Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Dangereux bras de fer
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 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

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Liban . Le gouvernement a entériné le projet de tribunal international sur l’assassinat de Hariri. Un défi de plus lancé à l’opposition pro-syrienne et qui place le pays dans une impasse politique à hauts risques.

Dangereux bras de fer

L’assassinat, la semaine dernière, du ministre du Commerce libanais Pierre Gemayel, a mis de l’huile sur le feu, enflammant davantage la crise politique interne au Liban, qui est entrée dans une phase dangereuse. Alors que les Libanais ont plus que jamais besoin d’unité, ce nouvel assassinat d’une personnalité anti-syrienne est venu attiser le sentiment d’animosité et creuser le fossé entre les anti et les pro-syriens ; les premiers insistant sur la création d’un tribunal pour juger les assassins de l’ex-premier ministre Rafiq Hariri, et accusant leurs adversaires de vouloir torpiller le projet afin de dissimuler une éventuelle implication de Damas ; les seconds criant au complot pour déstabiliser l’opposition.

Cette fois-ci, les clivages politiques se sont donc cristallisés autour du projet de création de ce tribunal, avalisé par le Conseil de sécurité de l’Onu le 21 novembre. Samedi dernier, un gouvernement réduit à 17 ministres sur 24, fragilisé après la démission de six représentants pro-syriens puis par l’assassinat de Pierre Gemayel, a donné son feu vert à une nouvelle étape du long processus de ratification du texte. Avec ce nouveau feu vert, considéré comme un défi lancé par le gouvernement pro-occidental au camp pro-syrien pour imposer le projet de tribunal, la crise politique est entrée dans une dangereuse impasse. En effet, en convoquant son gouvernement réduit à la seule majorité anti-syrienne, le premier ministre Fouad Siniora a passé outre à l’opposition du chef de l’Etat Emile Lahoud et du président chiite du Parlement Nabih Berri, deux proches de Damas qui refusent de légitimer l’entérinement du texte par le gouvernement. Le président Emile Lahoud a qualifié de « nulle » et de « non constitutionnelle » la réunion du Conseil des ministres. Déjà, dans une lettre au secrétaire général de l’Onu Kofi Annan après l’adoption initiale du projet par le gouvernement le 13 novembre, le président avait souligné que « toute adoption du traité pour la création du tribunal international ne serait pas constitutionnelle, parce qu’elle serait décidée par un gouvernement qui a perdu sa légitimité ».

Cependant, si l’aval du président Lahoud, au terme d’un complexe processus de ratification, n’est pas indispensable à l’approbation finale du projet, la prochaine étape doit être le vote par les députés, qui suppose l’assentiment du président du Parlement Nabih Berri, une personnalité chiite pro-syrienne. Or, le président du Parlement juge désormais illégitime toute décision prise par le gouvernement, où la communauté chiite (un tiers des habitants du Liban) n’est plus représentée, après que cinq ministres chiites eurent claqué la porte de la coalition le 11 novembre dernier. M. Berri a ainsi réaffirmé samedi qu’il jugeait la réunion de samedi « non conforme » à la Constitution. « Le gouvernement lui-même est devenu anticonstitutionnel, car il ne respecte pas le Pacte national, soit la coexistence » entre les communautés libanaises, a-t-il souligné.

Le spectre de la fracture

Mais les divisions politiques libanaises dépassent de loin la simple affaire de la création du tribunal. En toile de fond de cette crise, on retrouve le spectre de la fracture entre le camp anti-syrien, au pouvoir depuis le printemps 2005 et la fin des années de tutelle syrienne sur le Liban, et l’opposition considérée comme proche de Damas. L’affrontement entre les deux camps s’est radicalisé ces dernières semaines. En effet, depuis plusieurs semaines, dans la foulée de l’offensive israélienne de juillet-août dernier contre le puissant Hezbollah, les partis dits pro-syriens jouent l’épreuve de force pour tenter d’élargir leur influence au sein du gouvernement, associés à leur allié chrétien, le Courant Patriotique Libre (CPL) du général Michel Aoun, dont le parti n’est pas membre de l’actuelle coalition.

N’ayant pu obtenir gain de cause jusqu’à présent, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a averti le gouvernement qu’il risquait de plonger dans un « trou noir » après avoir lancé un défi au camp pro-syrien en entérinant le projet de tribunal, menaçant de recourir à des manifestations populaires pour faire chuter le cabinet de Fouad Siniora. « Nous sommes toujours déterminés à mettre en œuvre les actions que nous avons décidées après la période de deuil », qui, selon l’usage, court pendant une semaine à compter de la date des funérailles, le 23 novembre, a ainsi déclaré dimanche le chef du groupe parlementaire du puissant parti chiite, Mohamad Raad. Il a également affirmé que « les ministres qui ont démissionné ne reviendront pas sur leur décision sans garantie d’une entière participation au processus de décision politique. Que la majorité assume la responsabilité de sa loi hégémonique ». L’un des ministres démissionnaires, Mohamad Fneich, a déclaré de son côté : « Acceptez notre participation au sein d’un gouvernement d’union nationale, et vous verrez si nous sommes prêts ou pas à discuter du tribunal, mais ne nous tenez pas pour quantité négligeable ».

Aujourd’hui, il est clair que le pays est ainsi plongé dans une crise des institutions inédite depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), avec un gouvernement où la communauté chiite est privée de représentation. Le risque est de voir désormais chacune des parties vouloir aller au bout de sa logique, avec tout ce que cela présente comme danger.

Abir Taleb

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