Dommage
d’avouer que la conférence des Nations-Unies sur le climat, qui
s’est achevée le 17 novembre dans la capitale kényane Nairobi,
n’ait pas été une réussite en termes d’engagements. Cette fois
cependant, la conférence a fait un pas sur le chemin de
l’adaptation. Il est toujours décevant, voire étrange, qu’une
conférence, qui regroupe quelque 6 000 participants venant du
monde entier, ne soit pas capable de régler les points en
suspens depuis la conférence dernière, tenue à Montréal en 2005.
Plus encore, en tant que première conférence
sur le climat dans un pays d’Afrique subsaharienne, la région
qui rassemble les pays les plus pauvres de la planète, les plus
vulnérables et les plus démunis face au réchauffement, elle
était attendue au tournant. En effet, ces pays attendaient le
soutien de la communauté internationale et l’ont répété à la
tribune. Ils ont notamment réclamé, comme le G77 (groupe des
pays en développement) et les Etats insulaires, une meilleure
répartition des investissements propres et un plus large
transfert de technologie. Le monde a bien réalisé que seuls les
pays industrialisés sont soumis à des contraintes de réduction
de leurs émissions de gaz à effet de serre, mais ils ont fait
valoir, dès l’ouverture des travaux, qu’ils n’y arriveraient pas
seuls, espérant enrôler les pays en développement et plus encore
leur faire partager les charges.
Ce à quoi l’Union Européenne (UE) a répondu
qu’il n’était pas question d’imposer des engagements
contraignants aux pays en développement dans le futur régime.
Mais la Russie a mis sur la table des
négociations une proposition d’engagements volontaires contestée
par les autres pays industrialisés, notamment européens.
Le monde en développement a refusé l’idée
d’objectifs fixés, tout en renvoyant les nations riches à leur
responsabilité historique en tant que pollueurs. La Chine,
l’Inde et l’Arabie saoudite n’ont pas voulu en entendre parler,
même si l’Afrique du Sud a essayé de trouver une voie de sortie.
« Malgré le fait que les tentatives des pays
industrialisés de demander plus d’engagements aux pays en
développement soient insensées, les pays industrialisés ont
réussi à perdre du temps et à obtenir la suspension de la
révision du protocole de Kyoto pendant un an de plus. C’est
grave. Le temps passe sans que des décisions importantes ne
soient prises », déplore le conseiller Omar Aboul-Eich,
directeur du département de l’environnement au sein du ministère
égyptien des Affaires étrangères.
Pourtant, le ministre finlandais de
l’Environnement, Jan-Erik Enestam, dont le pays préside
actuellement l’UE, ne voit pas l’urgence de la situation. « Nous
sommes pour une révision globale du protocole de Kyoto, mais il
n’est pas réaliste de penser finaliser cela ici. Nous avons
besoin de davantage de temps et de davantage de travaux
préparatoires », a-t-il tempéré.
Avis partagé par une source diplomatique
occidentale : « Il convient de revoir l’ensemble du traité à la
lumière des nouveaux travaux scientifiques et socioéconomiques,
qui modifient la donne par rapport à 1997, date d’adoption du
protocole de Kyoto ».
Un sentiment donc de retour à la case zéro,
de lassitude, exprimé notamment par le ministre allemand de
l’Environnement, Sigmar Gabriel. « Ce que nous avons accompli à
cette conférence, ce n’est pas assez, a-t-il déploré. Des
mesures urgentes sont nécessaires ».
Le tableau n’est tout de même pas
complètement noir, la conférence de Nairobi a, en effet, avancé
sur les mesures d’adaptation et de soutien aux pays en
développement en s’accordant sur plusieurs dispositifs
techniques ou méthodologiques.
« Ces décisions nous permettront de continuer
d’avancer », a assuré le Dr Mohamad Sayed Khalil, président de
l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE)
et président de la délégation égyptienne.
Quelques avancées
La mise en place du Fonds pour l’adaptation
décidé à Buenos Aires a figuré parmi les objectifs réalisés à
Nairobi. Il existe aujourd’hui une structure déterminée. « Un
accord s’est dessiné sur le mode de gestion du Fonds
d’adaptation, destiné à aider les pays en développement à faire
face au réchauffement », a indiqué mardi Yvo de Boer, le
secrétaire exécutif de la Convention des Nations-Unies sur les
changements climatiques (UNFCCC). Il a également ajouté que les
parties se sont mises d’accord sur la façon dont elles
souhaitent que ce fonds soit géré et sur ce qu’il devra faire,
mais pas encore sur qui le gérera ni sur son montant. Il est à
noter que le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), présidé
par la Française Monique Barbut, a été l’une des trois
organisations qui se sont présentées au secrétariat pour avoir
le droit de gérer le Fonds d’adaptation.
A ce jour, le Fonds d’adaptation, crucial
pour les pays en développement, s’élève à trois millions de
dollars, a précisé M. de Boer. Il est prévu que son budget
atteigne les 1,8 milliard de dollars en 2012.
Cet organe, prévu par le protocole de Kyoto
de lutte contre l’effet de serre, doit permettre de financer des
projets concrets dans les pays en développement face au
changement climatique.
Yvo de Boer a également noté que le Mécanisme
d’application conjointe, qui permet à un pays industrialisé de
financer un projet industriel ou énergétique propre dans un
autre pays développé, est désormais complètement opérationnel.
Par ailleurs, selon une résolution adoptée en
séance plénière, la communauté internationale a décidé, vendredi
dernier, à la clôture de la conférence, d’entamer, en 2008, le
processus de révision du protocole de Kyoto conformément à
l’article 9, qui conduira à la définition de ses engagements
futurs. Cette révision sera fondée sur les meilleures
informations et évaluations scientifiques, notamment sur le 4e
rapport du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le
Changement climatique (GIEC), qui sera publié à partir de
février 2007, a précisé le texte de la résolution qui ne fixe
pas de calendrier pour la fin des travaux.
La première période d’engagement des Etats
signataires au traité international expire en 2012 et il
revenait à la conférence de Nairobi de déterminer le cadre des
prochaines négociations.
Le texte a de même précisé que l’étendue et
le contenu de la révision seront examinés lors de la troisième
réunion des parties au protocole (COP3), en décembre 2007 et les
parties sont invitées à déposer leurs remarques à partir du 17
août 2007.
Cependant, la Chine a d’ores et déjà reçu
l’assurance que les pays en développement ne se verraient pas
imposer de nouvelles limitations dans l’immédiat.
En ouverture de la session du mercredi, le
secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a déclaré que le
changement climatique était désormais une menace à la sécurité
et à la paix, au même titre que les conflits, la pauvreté et la
prolifération des armes.
Cadre de Nairobi annoncé
Mais « il subsiste un manque effrayant de
leadership au moment où nous parlons d’aller plus loin », a-t-il
déploré, tout en ayant promis l’engagement de six agences des
Nations-Unies qui ont lancé le Cadre de Nairobi, pour les aider
à bénéficier des dispositifs d’adaptation prévus par le
protocole de Kyoto, notamment des Mécanismes de Développement
Propre (MDP). Ces derniers permettent aux entreprises des pays
industrialisés ayant ratifié Kyoto de financer des projets
industriels et énergétiques propres dans des pays du sud, afin
d’alléger leur facture de gaz à effet de serre et de tenir leurs
engagements de réductions d’émissions.
L’Afrique, à ce jour, ne compte que neuf
projets de ce type sur près de 1 300 et se plaint de rester en
marge des mécanismes destinés à l’aider à faire face aux impacts
du réchauffement.
M. Annan n’a pas précisé quel serait le
budget affecté à cette initiative, qui impliquera notamment la
Banque mondiale, les Programmes des Nations-Unies pour
l’Environnement (PNUE)et pour le Développement (PNUD).
« C’est une annonce politique qu’il va
ensuite nous demander de financer », a craint un délégué
occidental en relevant l’absence de chiffres.
En revanche, a fait valoir le secrétaire
exécutif de la Convention de l’Onu sur les changements
climatiques, Yvo de Boer, si les pays industrialisés s’engagent
réellement à réduire leurs émissions de 60 à 80 % d’ici 2050,
comme l’a suggéré l’Union européenne, leurs investissements
verts pour y parvenir atteindront environ 100 milliards de
dollars, injectés dans le monde en développement selon la Banque
mondiale.
La révision du protocole de Kyoto reste le
sujet le plus difficile à aborder vu que les pays industrialisés
veulent échapper à des engagements internationaux plus stricts
en termes de production de CO2. En 2005, la conférence de
Montréal avait décidé que le processus de révision du protocole
de Kyoto, dont la première période d’engagement expire en 2012,
serait entamé cette année dans la capitale kényane. Et voilà que
cette année, les délégués faisaient preuve d’un manque de
sentiment d’urgence. De plus, leur discours était plutôt mou et
sans fin, complètement déconnecté des réalités. La révision du
protocole a été reportée à 2008, mais qui garantit qu’en 2008,
elle ne sera pas à nouveau reportée ? .
Dalia Abdel-Salam
(avec agences)