L’instabilité politique et les
conflits qui règnent en Somalie entravent l’avenir de tout le
continent africain. Mais, malheureusement, on ne peut rien
faire. Djibouti, en coopération avec plusieurs pays africains, a
déployé tous les efforts possibles depuis 1991 pour calmer les
tensions en Somalie. En vain. Il y a des forces intérieures et
extérieures qui préfèrent faire durer cette instabilité. Tous
nos efforts s’évanouissent face à ces forces extérieures qui
œuvrent de plus en plus à diviser la Somalie pour en tirer le
maximum de profits. Et malheureusement, les Somaliens ne s’en
rendent pas compte. C’est pourquoi je suis très pessimiste. Je
pense que la Somalie ne se relèvera pas.
— Quelles sont les répercussions du conflit
en Somalie sur le continent, notamment dans la Corne de
l’Afrique ?
— La tension politique qui s’aggrave en
Somalie mène à la décadence du continent africain. Et c’est ça
l’objectif des forces internationales. La division africaine
leur offre plusieurs atouts. Il faut donc coopérer afin de
pouvoir mettre un terme à ces conflits. Et cela n’aura pas lieu
sans l’intervention de forces politiques de poids capables de
calmer la crise ainsi qu’une volonté réelle de la part du
gouvernement somalien.
— Cela serait plus facile si les énormes
potentiels africains étaient mieux exploités. Pourquoi de telles
lacunes à ce niveau ?
— Je pense que le continent africain est
laissé à l’abandon. Personne ne se rend compte de la nécessité
de créer une position africaine sur la scène internationale.
L’investissement étranger direct est un élément essentiel dans
le développement des pays. Mais il ne peut avoir lieu que s’il y
a la paix, la tranquillité, la stabilité et des ressources
humaines qualifiées. Notre problème est que tous ces éléments
sont absents. Les pays africains doivent œuvrer à créer les
conditions nécessaires pour attirer l’investissement. Il s’agit
en fait de mettre fin à toute instabilité ou conflit politique,
d’améliorer la compétence de la main-d’œuvre, de créer un réseau
d’infrastructures fort et de lier les pays de l’Afrique par un
réseau de transports.
— Djibouti vient justement d’accueillir le
11e sommet du Comesa. Peut-il vraiment contribuer à l’essor
économique du bloc africain ?
— Le Comesa joue un rôle très important dans
la relance des économies des pays membres. C’est à travers ce
regroupement que les pays membres pourront atteindre leurs
objectifs. Ce bloc, qui a été créé en 1984 à Lagos (Nigeria),
vise à régler les conflits politiques et à multiplier les
échanges commerciaux interafricains. A cet égard, on a vu les
membres développer, cette année, l’organe de paix, dont le rôle
consiste à régler les conflits politiques, et le Fonds du Comesa,
pour s’attaquer au problème de la pauvreté qui règne dans les
pays membres. Le Comesa facilite les rapports et les échanges
entre pays africains. Des pays comme la RD Congo et la Tanzanie,
par exemple, sont pleins de ressources mais n’arrivent pas à en
profiter. Car les grandes firmes étrangères les exploitent sans
rien leur donner en retour.
— Les réalisations du Comesa restent
néanmoins encore très faibles ...
— Le chemin est long et difficile. Il s’agit,
en fait, d’unifier les intérêts de 21 pays membres aux priorités
différentes. Certains, par exemple, ne peuvent pas supprimer les
taxes sur les importations car c’est une source de financement
indispensable. D’autres accordent la priorité au règlement des
conflits politiques ... Mais ces dernières années, les
événements ont pris une tournure différente. Tous les pays se
sont rendus compte de l’importance de l’intégration économique
régionale en tant qu’outil principal d’intégration
internationale. Cette année, on a entrepris des étapes concrètes.
Il s’agit d’aplanir tous les obstacles à la création d’une union
douanière pour les 21 pays membres d’ici la fin 2008. Nous
pouvons dire que nous sommes finalement sur la bonne voie.
— Un tel objectif est-il réalisable en raison
de l’instabilité politique régnante dans la plupart des pays du
groupe ?
— Certainement pas. Mais il faut noter qu’une
coopération économique réelle entre les pays membres contribuera
à son tour à mettre fin aux conflits politiques qui déchirent le
continent africain. Car une prospérité économique nécessite une
stabilité politique.
— L’entreprise égyptienne « Siaq » a été
chargée des travaux techniques du nouveau complexe touristique
où s’est tenu le sommet des chefs d’Etat du Comesa. Est-ce un
début de coopération économique entre les deux pays ?
— Oui, et les relations vont au-delà. Les
deux pays se sont mis d’accord au cours du sommet pour faire
fonctionner la première ligne maritime qui relie les deux pays.
Une étape qui permettra de multiplier les échanges commerciaux.
L’Egypte accorde également un grand intérêt à Djibouti en tant
que portail pour ses produits vers les pays africains. De même,
on ne peut pas oublier le rôle de l’Egypte au niveau politique.
Ces dernières années, elle a soutenu Djibouti dans le règlement
des conflits politiques dans la Corne de l’Afrique. J’ai
rencontré le président Hosni Moubarak en marge du Forum
sino-africain à Pékin et nous avons discuté des étapes
nécessaires afin de régler le conflit en Somalie.
— Ces deux dernières années, Djibouti a
réalisé un bond économique spectaculaire, notamment au niveau de
l’investissement étranger. Comment l’expliquez-vous ?
— Comme je viens de le dire, l’investissement
étranger direct est l’outil principal pour la relance économique
de tout pays. On ne verra aucun progrès dans un pays africain
sans investissement étranger direct. Djibouti a réussi dans sa
mission. Il vit actuellement une période d’essor réel. Pour la
première fois de son histoire, Djibouti reçoit des millions de
dollars d’investissements étrangers et ce, à travers son
partenariat avec l’Organisme international des ports de Dubaï.
Ce dernier a signé un contrat d’exploitation des ports de
Djibouti ainsi que de création d’une zone de libre-échange pour
faciliter l’entrée et la sortie des marchandises entre Djibouti
et quelques autres pays africains. Des investisseurs koweïtiens
et saoudiens ont également décidé d’investir à Djibouti dans le
domaine du tourisme, du pétrole et de l’énergie, au nord du
pays. Dans le secteur bancaire, on trouve de grands noms telles
les Banques islamiques de Malaisie et de Dubaï, qui ont ouvert
des filiales à Djibouti. On essaye également de pour promouvoir
notre coopération avec les pays du Conseil de coopération du
Golfe. Notre rêve est de faire de Djibouti le Dubaï de la région.
Névine Kamel