Il ne suffit pas de former un gouvernement
d’union nationale pour résoudre la crise palestinienne ou même
pour sortir de l’impasse. Cette impasse qui a été engendrée par
l’échec du gouvernement formé par le Hamas à la suite de sa
victoire aux élections législatives de janvier 2006. Les
gouvernements de coalition puisent leur capacité de résoudre les
crises dans la concordance de leurs membres. Une concordance
représentée par un programme déterminé. Plus cette concordance
est réelle, plus la capacité du gouvernement d’union d’exécuter
son programme est grande et plus son action est efficace. Il ne
suffit pas de parvenir à un accord entre des parties de
différentes orientations pour former un gouvernement.
L’essentiel est la nature de cet accord et sa teneur. Il doit
exprimer une volonté ferme de parvenir à des objectifs
déterminés dans un délai de temps précis. En effet, il ne suffit
pas que l’objectif soit de sortir de la crise qui a placé tous
ses membres dans une impasse.
Pour que ce gouvernement soit un véritable
gouvernement d’union, ses membres doivent avoir une vision
commune de ce qu’ils veulent faire après la sortie de la crise
actuelle. C’est ce qui caractérise le plus les gouvernements
d’union ou de coalition. C’est aussi ce qui manque le plus au
gouvernement palestinien d’union nationale envisagé, dont les
parties — censées le composer — ne possèdent aucune vision
conjointe dépassant la sortie de la crise actuelle. L’entente
qui s’est difficilement réalisée entre le Hamas et le Fatah pour
un gouvernement d’union nationale ressemble plus à un
rapprochement qu’à un accord. C’est dire que ce genre de
coalition n’est pas viable.
Malgré le grand nombre de discussions
effectuées entre les deux mouvements de manière bilatérale et
aussi entre les différentes factions, elles tournent presque
toutes autour de questions tactiques ou de questions
personnelles ; alors que les dossiers stratégiques sont
quasiment absents. C’est pourquoi ces discussions ne réaliseront
pas la synthèse permettant de construire des positions
nationales ou un consensus général entre les différentes
factions. Elles ne permettront pas non plus de cristalliser un
programme conjoint pour une période de 5 ans par exemple.
En l’absence de ce programme et de la
concordance requise, ce gouvernement d’union nationale sera
faible et ne pourra pas réussir. Si nous ajoutons que le Hamas
traite les autres factions avec condescendance, la chance du
gouvernement de coalition de survivre deviendra faible. Cette
position, qui ne manque pas d’arrogance, s’oppose au consensus
nécessaire à la réussite de cette action. Ceci émane du
sentiment que les forces radicales dans la région sont en essor,
surtout après la victoire réalisée par le Hezbollah dans sa
lutte contre l’agression israélienne au Liban.
C’est pourquoi la concordance sérieuse, qui
était difficilement réalisable avant juillet 2006, est devenue
encore plus difficile.
Cependant, ceci ne signifie pas que ce
gouvernement s’effondrerait forcément dans un délai de temps
très court. Il est vrai qu’il ne possède pas les éléments de
continuité, parce que de grands différends peuvent surgir à tout
moment et que la référence sur laquelle il est bâti ne peut ni
les éviter ni présenter des compromis pour les résoudre.
Cependant, l’apparition de ces différends pourra être retardée
si la voie de la reprise du processus pacifique reste bouchée.
En effet, rien ne prouve la possibilité de remettre en service
la Feuille de route même si ses étapes sont rééchelonnées. Les
circonstances qui ont abouti à l’échec de ce plan persistent
toujours, au contraire elles se sont même aggravées. De plus,
Israël est devenu encore plus agressif après sa guerre sans
succès au Liban, et l’atmosphère générale dans l’Etat hébreu est
aujourd’hui plus hostile au processus pacifique qu’elle ne
l’était lors de la proposition de la Feuille de route en 2003.
De plus, le radicalisme palestinien, avec en tête les mouvements
du Hamas et du Djihad, est plus fort qu’il ne l’était il y a 3
ans. La région aussi est devenue plus tendue, ce qui mène à
l’interférence de toutes ses crises, en commençant par la crise
nucléaire iranienne jusqu’au conflit palestino-israélien en
passant par les crises du Liban, de la Syrie, de l’Iraq et
autres.
Dans ces circonstances, la reprise du
processus pacifique semble difficile surtout le processus
palestino-israélien. La réunion du Quartette le 15 novembre
dernier au Caire en est l’indice. En effet, la réunion n’a
abouti à rien, elle n’a émis aucun communiqué, et en plus il y a
un différend entre la Russie et l’Union européenne autour de la
crise iranienne.
Quant aux Etats-Unis, ils ne changeront pas
leur politique qui a complètement annulé la voie pacifique
surtout après la victoire des Démocrates au Congrès. S’il en est
ainsi, rien n’engendrerait un différend rapide au sein du
gouvernement palestinien d’union nationale. Au contraire,
l’escalade des agressions israéliennes contre la bande de Gaza
peut rapprocher les parties au gouvernement. Cependant, ce
rapprochement ne signifiera pas que le fondement de ce
gouvernement est solide, ni que la formule sur laquelle il
s’appuie est efficace. Ces agressions ne seront pas un test pour
le gouvernement d’union. Le véritable test est le surgissement
des circonstances permettant la reprise de la voie pacifique. Le
fait qui impliquerait l’adoption de décisions politiques liées
aux stratégies des parties membres de ce gouvernement. La base
sur laquelle s’appuie ce gouvernement ne pourra pas le porter
dans ce cas.
Cependant, il y a un espoir que ce
gouvernement projeté crée une meilleure occasion pour le
dialogue entre les factions de sorte que sa dissolution soit
facile lorsque cela deviendra impératif.
Cette dissolution interviendrait
inéluctablement de toute façon. Cependant, elle doit engendrer
le moins de pertes possibles. Si la coalition gouvernementale
est difficile sans une véritable concordance, les deux grands
mouvements, le Hamas et le Fatah, doivent se mettre d’accord sur
l’organisation d’élections selon un système garantissant que
l’un d’eux détiennent le pouvoir en entier (la présidence et le
gouvernement) afin d’empêcher la dualité du pouvoir .