Bahreïn . Le pays se prépare au deuxième tour des élections législatives, le 2 décembre, dont le premier tour avait vu la victoire de l’opposition chiite au détriment des islamistes sunnites.

Vers un équilibre des forces ?

Dans ce petit royaume du Golfe gouverné par une dynastie sunnite, mais dont la population est en majorité chiite, l’opposition chiite bahreïnie a raflé 16 des 40 sièges de la Chambre des députés lors du premier tour des législatives de samedi dernier, selon les résultats officiels du scrutin annoncés dimanche soir. Dix des sièges que compte la Chambre restent en ballottage pour le deuxième tour du scrutin, qui aura lieu samedi prochain. Cette victoire de l’opposition chiite, qui avait boycotté les législatives de 2002, s’inscrit dans le contexte d’une poussée régionale des chiites, avec notamment l’émergence d’un pouvoir chiite en Iraq. Dans le même temps, les islamistes sunnites ont subi un certain recul : les deux principaux groupes, qui comptaient 13 représentants dans la Chambre sortante, n’ont obtenu que 8 élus au premier tour, trois de leurs candidats étant en ballottage, selon les résultats définitifs. Le score de l’opposition n’en constitue pas moins un événement marquant dans l’histoire du Bahreïn, où des manifestations antigouvernementales organisées par les chiites avaient fait au moins 38 morts entre 1994 et 1999. A ce propos, un expert au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS), le Dr Mohamad Ezz Al-Arab, auteur d’un mémoire de maîtrise sur l’élite politique et la démocratisation du Bahreïn, analyse : « Le problème au Bahreïn a toujours résidé dans le fait que la minorité sunnite gouverne la majorité chiite qui constitue 70 % de la population. Ce qui fait que les sunnites accumulent les postes les plus importants à l’armée, à la police, aux ministères, etc. Aussi, tous les conflits dans ce pays étaient-ils de caractère confessionnel, la majorité chiite réclamant davantage de pouvoirs au sein de l’Etat bahreïni et la fin des inégalités et des discriminations dont ils se disent victimes dans le domaine de l’emploi notamment ».

En 1994, une série de graves manifestations ont éclaté dans le pays pour ébranler tout le régime, les chiites allant jusqu’à détruire les magasins, brûler les maisons et attaquer les diplomates, ce qui a plongé le pays dans un grave chaos. Ce n’est qu’en 1999 que la situation a commencé à s’améliorer avec l’ascension au pouvoir du roi Hamad bin Issa qui a mis en œuvre quelques réformes pour la démocratisation du pays et l’encouragement du dialogue avec les chiites. Parmi ces mesures figurent la libération des détenus politiques, le rapatriement des exilés bahreïnis et la liberté de la presse. Plus important encore, le roi a confié le ministère des Affaires sociales, l’un des ministères les plus importants au Bahreïn, à un chiite, le Dr Maguid El-Elwi.

Toutefois, il ne faut pas pousser l’optimisme jusqu’à l’extrême car jamais le nombre des chiites à la Chambre des représentants (80 sièges) ne dépassera celui des sunnites puisque le Parlement bahreïni comprend aussi un Conseil consultatif, dont les 40 membres sont désignés par le roi sunnite. « La plupart des 40 députés nommés par le roi sont surtout des sunnites, ce qui ne donnera jamais la chance aux chiites d’avoir une majorité au Parlement de peur qu’ils ne renversent le gouvernement », explique le Dr Ezz Al-Arab. C’est pour protester contre ce partage qu’en 2002, les principaux groupes de l’opposition avaient boycotté les législatives. Mais, cette année, le taux de participation a été de 72 %, en hausse de 18 % par rapport aux législatives de 2002. Selon un haut responsable de la Commission électorale, Walid Bouallai, cet afflux dénote un certain progrès et un certain espoir en un changement en faveur de l’opposition et surtout en faveur de la femme, déjà 16 femmes figurant parmi les 206 candidats. Lors du premier tour, un seul siège de la Chambre avait déjà été attribué à une femme, Latifa Al-Qouhoud, automatiquement déclarée vainqueur en l’absence de tout autre candidat dans sa circonscription. Elle est ainsi devenue la première femme élue députée dans l’histoire de cette monarchie du Golfe. « La victoire d’une femme dans une société fermée comme le Bahreïn dénote un certain changement dans la mentalité bahreïnie. Même si aucune ne remporte une place, il suffit que 16 aient eu le courage de se présenter. Il n’est nul doute que la société bahreïnie évolue et progresse », estime le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des sciences politiques et économiques de l’Université du Caire.

Maha Al-Cherbini