Le voile et les juges

La presse a eu de quoi faire cette semaine avec l’émergence de deux affaires chaudes. La bataille des islamistes contre le ministre de la Culture à propos du voile et celle des juges face au gouvernement.

« Le port du voile est un retour en arrière » pour le ministre de la Culture. Une phrase qui a mis le feu aux poudres dans la presse cette semaine. Il semble que la « bataille du voile s’est enflammée entre Farouk Hosni, les Frères et les cheikhs », titre Al-Masri Al-Yom.

Alors que l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi met la photo de Farouk Hosni en Une avec en titre « Les Frères ne me terrorisent pas et le voile est une question personnelle ».

« Le ministre et le voile », titre le quotidien Rose Al-Youssef. Prenant le parti du ministre, le chroniqueur Abdallah Kamal écrit dans son éditorial de Rose Al-Youssef : « Nous ne devons pas laisser Farouk Hosni seul dans ce rouleau compresseur parlementaire, alors que des faucons réactionnaires tentent de lui nuire parce qu’il a osé donner son avis sur une question générale. Il ne faut pas non plus que Farouk Hosni cesse de se défendre (.....) Le ministre doit changer de tactique et songer à mettre au point un projet culturel énorme à long terme pour faire face à l’extrémisme ».

Les Fréres musulmans sont montés au créneau et « demandent la démission du ministre de la Culture », lit-on dans le quotidien Nahdet Misr.

Alors que l’écrivain Gamal Badawi estime, pour sa part, que le ministre Farouk Hosni est « entré par la mauvaise porte lorsqu’il a dit que le port du voile est un retour en arrière. La liberté de choisir pour la femme doit être respectée même si elle n’est pas du goût du ministre ! ».

L’hebdomadaire Al-Osboue n’hésite pas à titrer en Une « Que se passe-t-il ? Farouk Hosni se moque-t-il du voile ? ».

L’autre bataille

Rien ne va plus entre le Club des juges et le gouvernement. Et la presse s’en est bien sûr fait l’écho. « Nous vivons des heures très difficiles car des choses sans précédent se sont passées. Comment expliquer que le gouvernement coupe toutes subventions financières au club (...) C’est loin d’être de la maturité politique ... », souligne le conseiller Ahmad Mekki dans l’hebdomadaire Al-Fagr.

L’éditorialiste Abdallah Kamal affirme dans l’hebdomadaire Rose Al-Youssef que « le contrôle judiciaire des élections n’est pas une chose sacrée (...) Son but n’est rien d’autre que de garantir leur transparence et leur probité ». « Je pense que cette question de contrôle des élections, la façon dont il doit s’accomplir, doit être soumise à une discussion générale entre toutes les parties concernées, qu’il s’agisse d’experts, de juges, ou encore de partis politiques », explique Kamal.

Mais tout le monde n’est pas du même avis. En effet, Mohamad Galal écrit dans Rose Al-Youssef que « les juges ont suffisamment de procès qui restent parfois longtemps sans jugement, pour être en plus encombrés par le contrôle des élections ».

« Réaliser la justice est une mission bien plus importante que le contrôle des élections », affirme, pour sa part, Hossam Saadawi dans Rose Al-Youssef. « Changer le ministre de la Justice ne résoudra rien aux problèmes comme le prétendent certains. Quel que soit le ministre, il faut trouver une solution pour les juges. Car ignorer les juges ne fait qu’aggraver la situation, sans oublier les personnes qui attendent que ces juges se libèrent de ces tensions pour s’occuper de leurs procès », avance pour sa part le chroniqueur Mohamad Amin, dans Al-Wafd.

Le magistrat Zakariya Abdel-Aziz, président du Club des juges, ne mâche pas ses mots dans un entretien, dans le quotidien d’opposition Al-Wafd : « La mission du club est la défense de la justice, mais aussi des intérêts des juges, puisque le club représente un syndicat défendant les droits de ses membres. Et pour que l’indépendance des juges puisse se réaliser, il faut prendre en considération les besoins de chacun aux niveaux matériel et financier ». « Le régime a décidé de punir les juges pour avoir dénoncé des fraudes dans les élections, alors il a décidé de priver le club de l’aide financière ! », ajoute le magistrat dans l’hebdomadaire Sawt Al-Omma .

Hoda Ghali

 

 

 

Paroles

Ne soyons pas trop optimistes face à la victoire des Démocrates aux élections législatives américaines. Il ne faut pas se faire trop d’illusions et croire que la défaite de Bush signifie une nouvelle ère de la politique américaine. La victoire des Démocrates est une problématique interne et ne changera rien, sauf peut-être pour l’Iraq. En effet, il semble que la défaite des Républicains contraindra Bush à faire des changements profonds dans sa politique en Iraq. Alors que pour le reste des causes arabes, Républicains et Démocrates sont d’accord sur « l’animosité contre les Arabes ». Donc, l’optimisme n’a pas de raison d’être.

Abdallah Al-Sennawi,

Editorialiste,

Nahdet Misr.

Je pense qu’avec tous les accidents de route que nous enregistrons, il est temps de mettre fin autant à la négligence qu’à la baltaga des chauffeurs de minibus. Lorsque les vies de tant de citoyens sont en jeu, il est impératif d’arrêter ce cirque des cars touristiques, des bus, de tout ce qui est grand format comme s’il s’agissait d’un match de boxe. La perte est non seulement humaine, mais aussi économique avec un déséquilibre général des routes, des chauffeurs et des voitures. Est-ce que quelqu’un peut nous écouter et faire quelque chose pour remédier à ce problème crucial ?

Gamal Enayet,

Editorialiste,

Al-Alam Al-Yom.

Jamais l’Egypte n’a connu une telle situation de tension sociale. Jamais le gouvernement n’a été aussi passif, comme si ce qui se passait dans la rue égyptienne ne le concernait pas. Les citoyens ont raison de s’interroger : où est le gouvernement ? Car ce dernier est la seule institution qui a la main sur tout dans ce pays et a les clés des solutions.

Gamal Badawi,

Ecrivain,

Al-Wafd.

Tant que les Etats-Unis fermeront les yeux sur les massacres israéliens, alors Beit Hanoun ne sera malheureusement pas le dernier des malheurs palestiniens. Les agressions israéliennes se poursuivront tant que le Conseil de sécurité sera incapable de faire face au veto américain (...) Le peuple palestinien est exposé tous les jours à des exterminations collectives. Et il semble que l’armée israélienne se soit transformée en groupes organisés d’assassins.

Ragab Al-Banna,

Editorialiste,

Octobar.

 

Empêcher la formation d’un gouvernement d’union nationale en Palestine, tenter de former une alliance américaine avec les pays sunnites contre les pays chiites : voici quelques-unes des principales batailles américaines à l’heure actuelle. Que feront les Arabes ? Auront-ils un jour une politique faisant face aux agressions israéliennes et à l’hégémonie américaine ? Ou alors allons-nous continuer à nous occuper uniquement des batailles secondaires sous le slogan de la réforme, et des manœuvres du pouvoir héréditaire ! Tout ceci avec un peuple qui semble être perdu dans toutes ces bagarres.

Nabil Zaki,

Rédacteur en chef,

Al-Ahali.