Al-Ahram Hebdo, Opinion |Wahid Abdel-Méguid, Le dilemme d’un gouvernement d’union nationale
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Opinion

Le dilemme d’un gouvernement d’union nationale

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

Il ne suffit pas de former un gouvernement d’union nationale pour résoudre la crise palestinienne ou même pour sortir de l’impasse. Cette impasse qui a été engendrée par l’échec du gouvernement formé par le Hamas à la suite de sa victoire aux élections législatives de janvier 2006. Les gouvernements de coalition puisent leur capacité de résoudre les crises dans la concordance de leurs membres. Une concordance représentée par un programme déterminé. Plus cette concordance est réelle, plus la capacité du gouvernement d’union d’exécuter son programme est grande et plus son action est efficace. Il ne suffit pas de parvenir à un accord entre des parties de différentes orientations pour former un gouvernement. L’essentiel est la nature de cet accord et sa teneur. Il doit exprimer une volonté ferme de parvenir à des objectifs déterminés dans un délai de temps précis. En effet, il ne suffit pas que l’objectif soit de sortir de la crise qui a placé tous ses membres dans une impasse.

Pour que ce gouvernement soit un véritable gouvernement d’union, ses membres doivent avoir une vision commune de ce qu’ils veulent faire après la sortie de la crise actuelle. C’est ce qui caractérise le plus les gouvernements d’union ou de coalition. C’est aussi ce qui manque le plus au gouvernement palestinien d’union nationale envisagé, dont les parties — censées le composer — ne possèdent aucune vision conjointe dépassant la sortie de la crise actuelle. L’entente qui s’est difficilement réalisée entre le Hamas et le Fatah pour un gouvernement d’union nationale ressemble plus à un rapprochement qu’à un accord. C’est dire que ce genre de coalition n’est pas viable.

Malgré le grand nombre de discussions effectuées entre les deux mouvements de manière bilatérale et aussi entre les différentes factions, elles tournent presque toutes autour de questions tactiques ou de questions personnelles ; alors que les dossiers stratégiques sont quasiment absents. C’est pourquoi ces discussions ne réaliseront pas la synthèse permettant de construire des positions nationales ou un consensus général entre les différentes factions. Elles ne permettront pas non plus de cristalliser un programme conjoint pour une période de 5 ans par exemple.

En l’absence de ce programme et de la concordance requise, ce gouvernement d’union nationale sera faible et ne pourra pas réussir. Si nous ajoutons que le Hamas traite les autres factions avec condescendance, la chance du gouvernement de coalition de survivre deviendra faible. Cette position, qui ne manque pas d’arrogance, s’oppose au consensus nécessaire à la réussite de cette action. Ceci émane du sentiment que les forces radicales dans la région sont en essor, surtout après la victoire réalisée par le Hezbollah dans sa lutte contre l’agression israélienne au Liban.

C’est pourquoi la concordance sérieuse, qui était difficilement réalisable avant juillet 2006, est devenue encore plus difficile.

Cependant, ceci ne signifie pas que ce gouvernement s’effondrerait forcément dans un délai de temps très court. Il est vrai qu’il ne possède pas les éléments de continuité, parce que de grands différends peuvent surgir à tout moment et que la référence sur laquelle il est bâti ne peut ni les éviter ni présenter des compromis pour les résoudre. Cependant, l’apparition de ces différends pourra être retardée si la voie de la reprise du processus pacifique reste bouchée. En effet, rien ne prouve la possibilité de remettre en service la Feuille de route même si ses étapes sont rééchelonnées. Les circonstances qui ont abouti à l’échec de ce plan persistent toujours, au contraire elles se sont même aggravées. De plus, Israël est devenu encore plus agressif après sa guerre sans succès au Liban, et l’atmosphère générale dans l’Etat hébreu est aujourd’hui plus hostile au processus pacifique qu’elle ne l’était lors de la proposition de la Feuille de route en 2003. De plus, le radicalisme palestinien, avec en tête les mouvements du Hamas et du Djihad, est plus fort qu’il ne l’était il y a 3 ans. La région aussi est devenue plus tendue, ce qui mène à l’interférence de toutes ses crises, en commençant par la crise nucléaire iranienne jusqu’au conflit palestino-israélien en passant par les crises du Liban, de la Syrie, de l’Iraq et autres.

Dans ces circonstances, la reprise du processus pacifique semble difficile surtout le processus palestino-israélien. La réunion du Quartette le 15 novembre dernier au Caire en est l’indice. En effet, la réunion n’a abouti à rien, elle n’a émis aucun communiqué, et en plus il y a un différend entre la Russie et l’Union européenne autour de la crise iranienne.

Quant aux Etats-Unis, ils ne changeront pas leur politique qui a complètement annulé la voie pacifique surtout après la victoire des Démocrates au Congrès. S’il en est ainsi, rien n’engendrerait un différend rapide au sein du gouvernement palestinien d’union nationale. Au contraire, l’escalade des agressions israéliennes contre la bande de Gaza peut rapprocher les parties au gouvernement. Cependant, ce rapprochement ne signifiera pas que le fondement de ce gouvernement est solide, ni que la formule sur laquelle il s’appuie est efficace. Ces agressions ne seront pas un test pour le gouvernement d’union. Le véritable test est le surgissement des circonstances permettant la reprise de la voie pacifique. Le fait qui impliquerait l’adoption de décisions politiques liées aux stratégies des parties membres de ce gouvernement. La base sur laquelle s’appuie ce gouvernement ne pourra pas le porter dans ce cas.

Cependant, il y a un espoir que ce gouvernement projeté crée une meilleure occasion pour le dialogue entre les factions de sorte que sa dissolution soit facile lorsque cela deviendra impératif.

Cette dissolution interviendrait inéluctablement de toute façon. Cependant, elle doit engendrer le moins de pertes possibles. Si la coalition gouvernementale est difficile sans une véritable concordance, les deux grands mouvements, le Hamas et le Fatah, doivent se mettre d’accord sur l’organisation d’élections selon un système garantissant que l’un d’eux détiennent le pouvoir en entier (la présidence et le gouvernement) afin d’empêcher la dualité du pouvoir .

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