Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Moubarak et les réformes
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 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

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Opinion

 Moubarak et les réformes

Salama A. Salama

Au cours du discours d’inauguration de la nouvelle session parlementaire, le président Moubarak a réitéré les grandes lignes qu’il suggère pour les amendements constitutionnels prévus, tout en répétant sa promesse que ce seront les plus grands depuis 1980. Ces grandes lignes ne diffèrent pas beaucoup de celles présentées, il y a un an, dans son programme électoral ou lors de la demande d’amendement de l’article 76 que les tailleurs de lois ont réussi à avorter et à détourner de son objectif. Mais cette fois-ci, le président Moubarak a insisté sur le fait que les nouveaux amendements devront réaliser les objectifs annoncés, notamment en ce qui concerne l’activation et le renforcement de la participation des partis aux élections. Sans oublier les autres amendements relatifs à l’organisation de la relation entre les deux pouvoirs, législatif et exécutif, à la réglementation des prérogatives du président de la République et à l’élargissement du rôle du Parlement ainsi que l’amendement relatif au système électoral afin d’améliorer les chances de représentation des partis.

Cependant, le discours du président Moubarak n’a pas répondu aux nombreuses questions qui se posent autour des suggestions de l’amendement relatif à un certain nombre d’articles de la Constitution, notamment l’article 77 qui détermine la durée du mandat présidentiel. Certaines déclarations ont évoqué l’amendement d’une trentaine d’articles de la Constitution et peut-être même de l’article relatif à la supervision judiciaire des élections.

Le discours du président a laissé la porte ouverte aux prévisions sur l’avenir proche, lorsque Moubarak a déclaré son intention de poursuivre son chemin jusqu’à son « dernier souffle ». Certains ont interprété ces déclarations par le fait qu’il voulait ainsi nier les rumeurs selon lesquelles il souhaite transférer le pouvoir à son fils, Gamal. Bien que ceci ne le signifie pas précisément.

On peut comprendre que le président Moubarak s’abstienne dans cette période de déterminer les amendements tels qu’il les voit, laissant à l’organisme législatif, aux partis et aux forces politiques l’espace de discuter et de participer. Cependant, il demeure indispensable que les formules suggérées des articles amendés soient déclarées afin d’être étudiées avant de prendre la route vers le Parlement. En effet, il s’est avéré que les discussions parlementaires n’ont pas répondu aux ambitions du peuple, car les décisions sont accréditées par le parti de la majorité, avec une totale indifférence.

L’amendement de l’article 76 restera certainement la pierre angulaire et le véritable indice de l’ampleur de la réforme. Si l’amendement précédent a ligoté l’article et a pratiquement limité la candidature aux membres du Parti National Démocrate (PND), le nouvel amendement ne doit pas non plus laisser la porte grande ouverte aux candidats de partis qui n’ont pas de base ni de représentation parlementaire. Il faut aussi prendre en considération le droit des indépendants, mais selon certaines conditions et réglementations en application du principe de l’égalité dans la Constitution.

Les craintes exprimées par le discours autour du risque que les amendements représentent un saut dans l’inconnu ne doivent pas prendre le dessus sur les ambitions légitimes de sortir de l’état de gel qui a retardé d’un demi-siècle le développement de la vie politique et a paralysé la vie de nombreuses générations et exterminé leurs rêves. Il ne suffit plus que la vision futuriste s’étende à deux ou trois décennies, comme l’a déclaré le discours du président, elle doit aussi englober une comparaison avec les évolutions mondiales et naviguer de concert avec ce que les autres peuples ont réalisé sur la voie de la liberté et de la démocratie. En d’autres termes, les réformes doivent aller plus loin que le moment actuel. Il ne faut pas hésiter à apporter de profonds amendements à cause de craintes fabriquées par l’hésitation et la facilité.

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