Le président du Rassemblement des Forces pour
la Démocratie (RFD, ex-opposition), Ahmad Ould Daddah, a
commenté les élections législatives et municipales de Mauritanie
sur un ton triomphal, déclarant que son parti était devenu « la
première force politique » du pays, 24 heures après des
élections qui avaient débuté dimanche.
« Le RFD est la première force politique dans
le pays compte tenu des voix obtenues », a-t-il précisé à la
presse, alors que les résultats provisoires globaux n’étaient
toujours pas publiés mardi matin. Selon M. Ould Daddah, candidat
malheureux aux présidentielles de 1992 et 2003, ces scrutins ont
« répondu aux aspirations du peuple mauritanien au changement
ferme mais tranquille ». Des résultats partiels recueillis par
l’AFP auprès du ministère de l’Intérieur plaçaient le RFD en
tête des scrutins avec deux autres partis, l’Alliance Populaire
Progressiste (APP) et le Parti Républicain pour la Démocratie et
le Renouveau (PRDR, ex-parti au pouvoir). L’APP et le RFD ont
rassemblé le plus grand nombre de voix dans les régions de
Nouakchott et Trarza (sud-ouest), qui concentrent le plus
d’inscrits, alors que le sud-est et le nord ont généralement
voté pour les deux élections en faveur du PRDR et des listes
indépendantes.
M. Ould Daddah a également estimé que « les (huit)
partis de la Coalition des Forces du Changement Démocratique (CFCD)
sont largement majoritaires, compte tenu des tendances de ce
scrutin ». Au cours de la campagne électorale, l’ensemble des
partis ont présenté des programmes similaires proposant,
généralement, une meilleure répartition des richesses —
notamment grâce à la nouvelle manne pétrolière —, une réforme de
l’administration et de la justice et la consolidation de la
démocratie.
La CFCD compte une majorité de partis
d’opposition à l’ancien régime, dont l’APP, le RFD, le Parti
Mauritanien de l’Union pour le Changement (PMUC, ex-Cavaliers du
changement, opposition militaire en exil) et d’autres mouvements
tels que le Groupe des centristes réformateurs (islamistes
indépendants).
Le chef du RFD a également précisé n’avoir
constaté « aucun dérapage significatif », mais a toutefois noté
« un taux de perte (bulletins nuls) trop important du fait de
certaines annulations abusives ». Il a enfin rendu hommage à la
junte militaire et à son gouvernement pour leur « esprit
démocratique ».
Les islamistes, généralement considérés comme
modérés en Mauritanie, ont été autorisés à se présenter aux
élections sous la bannière d’indépendants, pour la première fois
dans l’histoire de ce pays principalement désertique qui a fait
son entrée dans le club très fermé des pays producteurs de
pétrole, en mars dernier.
Leurs listes ne semblent pas pour l’instant
réaliser de scores importants, selon des sources concordantes,
même si leur état-major annonce être en tête dans trois
départements de Nouakchott et en ballottage dans quatre autres à
l’intérieur du pays.
A Nouadhibou (nord-ouest), la municipale a
été remportée par un ancien maire, Ghassem Ould Bellali, ex-membre
de l’ancien parti au pouvoir.
Rendre le pouvoir aux institutions civiles
Ces scrutins législatif et municipal ont
constitué la première étape d’une transition démocratique
historique pour le pays dont le but est de rendre le pouvoir aux
institutions civiles. Il s’agit, en effet, des premières
élections organisées depuis l’accession de la junte au pouvoir,
en 2005. Les votes ont été surveillés par 500 observateurs, dont
200 étrangers, déployés dans l’ensemble du pays. Plus d’un
million d’électeurs ont voté dimanche pour élire 219 conseils
municipaux et les 95 députés de l’Assemblée nationale. Le vote
s’est déroulé sans incident notable, selon les observateurs et
les partis politiques. La participation a été située entre 65 et
70 %. « Le vote a bien fonctionné dans l’ensemble du pays »,
selon les 87 observateurs de l’Union européenne « qui ont
inspecté 13 % des bureaux de vote du pays », a déclaré lundi à
l’AFP Marie-Anne Isler Beguin, chef de la mission d’observation
européenne. Pour sa part, Mohamad Ould Moloud, président de
l’Union des Forces Patriotiques (UFP) et chargé de la présidence
tournante de la coalition de l’ex-opposition, a déclaré lundi
que les élections s’étaient « déroulées de façon normale » à
l’exception de « quelques manipulations d’électeurs localisées
», sans pour autant nier qu’il s’agit d’« un grand acquis pour
la démocratie mauritanienne ».
Après avoir accompli son devoir électoral
dans le centre-ville de la capitale, le président Ely Ould
Mohamed Vall s’est déclaré « satisfait de voir les Mauritaniens
lancés sur la voie de la démocratie et, par conséquent, sur la
voie du développement économique et de la stabilité politique ».
Depuis le renversement de l’ex-président
Maaouya Ould Sid Ahmad Taya, la junte militaire s’efforce de
traduire dans les faits son engagement démocratique. Le Conseil
Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) s’était donné
pour objectifs prioritaires : l’assainissement de
l’administration et l’instauration de la bonne gouvernance, buts
qui, semble-t-il, sont en voie d’être réalisés. La Constitution
a été amendée par référendum, en juin dernier, pour limiter à
deux le nombre de mandats présidentiels, une évolution rare sur
le continent africain.
Les autorités militaires sont censées quitter
le pouvoir en mars 2007, mais l’opposition craint qu’elles ne
s’en éloignent et que l’histoire ne se répète. L’ex-président
Ould Taya n’était-il pas arrivé au pouvoir grâce à un coup
d’Etat en 1984 pour ensuite être élu trois fois lors de scrutins
contestés ?.
Rania Adel