Al-Ahram Hebdo, Opinion |Emad Awad,  L’Iran et le spectre d’une confrontation militaire
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Opinion

L’Iran et le spectre d’une confrontation militaire

Emad Awad
Politologue

Les manœuvres militaires entamées le 2 novembre 2006 par le régime iranien sous le nom « Grand Prophète II » ont largement attiré l’attention régionale et mondiale. Non seulement elles ont fourni l’occasion d’une démonstration extravagante de force au cours de laquelle de nouveaux types de missiles améliorés de différentes portées ont été testés, mais elles ont aussi été menées à bien par les Gardiens de la Révolution, le noyau dur et idéologique des forces iraniennes. L’impact de cette démonstration de force a été amplifié par le contexte dans lequel elle a eu lieu.

En effet, ces manœuvres sont intervenues alors que les Etats-Unis et cinq autres pays (l’Australie, la France, l’Italie, la Grande-Bretagne et Bahreïn) avaient effectué, quelques jours auparavant, un exercice naval de lutte contre la prolifération nucléaire dans le Golfe, à proximité des eaux iraniennes. Ainsi, « Grand prophète II » a-t-il été porteur d’un double message : l’Iran n’est pas intimidé par le spectre d’une éventuelle confrontation militaire sous l’égide des Etats-Unis, il dispose de moyens militaires capables de semer la destruction et peut faire face à toute option militaire à son encontre, comme ce fut le cas en Iraq en 2003. D’après le président du Parlement iranien, l’Amérique doit savoir que les menaces et les sanctions n’affectent pas la volonté de cette grande nation.

Par ailleurs, les manœuvres militaires se sont déroulées à un moment où le dossier nucléaire iranien se trouvait à une étape décisive du fait que les puissances mondiales s’apprêtaient à discuter d’un projet de résolution européen présenté au Conseil de sécurité de l’Onu pour imposer des sanctions à Téhéran en raison de sa poursuite d’enrichissement d’uranium.

En réalité, l’Iran a voulu démontrer qu’il est capable de faire face à toute force navale qui serait chargée de lui imposer un éventuel blocus maritime. Partant, la thèse développée par l’ancien président iranien Mohamad Khatami prend corps. Selon lui, la pression visant à forcer l’Iran à abandonner son programme nucléaire créera une autre crise dans une région déjà prête à exploser.

S’agissant de la force de frappe démontrée par Téhéran, on la voulait impressionnante. Cette donne vient par ailleurs confirmer l’importance de la carte israélienne jouée par Téhéran dans sa stratégie de dissuasion vis-à-vis de Washington. En plus du langage incendiaire tenu par le président iranien Ahmadinejad à l’encontre d’un Etat illégitime et éphémère, l’Iran a osé organiser un concours de caricatures de l’Holocauste dont le palmarès a été rendu public le 1er novembre 2006.

Afin de compléter l’analyse, il est important de souligner le fait que Washington a tenté de minimiser l’importance des manœuvres militaires iraniennes. Le porte-parole du département d’Etat a affirmé qu’il n’accordera aucune importance particulière à la signification de ces manœuvres, tout en soulignant qu’elles n’ont attiré l’attention qu’en termes de couverture médiatique. Cette réaction ironique faisait sans doute écho à la version avancée par l’opposition iranienne en exil. Celle-ci soutenait l’hypothèse selon laquelle les manœuvres iraniennes étaient organisées à la hâte pour faire face à celles entamées par Washington et ses alliés.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : l’Iran est engagé dans une épreuve de force déterminante. Il s’agit non seulement de l’existence de l’Iran en tant que puissance régionale, mais aussi de la survie du régime des mollahs. Les manœuvres « Grand prophète II » ne représentent alors qu’un aspect d’une stratégie de gestion de la crise comportant plusieurs dimensions politique, économique, militaire et psychologique. Au fond, cette stratégie s’appuie sur plusieurs axes d’action.

En conséquence, les doutes à propos de la capacité militaire iranienne ne peuvent pas constituer un fondement solide pour justifier une nouvelle aventure militaire au Proche-Orient, aventure qui risque d’être fatale.

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