Au
cours du discours d’inauguration de la nouvelle session
parlementaire, le président Moubarak a réitéré les grandes
lignes qu’il suggère pour les amendements constitutionnels
prévus, tout en répétant sa promesse que ce seront les plus
grands depuis 1980. Ces grandes lignes ne diffèrent pas beaucoup
de celles présentées, il y a un an, dans son programme électoral
ou lors de la demande d’amendement de l’article 76 que les
tailleurs de lois ont réussi à avorter et à détourner de son
objectif. Mais cette fois-ci, le président Moubarak a insisté
sur le fait que les nouveaux amendements devront réaliser les
objectifs annoncés, notamment en ce qui concerne l’activation et
le renforcement de la participation des partis aux élections.
Sans oublier les autres amendements relatifs à l’organisation de
la relation entre les deux pouvoirs, législatif et exécutif, à
la réglementation des prérogatives du président de la République
et à l’élargissement du rôle du Parlement ainsi que l’amendement
relatif au système électoral afin d’améliorer les chances de
représentation des partis.
Cependant, le discours du président Moubarak
n’a pas répondu aux nombreuses questions qui se posent autour
des suggestions de l’amendement relatif à un certain nombre
d’articles de la Constitution, notamment l’article 77 qui
détermine la durée du mandat présidentiel. Certaines
déclarations ont évoqué l’amendement d’une trentaine d’articles
de la Constitution et peut-être même de l’article relatif à la
supervision judiciaire des élections.
Le discours du président a laissé la porte
ouverte aux prévisions sur l’avenir proche, lorsque Moubarak a
déclaré son intention de poursuivre son chemin jusqu’à son «
dernier souffle ». Certains ont interprété ces déclarations par
le fait qu’il voulait ainsi nier les rumeurs selon lesquelles il
souhaite transférer le pouvoir à son fils, Gamal. Bien que ceci
ne le signifie pas précisément.
On peut comprendre que le président Moubarak
s’abstienne dans cette période de déterminer les amendements
tels qu’il les voit, laissant à l’organisme législatif, aux
partis et aux forces politiques l’espace de discuter et de
participer. Cependant, il demeure indispensable que les formules
suggérées des articles amendés soient déclarées afin d’être
étudiées avant de prendre la route vers le Parlement. En effet,
il s’est avéré que les discussions parlementaires n’ont pas
répondu aux ambitions du peuple, car les décisions sont
accréditées par le parti de la majorité, avec une totale
indifférence.
L’amendement de l’article 76 restera
certainement la pierre angulaire et le véritable indice de
l’ampleur de la réforme. Si l’amendement précédent a ligoté
l’article et a pratiquement limité la candidature aux membres du
Parti National Démocrate (PND), le nouvel amendement ne doit pas
non plus laisser la porte grande ouverte aux candidats de partis
qui n’ont pas de base ni de représentation parlementaire. Il
faut aussi prendre en considération le droit des indépendants,
mais selon certaines conditions et réglementations en
application du principe de l’égalité dans la Constitution.
Les craintes exprimées par le discours autour
du risque que les amendements représentent un saut dans
l’inconnu ne doivent pas prendre le dessus sur les ambitions
légitimes de sortir de l’état de gel qui a retardé d’un demi-siècle
le développement de la vie politique et a paralysé la vie de
nombreuses générations et exterminé leurs rêves. Il ne suffit
plus que la vision futuriste s’étende à deux ou trois décennies,
comme l’a déclaré le discours du président, elle doit aussi
englober une comparaison avec les évolutions mondiales et
naviguer de concert avec ce que les autres peuples ont réalisé
sur la voie de la liberté et de la démocratie. En d’autres
termes, les réformes doivent aller plus loin que le moment
actuel. Il ne faut pas hésiter à apporter de profonds
amendements à cause de craintes fabriquées par l’hésitation et
la facilité.