à
un festival organisé par un espace culturel indépendant. Ensuite,
rien que les noms de ces deux troupes rappellent l’époque
révolue où elles ont fait surface. C’était l’époque de l’éveil
du nationalisme et la recherche d’une identité égyptienne, après
des siècles de domination étrangère. On s’est alors penché sur
ce florilège d’une humanité en état de survivance qu’est le
folklore. L’éclosion de celui-ci peut relever en général d’une
nostalgie du passé, d’un besoin d’évasion, d’un goût de
l’exotisme, d’une réaction à l’acculturation et au danger de
l’uniformisation ... On a besoin d’aller aux sources, d’entendre
quelqu’un conter, pourvu que cela soit bien fait. Et c’est
d’ailleurs là que le bât blesse. Car les besoins et les attentes
vont beaucoup plus loin que ce qui est proposé par ce festival .
Dalia Chams