Les manœuvres militaires entamées le 2
novembre 2006 par le régime iranien sous le nom « Grand Prophète
II » ont largement attiré l’attention régionale et mondiale. Non
seulement elles ont fourni l’occasion d’une démonstration
extravagante de force au cours de laquelle de nouveaux types de
missiles améliorés de différentes portées ont été testés, mais
elles ont aussi été menées à bien par les Gardiens de la
Révolution, le noyau dur et idéologique des forces iraniennes.
L’impact de cette démonstration de force a été amplifié par le
contexte dans lequel elle a eu lieu.
En effet, ces manœuvres sont intervenues
alors que les Etats-Unis et cinq autres pays (l’Australie, la
France, l’Italie, la Grande-Bretagne et Bahreïn) avaient
effectué, quelques jours auparavant, un exercice naval de lutte
contre la prolifération nucléaire dans le Golfe, à proximité des
eaux iraniennes. Ainsi, « Grand prophète II » a-t-il été porteur
d’un double message : l’Iran n’est pas intimidé par le spectre
d’une éventuelle confrontation militaire sous l’égide des
Etats-Unis, il dispose de moyens militaires capables de semer la
destruction et peut faire face à toute option militaire à son
encontre, comme ce fut le cas en Iraq en 2003. D’après le
président du Parlement iranien, l’Amérique doit savoir que les
menaces et les sanctions n’affectent pas la volonté de cette
grande nation.
Par ailleurs, les manœuvres militaires se
sont déroulées à un moment où le dossier nucléaire iranien se
trouvait à une étape décisive du fait que les puissances
mondiales s’apprêtaient à discuter d’un projet de résolution
européen présenté au Conseil de sécurité de l’Onu pour imposer
des sanctions à Téhéran en raison de sa poursuite
d’enrichissement d’uranium.
En réalité, l’Iran a voulu démontrer qu’il
est capable de faire face à toute force navale qui serait
chargée de lui imposer un éventuel blocus maritime. Partant, la
thèse développée par l’ancien président iranien Mohamad Khatami
prend corps. Selon lui, la pression visant à forcer l’Iran à
abandonner son programme nucléaire créera une autre crise dans
une région déjà prête à exploser.
S’agissant de la force de frappe démontrée
par Téhéran, on la voulait impressionnante. Cette donne vient
par ailleurs confirmer l’importance de la carte israélienne
jouée par Téhéran dans sa stratégie de dissuasion vis-à-vis de
Washington. En plus du langage incendiaire tenu par le président
iranien Ahmadinejad à l’encontre d’un Etat illégitime et
éphémère, l’Iran a osé organiser un concours de caricatures de
l’Holocauste dont le palmarès a été rendu public le 1er novembre
2006.
Afin de compléter l’analyse, il est important
de souligner le fait que Washington a tenté de minimiser
l’importance des manœuvres militaires iraniennes. Le porte-parole
du département d’Etat a affirmé qu’il n’accordera aucune
importance particulière à la signification de ces manœuvres,
tout en soulignant qu’elles n’ont attiré l’attention qu’en
termes de couverture médiatique. Cette réaction ironique faisait
sans doute écho à la version avancée par l’opposition iranienne
en exil. Celle-ci soutenait l’hypothèse selon laquelle les
manœuvres iraniennes étaient organisées à la hâte pour faire
face à celles entamées par Washington et ses alliés.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine :
l’Iran est engagé dans une épreuve de force déterminante. Il
s’agit non seulement de l’existence de l’Iran en tant que
puissance régionale, mais aussi de la survie du régime des
mollahs. Les manœuvres « Grand prophète II » ne représentent
alors qu’un aspect d’une stratégie de gestion de la crise
comportant plusieurs dimensions politique, économique, militaire
et psychologique. Au fond, cette stratégie s’appuie sur
plusieurs axes d’action.
En conséquence, les doutes à propos de la
capacité militaire iranienne ne peuvent pas constituer un
fondement solide pour justifier une nouvelle aventure militaire
au Proche-Orient, aventure qui risque d’être fatale.