Al-Ahram Hebdo, Afrique | Risque d’élargissement des troubles
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 Semaine du 26 Juillet au 1er août 2006, numéro 620

 

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Afrique

Somalie-Ethiopie. Addis-Abeba s’implique dans le conflit somalien, laissant craindre un débordement régional de la crise.

Risque d’élargissement des troubles

La situation critique en Somalie dépasse désormais largement les frontières de ce petit pays de la Corne de l’Afrique, en proie à une guerre civile depuis 1991. De vives tensions planent en effet aux frontières entre l’Ethiopie et la Somalie. Et les menaces d’une guerre régionale, ou du moins de troubles frontaliers, se font de plus en plus pesantes.

Après une accalmie relative sur le terrain en Somalie, le gouvernement de transition a accusé les tribunaux islamiques de préparer une offensive contre Baïdoa, ville siège du gouvernement de transition, après une incursion de miliciens dans une localité située à une quarantaine de kilomètres de la ville. Le Conseil suprême islamique de Somalie (SICS), dont les troupes se sont repliées dans cette localité, a nié toute intention belliqueuse et a accusé à son tour le gouvernement de chercher une intervention militaire éthiopienne. Fidèle alliée du président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed, l’Ethiopie, qui joue un rôle politique prépondérant en Somalie, a prévenu qu’elle soutiendrait militairement le gouvernement somalien en cas d’attaque contre Baïdoa. En effet, l’Ethiopie possède une des armées les plus aguerries et les mieux équipées d’Afrique. Face à la menace islamiste, l’Ethiopie a fait savoir qu’elle surveillait tous les mouvements militaires des milices islamiques somaliennes et réprimerait toute initiative dirigée contre le président du gouvernement intérimaire.

Sur le terrain, et selon les habitants de la région de Baïdoa, de nouveaux soldats éthiopiens sont arrivés dimanche en Somalie dans une localité située à mi-chemin entre la frontière des deux pays et Baïdoa. La veille, environ 250 soldats éthiopiens sont arrivés à Wajid (au nord de Baïdoa) avec de l’armement lourd, selon des habitants. Wajid se trouve sur l’un des axes routiers reliant l’Ethiopie à Baïdoa. Mais les gouvernements éthiopien et somalien ont démenti toute présence militaire éthiopienne en Somalie.

Pour contrer toute avancée des troupes éthiopiennes en Somalie, le chef des islamistes somaliens, cheikh Hassan Dahir Aweys, a appelé les Somaliens à la « guerre sainte » contre l’Ethiopie. « Les Ethiopiens ont envahi notre pays et nous devons les forcer à le quitter et cela sera une guerre sainte », a affirmé le chef du SICS.

Répondant aux annonces du cheikh Aweys, Addis-Abeba a menacé d’« écraser » les islamistes somaliens tout en se disant confiants qu’ils n’oseraient pas attaquer, même si leur chef a appelé à la « guerre sainte » contre l’Ethiopie. « Je pense qu’ils (les islamistes somaliens) n’oseront rien faire, car ils savent qu’il y a une force (NDLR : l’armée éthiopienne) capable de faire ce qu’elle a dit, une force capable d’écraser quiconque, au sens propre du terme », a déclaré sous couvert d’anonymat un haut responsable gouvernemental éthiopien. L’Ethiopie a fait savoir clairement à plusieurs reprises qu’il y a une frontière « qu’ils (les islamistes somaliens) ne doivent pas franchir. S’ils le font, ils seront écrasés », a insisté cette source.

Le ministre éthiopien de l’Information, Berhan Hailu, a été allé plus loin en déclarant : « Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour écraser le groupe islamiste s’il tente d’attaquer Baïdoa, le siège du gouvernement fédéral de transition ».

Cette fois-ci donc, il ne s’agit plus simplement pour les Ethiopiens de défendre leurs frontières. Selon le Dr Gamal Zahran, professeur à la faculté de sciences politiques de l’Université du Canal de Suez, « l’Ethiopie cherche à sauvegarder ses intérêts dans la région. Il n’est pas dans son intérêt de voir un régime islamiste s’installer chez son voisin, elle y voit une menace en tant que pays chrétien ». « Les récentes déclarations éthiopiennes sont inspirées par les Etats-Unis qui craignent la progression de l’autorité des tribunaux islamiques. Ils pourraient soutenir économiquement et politiquement l’Ethiopie, mais sans intervention directe », ajoute Zahran.

Face à ces tensions, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Somalie, François Lonseny Fall, a appelé les dirigeants du gouvernement fédéral de transition et le Conseil suprême des tribunaux islamiques à faire preuve de retenue. « J’appelle les deux parties à respecter le cessez-le-feu et les autres dispositions de l’accord signé à Khartoum le 22 juin, notamment leur engagement à s’abstenir de toute provocation de nature à entraîner une escalade de la situation », a affirmé le représentant spécial, qui a rappelé que les différends devaient être réglés à la table de négociations. Mais le gouvernement de transition somalien a conditionné toute négociation à « une garantie internationale » sur l’application des décisions de tels pourparlers. Le gouvernement a justifié cette exigence par le caractère « imprévisible » des islamistes qui ont violé, selon lui, l’accord de Khartoum. Quant aux islamistes somaliens, ils font porter la responsabilité de l’escalade à l’Ethiopie, lui demandant de retirer ses troupes et « d’arrêter de s’ingérer dans les affaires somaliennes » .

Maha Salem

 




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