La
situation critique en Somalie dépasse désormais largement les
frontières de ce petit pays de la Corne de l’Afrique, en proie à
une guerre civile depuis 1991. De vives tensions planent en
effet aux frontières entre l’Ethiopie et la Somalie. Et les
menaces d’une guerre régionale, ou du moins de troubles
frontaliers, se font de plus en plus pesantes.
Après une accalmie relative sur le terrain en
Somalie, le gouvernement de transition a accusé les tribunaux
islamiques de préparer une offensive contre Baïdoa, ville siège
du gouvernement de transition, après une incursion de miliciens
dans une localité située à une quarantaine de kilomètres de la
ville. Le Conseil suprême islamique de Somalie (SICS), dont les
troupes se sont repliées dans cette localité, a nié toute
intention belliqueuse et a accusé à son tour le gouvernement de
chercher une intervention militaire éthiopienne. Fidèle alliée
du président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed, l’Ethiopie, qui
joue un rôle politique prépondérant en Somalie, a prévenu
qu’elle soutiendrait militairement le gouvernement somalien en
cas d’attaque contre Baïdoa. En effet, l’Ethiopie possède une
des armées les plus aguerries et les mieux équipées d’Afrique.
Face à la menace islamiste, l’Ethiopie a fait savoir qu’elle
surveillait tous les mouvements militaires des milices
islamiques somaliennes et réprimerait toute initiative dirigée
contre le président du gouvernement intérimaire.
Sur le terrain, et selon les habitants de la
région de Baïdoa, de nouveaux soldats éthiopiens sont arrivés
dimanche en Somalie dans une localité située à mi-chemin entre
la frontière des deux pays et Baïdoa. La veille, environ 250
soldats éthiopiens sont arrivés à Wajid (au nord de Baïdoa) avec
de l’armement lourd, selon des habitants. Wajid se trouve sur
l’un des axes routiers reliant l’Ethiopie à Baïdoa. Mais les
gouvernements éthiopien et somalien ont démenti toute présence
militaire éthiopienne en Somalie.
Pour contrer toute avancée des troupes
éthiopiennes en Somalie, le chef des islamistes somaliens,
cheikh Hassan Dahir Aweys, a appelé les Somaliens à la « guerre
sainte » contre l’Ethiopie. « Les Ethiopiens ont envahi notre
pays et nous devons les forcer à le quitter et cela sera une
guerre sainte », a affirmé le chef du SICS.
Répondant aux annonces du cheikh Aweys,
Addis-Abeba a menacé d’« écraser » les islamistes somaliens tout
en se disant confiants qu’ils n’oseraient pas attaquer, même si
leur chef a appelé à la « guerre sainte » contre l’Ethiopie. «
Je pense qu’ils (les islamistes somaliens) n’oseront rien faire,
car ils savent qu’il y a une force (NDLR : l’armée éthiopienne)
capable de faire ce qu’elle a dit, une force capable d’écraser
quiconque, au sens propre du terme », a déclaré sous couvert
d’anonymat un haut responsable gouvernemental éthiopien.
L’Ethiopie a fait savoir clairement à plusieurs reprises qu’il y
a une frontière « qu’ils (les islamistes somaliens) ne doivent
pas franchir. S’ils le font, ils seront écrasés », a insisté
cette source.
Le ministre éthiopien de l’Information,
Berhan Hailu, a été allé plus loin en déclarant : « Nous
utiliserons tous les moyens à notre disposition pour écraser le
groupe islamiste s’il tente d’attaquer Baïdoa, le siège du
gouvernement fédéral de transition ».
Cette fois-ci donc, il ne s’agit plus
simplement pour les Ethiopiens de défendre leurs frontières.
Selon le Dr Gamal Zahran, professeur à la faculté de sciences
politiques de l’Université du Canal de Suez, « l’Ethiopie
cherche à sauvegarder ses intérêts dans la région. Il n’est pas
dans son intérêt de voir un régime islamiste s’installer chez
son voisin, elle y voit une menace en tant que pays chrétien ».
« Les récentes déclarations éthiopiennes sont inspirées par les
Etats-Unis qui craignent la progression de l’autorité des
tribunaux islamiques. Ils pourraient soutenir économiquement et
politiquement l’Ethiopie, mais sans intervention directe »,
ajoute Zahran.
Face à ces tensions, le représentant spécial
du secrétaire général de l’Onu pour la Somalie, François Lonseny
Fall, a appelé les dirigeants du gouvernement fédéral de
transition et le Conseil suprême des tribunaux islamiques à
faire preuve de retenue. « J’appelle les deux parties à
respecter le cessez-le-feu et les autres dispositions de
l’accord signé à Khartoum le 22 juin, notamment leur engagement
à s’abstenir de toute provocation de nature à entraîner une
escalade de la situation », a affirmé le représentant spécial,
qui a rappelé que les différends devaient être réglés à la table
de négociations. Mais le gouvernement de transition somalien a
conditionné toute négociation à « une garantie internationale »
sur l’application des décisions de tels pourparlers. Le
gouvernement a justifié cette exigence par le caractère «
imprévisible » des islamistes qui ont violé, selon lui, l’accord
de Khartoum. Quant aux islamistes somaliens, ils font porter la
responsabilité de l’escalade à l’Ethiopie, lui demandant de
retirer ses troupes et « d’arrêter de s’ingérer dans les
affaires somaliennes » .
Maha Salem