Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | A l’âge de la démocratie
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Mauritanie . Les élections législatives et municipales, lors desquelles trois partis, deux de l’ex-opposition et l’ancienne formation au pouvoir, se distinguent, révèlent un engagement clair du pouvoir sur la voie de la démocratie.

A l’âge de la démocratie

Le président du Rassemblement des Forces pour la Démocratie (RFD, ex-opposition), Ahmad Ould Daddah, a commenté les élections législatives et municipales de Mauritanie sur un ton triomphal, déclarant que son parti était devenu « la première force politique » du pays, 24 heures après des élections qui avaient débuté dimanche.

« Le RFD est la première force politique dans le pays compte tenu des voix obtenues », a-t-il précisé à la presse, alors que les résultats provisoires globaux n’étaient toujours pas publiés mardi matin. Selon M. Ould Daddah, candidat malheureux aux présidentielles de 1992 et 2003, ces scrutins ont « répondu aux aspirations du peuple mauritanien au changement ferme mais tranquille ». Des résultats partiels recueillis par l’AFP auprès du ministère de l’Intérieur plaçaient le RFD en tête des scrutins avec deux autres partis, l’Alliance Populaire Progressiste (APP) et le Parti Républicain pour la Démocratie et le Renouveau (PRDR, ex-parti au pouvoir). L’APP et le RFD ont rassemblé le plus grand nombre de voix dans les régions de Nouakchott et Trarza (sud-ouest), qui concentrent le plus d’inscrits, alors que le sud-est et le nord ont généralement voté pour les deux élections en faveur du PRDR et des listes indépendantes.

M. Ould Daddah a également estimé que « les (huit) partis de la Coalition des Forces du Changement Démocratique (CFCD) sont largement majoritaires, compte tenu des tendances de ce scrutin ». Au cours de la campagne électorale, l’ensemble des partis ont présenté des programmes similaires proposant, généralement, une meilleure répartition des richesses — notamment grâce à la nouvelle manne pétrolière —, une réforme de l’administration et de la justice et la consolidation de la démocratie.

La CFCD compte une majorité de partis d’opposition à l’ancien régime, dont l’APP, le RFD, le Parti Mauritanien de l’Union pour le Changement (PMUC, ex-Cavaliers du changement, opposition militaire en exil) et d’autres mouvements tels que le Groupe des centristes réformateurs (islamistes indépendants).

Le chef du RFD a également précisé n’avoir constaté « aucun dérapage significatif », mais a toutefois noté « un taux de perte (bulletins nuls) trop important du fait de certaines annulations abusives ». Il a enfin rendu hommage à la junte militaire et à son gouvernement pour leur « esprit démocratique ».

Les islamistes, généralement considérés comme modérés en Mauritanie, ont été autorisés à se présenter aux élections sous la bannière d’indépendants, pour la première fois dans l’histoire de ce pays principalement désertique qui a fait son entrée dans le club très fermé des pays producteurs de pétrole, en mars dernier.

Leurs listes ne semblent pas pour l’instant réaliser de scores importants, selon des sources concordantes, même si leur état-major annonce être en tête dans trois départements de Nouakchott et en ballottage dans quatre autres à l’intérieur du pays.

A Nouadhibou (nord-ouest), la municipale a été remportée par un ancien maire, Ghassem Ould Bellali, ex-membre de l’ancien parti au pouvoir.

Rendre le pouvoir aux institutions civiles

Ces scrutins législatif et municipal ont constitué la première étape d’une transition démocratique historique pour le pays dont le but est de rendre le pouvoir aux institutions civiles. Il s’agit, en effet, des premières élections organisées depuis l’accession de la junte au pouvoir, en 2005. Les votes ont été surveillés par 500 observateurs, dont 200 étrangers, déployés dans l’ensemble du pays. Plus d’un million d’électeurs ont voté dimanche pour élire 219 conseils municipaux et les 95 députés de l’Assemblée nationale. Le vote s’est déroulé sans incident notable, selon les observateurs et les partis politiques. La participation a été située entre 65 et 70 %. « Le vote a bien fonctionné dans l’ensemble du pays », selon les 87 observateurs de l’Union européenne « qui ont inspecté 13 % des bureaux de vote du pays », a déclaré lundi à l’AFP Marie-Anne Isler Beguin, chef de la mission d’observation européenne. Pour sa part, Mohamad Ould Moloud, président de l’Union des Forces Patriotiques (UFP) et chargé de la présidence tournante de la coalition de l’ex-opposition, a déclaré lundi que les élections s’étaient « déroulées de façon normale » à l’exception de « quelques manipulations d’électeurs localisées », sans pour autant nier qu’il s’agit d’« un grand acquis pour la démocratie mauritanienne ».

Après avoir accompli son devoir électoral dans le centre-ville de la capitale, le président Ely Ould Mohamed Vall s’est déclaré « satisfait de voir les Mauritaniens lancés sur la voie de la démocratie et, par conséquent, sur la voie du développement économique et de la stabilité politique ».

Depuis le renversement de l’ex-président Maaouya Ould Sid Ahmad Taya, la junte militaire s’efforce de traduire dans les faits son engagement démocratique. Le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) s’était donné pour objectifs prioritaires : l’assainissement de l’administration et l’instauration de la bonne gouvernance, buts qui, semble-t-il, sont en voie d’être réalisés. La Constitution a été amendée par référendum, en juin dernier, pour limiter à deux le nombre de mandats présidentiels, une évolution rare sur le continent africain.

Les autorités militaires sont censées quitter le pouvoir en mars 2007, mais l’opposition craint qu’elles ne s’en éloignent et que l’histoire ne se répète. L’ex-président Ould Taya n’était-il pas arrivé au pouvoir grâce à un coup d’Etat en 1984 pour ensuite être élu trois fois lors de scrutins contestés ?.

Rania Adel

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