A
regarder leurs CV, l’on remarque qu’ils ont tous été primés — au
moins une fois — au Salon annuel des jeunes, et qu’ils sont nés
pour la plupart entre 1966 et 1977. C’est la cohorte d’artistes,
dite des années 1990, rassemblée sous la houlette des
responsables des diverses éditions du Salon des jeunes qui s’est
déroulé régulièrement pendant les quinze dernières années et qui
ne sera plus ce qu’il était — selon les observateurs du champ
culturel —, car la donne officielle a changé. Ces salons
consécutifs ont fait office de « couveuse » où l’on fait éclore
les talents.
Ihab Al-Labbane, directeur de la salle Ofoq
et commissaire de l’exposition Stars d’aujourd’hui, a voulu
réitérer cette hypothèse. Un peu sur la défensive, peut-être
parce qu’il a l’avantage et l’inconvénient d’appartenir à la
même « génération », à la même « clique ». A 30 ans, il ne veut
pas se poser comme quelqu’un qui « théorise », qui juge ou fixe
des critères de choix. De plus, il sait sans doute qu’on va lui
reprocher d’avoir omis certains noms soi-disant incontournables,
qui ont voulu se dissocier de « l’institution culturelle
officielle » et des salles qu’elle dirige.
L’exposition actuelle regroupant 21 jeunes
artistes n’est pas forcément représentative de ce qu’est l’art
plastique contemporain en Egypte, et Al-Labbane en est conscient.
« Je veux simplement instaurer une tradition et tenir une
exposition pareille tous les ans, laquelle pourrait peut-être,
de par son caractère sérieux, rallier tous les dissidents », dit
Al-Labbane, ajoutant : « Je veux faire comprendre à mes
collègues que ce ne sont pas les salles de l’Etat, mais les
nôtres. Il ne faut pas boycotter tout court ». Le directeur de
la salle a l’ambition de dresser ainsi les grandes lignes de la
scène artistique, d’en faire une ébauche. Or, l’ébauche par
définition a quelque chose d’imparfait. Du coup, l’exposition se
présente comme juste un essai. Il n’y a pas de vidéos ni
d’installations en vogue, seulement quelques œuvres
photographiques qui s’ajoutent timidement aux gravures,
peintures, sculptures et dessins exposés. En d’autres termes, le
tableau demeure inachevé en l’absence des deux éléments
susmentionnés.
Des abstractions aux couleurs criardes de
Géhane Soliman, formes embryonnaires à l’encre sur papier par
Fadwa Ramadan, manifestations, religiosité et aspect cairote
informel dans les photos de Hani Al-Goweili … Adel Sarwat
assemble ses motifs et ses petites histoires colorées comme pour
cumuler les temps. Plus réaliste, Ibrahim Al-Dessouqi dépeint le
corps humain (comme cette femme au dos nu), des journaux ou des
bottins téléphoniques. Le graveur Haïssam Nawwar voit le monde
par le prisme du corps humain.
Figurent aussi des sculptures qui ont fait le
tour du monde, réalisées par des stars montantes issues du
symposium d’Assouan : Armen Agop, Chams Al-Qoronfoli ou Nagui
Farid, qui sont avant tout des amis au commissaire qui l’ont
côtoyé au fil des ans. En voyant les pièces de Nagui Farid, on
se rappelle un avis qu’il avait publié il y a quelques années
dans la revue spécialisée Ein (œil), décrivant le dilemme actuel
d’un jeune artiste : « Le rapport de notre génération à ses
doyens n’est pas très réussi. Ils sont sur un même radeau. Rira
bien celui qui parviendra à se sauver seul ». Des sons de cloche
différents, mais l’exposition est quand même restée sur les
médias plus au moins conventionnels, écartant bien de voix comme
Chadi Al-Néchouqati (lire ci-contre), Amal Qénaoui, Moataz Nasr
... .
Dalia Chams