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Arts plastiques .
Chadi Al-Néchouqati,
artiste et jeune trentenaire évoque de sa génération.
« Loin de la férule de l’Etat »
Al-Ahram Hebdo : Quel rapport maintient votre
génération avec l’institution culturelle officielle ?
Chadi Al-Néchouqati :
D’abord, il faut prendre en
considération qu’on n’a pas eu tous les mêmes débuts, bien que
pas mal d’entre nous aient percé grâce au Salon des jeunes. Il y
a ceux qui restent dépendants en quelque sorte de l’institution
officielle, car ils sont des employés du ministère de la Culture
ou travaillent dans l’académisme. Par ailleurs, il faut tenir
compte de l’existence de certaines galeries privées qui
deviennent elles-mêmes des institutions avec des idées et des
objectifs bien définis ainsi que des artistes suivant la
consigne. Récemment, j’ai été convié à un colloque au Conseil
suprême de la culture et l’on avait tendance à classer la
galerie Townhouse comme une institution privée (à l’agenda
étranger) et l’espace Saqiet Al-Sawi comme une institution
privée (à l’agenda national). Nous, en tant que jeunes artistes,
l’on est un peu contrariés par cette classification. Mais depuis
l’initiative du festival Nitaq, qui visait à regrouper entre
elles les galeries privées du centre-ville, il y a eu conflit
entre les différents acteurs. Progressivement, certains d’entre
nous ont été mis à l’écart par l’institution officielle pour
avoir collaboré avec ces galeries. On ne propose plus nos noms
pour participer à des expositions à l’intérieur du pays ou à
l’extérieur. Par contre, on s’est fait connaître à l’étranger et
on participe à des manifestations de taille comme Dis-Orientation
ou Africa-Remix ; nos œuvres sont sélectionnées par des
curateurs, loin de la férule de l’Etat. Bref, partout dans le
monde, le rapport à l’institution officielle change, faisant
place à d’autres entités plus petites, plus actives et plus
aptes à suivre les mutations sociales fulgurantes. Cela a
commencé en Egypte dans les années 1990.
— La production actuelle correspond-elle à la
formation que l’on reçoit à travers les institutions de
l’enseignement ?
— J’ai remarqué que depuis les années 1940,
les artistes qui se prêtaient le plus à l’expérimentation
provenaient de la faculté de pédagogie artistique, d’où je sors
et où j’enseigne. Je suppose que l’éducation que l’on y reçoit,
visant à l’origine à former des professeurs d’art, a une optique
pluridisciplinaire, contrairement à d’autres cursus plus fermés.
Et l’art moderne repose sur l’idée de la fusion entre les médias.
Au stade où l’on est, avec les médias non conventionnels comme
la vidéo, l’artiste n’a pas besoin de faire des études
proprement académiques, car le travail relève plus de l’habileté
conceptuelle.
— Y a-t-il un esprit propre aux jeunes
artistes qui, comme vous, ont commencé à se faire une réputation
à l’étranger ?
— Amal Qénaoui, Sabah Naïm, Waël Chawqi, Hala
Al-Qoussi ... ceux qui connaissent une percée internationale
n’aiment pas être placés dans un camp ou un autre. Ils se
revendiquent artistes indépendants. Ils ont aussi en commun un
aspect autodidactique, en quelque sorte. Car après avoir suivi
une formation locale, ils se sont frottés à d’autres expériences
occidentales à travers des expositions à l’étranger et ont
décidé d’acquérir d’autres connaissances pour parler le même
langage que ces artistes qu’ils ont vus en dehors de leurs
territoires. Moi-même, j’ai essayé d’amalgamer ce que j’ai
appris ici et ailleurs. On mélange aussi le global et le local.
Partant à la recherche d’une certaine spécificité, on s’est
penché sur des thématiques très égyptiennes, qu’il s’agisse
d’expériences personnelles ou de sujets critiquant la réalité
socio-politique du pays.
Je viens de prendre part aux débats animés
par l’exposition allemande Dokumenta où l’on a discuté du thème
La modernité, est-ce notre antiquité ? Les débats ont regroupé
plus de 80 spécialistes de par le monde.
Dalia Chams |
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