Al-Ahram Hebdo, Egypte | Lettrés : le coup de grâce
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Egypte
Universités. Un projet de loi présenté par le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Hilal, devant être débattu lors de cette session parlementaire, fait craindre l’amorce d’un processus de privatisation. Une réforme qui pourrait être très lourde de conséquences.

Lettrés : le coup de grâce

La chose et son contraire, c’est ainsi que l’on peut qualifier le discours officiel de l’Etat en ce qui concerne les universités. Le cheval de bataille du ministre de l’Enseignement supérieur est la nécessité de relever le niveau de l’enseignement supérieur en Egypte. Des intentions que l’on ne peut guère récuser, d’autant plus qu’il est évident que nombreux échecs et lacunes enregistrés à tous les niveaux, sociaux, culturels et économiques, s’expliquent par la baisse de niveau des diplômés universitaires. Et pour réformer cet état de choses, il faut trouver les moyens de le faire. Et comme on dit que l’argent est le nerf de la guerre, c’est le financement d’une telle réforme qui devient la principale problématique. Comment gérer un enseignement universitaire si l’on ne dispose des fonds nécessaires ? D’ici à proposer une privatisation, conditionnée il est vrai, il n’y a qu’un pas qui reste difficile à franchir. Ainsi est-il question tout d’abord de séparer la propriété des établissements universitaires et leur gestion, d’une part, et les mécanismes de financement d’autre part. Pour ce faire, il faudrait créer un conseil suprême de l’enseignement supérieur et un conseil de curateurs, qui comprendrait des représentants du secteur privé et des organismes de la société civile. Les universités auront le droit de gérer leurs finances et celui d’obtenir un soutien extérieur. Il s’agirait ainsi d’un pas vers la privatisation et la suppression de l’enseignement gratuit, selon de nombreux observateurs, puisqu’il est difficile jusqu’à présent de déchiffrer le discours officiel du ministre. « Appliquer ce projet serait le premier pas vers la suppression de l’enseignement gratuit », estime Mohamad Aboul-Ghar, professeur à la faculté de médecine. Il relève que de grandes problématiques se posent. « Un conseil de curateurs n’existe qu’aux Etats-Unis, où les personnes les plus riches se chargent du financement des universités. Et dans les universités privées égyptiennes, s’il n’y a pas de privatisation prévue à quoi peut servir un conseil de curateurs ? ». Pour Aboul-Ghar, seule la Communauté des affaires en Egypte ferait partie des curateurs et pas la société civile.

Aboul-Ghar, comme les autres opposants à ce projet de loi, craint donc une privatisation abusive. Nombreux sont ceux qui se demandent si les disciplines fondamentales de recherches comme les sciences et les sciences humaines trouveront un financement. Ces généreux bailleurs de fonds chercheront plutôt à financer des études pratiques en rapport direct avec leur business. L’Université française en est un exemple.

L’autre volet concerne le statut des professeurs. Il s’agit de les désigner suite à un concours et pour une durée renouvelable déterminée de cinq ans. Le renouvellement étant conditionné par une preuve présentée par le professeur qu’il évolue d’année en année. Précarité de l’emploi universitaire ou moyen de stimuler l’esprit de recherche ? C’est toujours le flou artistique maintenu par le ministre ou les auteurs des propositions qui datent d’avant qu’il n’obtienne, lui, le portefeuille.

Ici, il s’agit de craintes de voir un tel procédé de nomination tourner vers le favoritisme. Nabawiya Abdel-Aziz, professeure à la faculté de pharmacologie de l’Université du Caire et de l’Université du 6 Octobre, explique que les propositions du ministre de l’Enseignement supérieur seraient bien utiles, si elles étaient appliquées de manière juste. Autrement, « on va ouvrir la porte au piston. Autrefois, le professeur savait bien qu’il ne pourrait jamais obtenir les degrés scientifiques que suite à un travail bien mené ».

Quadrature du cercle ?

Wafiya Mohamad Abdel-Hamid, maître assistant à la faculté de lettres de l’Université de Hélouan, explique que le fait d’évaluer les professeurs chaque 3 ou 5 ans dans les mauvaises conditions actuelles n’est pas de la justice « avec les salaires de misère, des bibliothèques très pauvres, l’inexistence des moyens qui aident le professeur à s’évaluer ... ce dernier n’a d’autres moyens que de payer des milliers de livres pour acheter des ouvrages et des moyens de recherches pour un renouvellement hasardeux ». Est-ce la quadrature du cercle ? Difficile de continuer sans financement permettant de prodiguer un véritable enseignement. Mais difficile aussi d’édicter des mesures et des lois peu applicables dans notre environnement social et culturel. Kamal Riyad, professeur d’ingénierie à l’Université de Aïn-Chams, pense que le gouvernement devrait plutôt « aider les universités à augmenter leurs ressources financières pour créer des centres de recherche et assurer des services payés en faveur de la société ».

Les contours de ces propositions, si elles manquent de clarté, témoignent cependant d’une tendance générale du gouvernement de tout laisser au secteur privé et faire en sorte que l’Etat se retire de tous les domaines. Cela s’avère dans des domaines vitaux comme la santé, le transport et l’approvisionnement. Sur le plan précis de l’enseignement universitaire, ce sera le coup de grâce porté aux classes moyennes, longtemps vecteurs de tout progrès et réduites depuis un long processus au minimum. Selon le journaliste Makram Mohamad Ahmad, « un fossé pourrait se créer entre l’élite et la majorité de la population ». En fait, c’est ce qui semble la conséquence immédiate de mesures qui reflètent un certain mode de pensée. Dangereux aussi dans la mesure où la disparition programmée de la classe des lettrés sera lourde de conséquences. Au profit de qui ? C’est bien la question. Sans doute l’enseignement religieux en sera-t-il le principal bénéficiaire .

Ahmed Loutfi et Sabah Sabet

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.