Al-Ahram Hebdo,Invité | Ismaël Omar Guelleh, « Le continent africain est laissé à l’abandon »
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Invité

Ismaël Omar Guelleh, président de la République de Djibouti, souligne la nécessité de mettre fin aux conflits qui déchirent l’Afrique afin de relancer l’économie. Il évoque également le rêve de son pays, devenir le Dubaï de la région.

« Le continent africain est laissé à l’abandon »

Al-Ahram Hebdo : La Somalie est déchirée par un conflit armé. Djibouti, pays voisin, est-il en mesure de jouer un rôle de médiateur pour trouver une issue au problème ?

Ismaël Omar Guelleh : L’instabilité politique et les conflits qui règnent en Somalie entravent l’avenir de tout le continent africain. Mais, malheureusement, on ne peut rien faire. Djibouti, en coopération avec plusieurs pays africains, a déployé tous les efforts possibles depuis 1991 pour calmer les tensions en Somalie. En vain. Il y a des forces intérieures et extérieures qui préfèrent faire durer cette instabilité. Tous nos efforts s’évanouissent face à ces forces extérieures qui œuvrent de plus en plus à diviser la Somalie pour en tirer le maximum de profits. Et malheureusement, les Somaliens ne s’en rendent pas compte. C’est pourquoi je suis très pessimiste. Je pense que la Somalie ne se relèvera pas.

— Quelles sont les répercussions du conflit en Somalie sur le continent, notamment dans la Corne de l’Afrique ?

— La tension politique qui s’aggrave en Somalie mène à la décadence du continent africain. Et c’est ça l’objectif des forces internationales. La division africaine leur offre plusieurs atouts. Il faut donc coopérer afin de pouvoir mettre un terme à ces conflits. Et cela n’aura pas lieu sans l’intervention de forces politiques de poids capables de calmer la crise ainsi qu’une volonté réelle de la part du gouvernement somalien.

— Cela serait plus facile si les énormes potentiels africains étaient mieux exploités. Pourquoi de telles lacunes à ce niveau ?

— Je pense que le continent africain est laissé à l’abandon. Personne ne se rend compte de la nécessité de créer une position africaine sur la scène internationale. L’investissement étranger direct est un élément essentiel dans le développement des pays. Mais il ne peut avoir lieu que s’il y a la paix, la tranquillité, la stabilité et des ressources humaines qualifiées. Notre problème est que tous ces éléments sont absents. Les pays africains doivent œuvrer à créer les conditions nécessaires pour attirer l’investissement. Il s’agit en fait de mettre fin à toute instabilité ou conflit politique, d’améliorer la compétence de la main-d’œuvre, de créer un réseau d’infrastructures fort et de lier les pays de l’Afrique par un réseau de transports.

— Djibouti vient justement d’accueillir le 11e sommet du Comesa. Peut-il vraiment contribuer à l’essor économique du bloc africain ?

— Le Comesa joue un rôle très important dans la relance des économies des pays membres. C’est à travers ce regroupement que les pays membres pourront atteindre leurs objectifs. Ce bloc, qui a été créé en 1984 à Lagos (Nigeria), vise à régler les conflits politiques et à multiplier les échanges commerciaux interafricains. A cet égard, on a vu les membres développer, cette année, l’organe de paix, dont le rôle consiste à régler les conflits politiques, et le Fonds du Comesa, pour s’attaquer au problème de la pauvreté qui règne dans les pays membres. Le Comesa facilite les rapports et les échanges entre pays africains. Des pays comme la RD Congo et la Tanzanie, par exemple, sont pleins de ressources mais n’arrivent pas à en profiter. Car les grandes firmes étrangères les exploitent sans rien leur donner en retour.

— Les réalisations du Comesa restent néanmoins encore très faibles ...

— Le chemin est long et difficile. Il s’agit, en fait, d’unifier les intérêts de 21 pays membres aux priorités différentes. Certains, par exemple, ne peuvent pas supprimer les taxes sur les importations car c’est une source de financement indispensable. D’autres accordent la priorité au règlement des conflits politiques ... Mais ces dernières années, les événements ont pris une tournure différente. Tous les pays se sont rendus compte de l’importance de l’intégration économique régionale en tant qu’outil principal d’intégration internationale. Cette année, on a entrepris des étapes concrètes. Il s’agit d’aplanir tous les obstacles à la création d’une union douanière pour les 21 pays membres d’ici la fin 2008. Nous pouvons dire que nous sommes finalement sur la bonne voie.

— Un tel objectif est-il réalisable en raison de l’instabilité politique régnante dans la plupart des pays du groupe ?

— Certainement pas. Mais il faut noter qu’une coopération économique réelle entre les pays membres contribuera à son tour à mettre fin aux conflits politiques qui déchirent le continent africain. Car une prospérité économique nécessite une stabilité politique.

— L’entreprise égyptienne « Siaq » a été chargée des travaux techniques du nouveau complexe touristique où s’est tenu le sommet des chefs d’Etat du Comesa. Est-ce un début de coopération économique entre les deux pays ?

— Oui, et les relations vont au-delà. Les deux pays se sont mis d’accord au cours du sommet pour faire fonctionner la première ligne maritime qui relie les deux pays. Une étape qui permettra de multiplier les échanges commerciaux. L’Egypte accorde également un grand intérêt à Djibouti en tant que portail pour ses produits vers les pays africains. De même, on ne peut pas oublier le rôle de l’Egypte au niveau politique. Ces dernières années, elle a soutenu Djibouti dans le règlement des conflits politiques dans la Corne de l’Afrique. J’ai rencontré le président Hosni Moubarak en marge du Forum sino-africain à Pékin et nous avons discuté des étapes nécessaires afin de régler le conflit en Somalie.

— Ces deux dernières années, Djibouti a réalisé un bond économique spectaculaire, notamment au niveau de l’investissement étranger. Comment l’expliquez-vous ?

— Comme je viens de le dire, l’investissement étranger direct est l’outil principal pour la relance économique de tout pays. On ne verra aucun progrès dans un pays africain sans investissement étranger direct. Djibouti a réussi dans sa mission. Il vit actuellement une période d’essor réel. Pour la première fois de son histoire, Djibouti reçoit des millions de dollars d’investissements étrangers et ce, à travers son partenariat avec l’Organisme international des ports de Dubaï. Ce dernier a signé un contrat d’exploitation des ports de Djibouti ainsi que de création d’une zone de libre-échange pour faciliter l’entrée et la sortie des marchandises entre Djibouti et quelques autres pays africains. Des investisseurs koweïtiens et saoudiens ont également décidé d’investir à Djibouti dans le domaine du tourisme, du pétrole et de l’énergie, au nord du pays. Dans le secteur bancaire, on trouve de grands noms telles les Banques islamiques de Malaisie et de Dubaï, qui ont ouvert des filiales à Djibouti. On essaye également de pour promouvoir notre coopération avec les pays du Conseil de coopération du Golfe. Notre rêve est de faire de Djibouti le Dubaï de la région.

Névine Kamel

 




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