Les
tentatives de fonder des organisations syndicales ou des unions
ouvrières et estudiantines parallèlement ou à la place des
syndicats et des unions déjà existants sont dernièrement
devenues chose courante. De nombreux avis se sont alors opposés
à ces tentatives sous prétexte que si elles se développaient
loin du pouvoir de la loi ou de l’opinion publique, ceci
causerait le déchirement des institutions de la société civile
et affaiblirait les organisations déjà existantes.
Ceci peut être vrai. Mais le problème ici
n’est pas de s’interroger sur le droit de fonder de telles
entités ni de connaître l’identité des personnes derrière ce
projet. L’important est plutôt de connaître les causes qui
poussent des groupes de citoyens, quelles que soient leurs
tendances, qu’ils soient ouvriers, étudiants ou avocats, à
décider de prendre ce pas. C’est-à-dire à se séparer d’une
entité syndicale et tenter d’en fonder une autre qui défendrait
leurs intérêts et exprimerait leurs positions. Une telle
dissidence ne se produit qu’en réaction à des mesures
répressives. C’est-à-dire quand les libertés syndicales sont
violées et qu’il y a une discrimination entre des éléments
alliés à l’autorité ou appartenant au parti au pouvoir et
d’autres qui s’en sont éloignés pour des raisons politiques ou
discriminatives.
Les dernières élections syndicales dévoilent
le degré d’ingérence dans les affaires des syndicats ouvriers.
Il en est de même pour les plaintes qui ont été examinées par la
justice administrative. Celle-ci a déclaré les élections
invalides. Et pourtant, les responsables de ces élections n’ont
pas bougé d’un pouce. De plus, les élections des unions
estudiantines ont été tenues sous la surveillance des forces de
sécurité, et un grand nombre d’électeurs et de candidats ont été
éloignés à cause de leur appartenance à l’opposition ou à ce qui
est appelé la confrérie interdite. Les professeurs d’université
n’ont pas arrêté de déposer des plaintes concernant ces
élections, assurant qu’elles n’étaient pas indépendantes puisque
les forces de sécurité avaient mainmise sur les élections de
façon honteuse. Et dans de nombreux syndicats professionnels,
les élections sont entravées depuis des années. Comment est-il
possible dans des circonstances pareilles de pratiquer les
libertés ouvrières et politiques ou de faire régner un climat
qui ancrerait la démocratie ?
Partant, avant de parler de la légitimité ou
non des nouvelles entités et organisations syndicales, il faut
éliminer les raisons qui ont poussé certains citoyens à tenter
de les fonder.
Il est important de reconnaître une certaine
vérité qui est négligée par les directions politiques au PND (Parti
National Démocrate, au pouvoir). Cette vérité est qu’un jour ou
l’autre, les efforts de réforme politique et les discussions
tournant autour des amendements constitutionnels se heurteront à
la barrière de séparation raciste posée par l’Etat face aux
courants islamistes. En effet, l’échec du régime à fusionner
toutes les forces politiques actives dans la société, en
particulier le courant islamiste, dans un système démocratique
complémentaire respectant la loi et les droits de citoyenneté,
rend inutiles tous les efforts de réforme politique. Et cet
échec, tout le monde en payera le prix.
Nous ne sommes pas obligés de suivre à
l’aveuglette les craintes américaines qui ont été dernièrement
exprimées par une des directions du comité des politiques au PND
dans un discours avec un célèbre journaliste américain. Celui-ci
a affirmé que si dans le monde arabe la porte était ouverte à la
démocratie, elle serait exploitée par les forces islamistes et
anti-américaines. Et si les Etats-Unis ont renoncé au soutien
des efforts de propagation de la démocratie dans le monde arabe
pour ces raisons-là, il vaudrait mieux que les élites politiques
trouvent des solutions à ce problème. Mais surtout pas en le
cachant sous le tapis.