Al-Ahram Hebdo, Enquête | Bientôt la fin de la guerre
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Enquête

Mines Antipersonnel. Un accord vient d’être conclu entre l’Egypte et l’Onu pour débarrasser la Côte-Nord, nouveau pôle d’investissements touristiques, de ce fléau qui a déjà fait des milliers de victimes. Reportage à Al-Alamein, une zone particulièrement touchée.

Bientôt la fin de la guerre

Cela fait une semaine que le siège de la municipalité d’Al-Alamein, ville côtière située dans le Désert occidental, à 300 km à l’est du Caire, est assailli quotidiennement par une foule d’habitants. Ces citoyens originaires des quatre coins du Désert occidental (Sidi Abdel-Rahmane, Sidi Baranny, Al-Hammam, Ras Al-Hekma et de l’ouest de Matrouh) viennent se renseigner sur une nouvelle qui circule dans la ville depuis quelques jours. Ils ont entendu dire que les terrains sur lesquels ils vivent seront enfin déminés après un oubli de plus de 60 ans. « C’est un jour que nous attendons depuis des années et qui devrait mettre fin à nos souffrances », affirme, optimiste, Fouad Méssadef, un bédouin de 63 ans.

Ces mines antipersonnel enfouies depuis la seconde guerre mondiale font chaque année des milliers de victimes et de blessés parmi les habitants de la Côte-Nord. Bien que les responsables de la municipalité aient affirmé aux bédouins qu’un projet de coopération vient d’être conclu entre le ministère de la Coopération internationale et le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement) pour le déminage et le développement des régions touchées de la Côte-Nord (voir 3 questions), les habitants restent tout de même sceptiques. « On nous répète sans cesse depuis des années que la région va être déminée, mais rien n’a été fait. Tous les ans, l’on voit des dizaines de victimes périr à cause de ces mines qu’on a enfouies ici depuis 1943. Nous ne voulons plus de ces décisions sur le papier », dénonce Nassef Elwani, un des bédouins qui a perdu un pied en allumant un réchaud à thé situé à proximité d’une mine.

696 morts depuis 1982

Le même accident est arrivé à Eid, âgé de 13 ans. Il était en train de jouer lorsqu’il trouve un objet en cuivre posé sur le sol. Lorsqu’il l’a touché, l’objet a explosé immédiatement, lui blessant la main. « On m’a transporté à Alexandrie où j’ai subi plusieurs opérations chirurgicales. Après trois mois de traitement, j’ai dû verser 11 000 L.E. à l’hôpital et ma main a été enfin de compte amputée », se rappelle Eid qui a été obligé de quitter son école et qui ne fait rien jusqu’à présent. Selon les chiffres officiels, le nombre de victimes depuis 1982 s’élève à 696 morts et 7 617 blessés. D’autres chiffres affirment que depuis 1942, 3 200 personnes ont trouvé la mort dans des champs de mines aux alentours d’Al-Alamein, et 4 700 personnes ont été blessées. La majorité de ces victimes sont des bédouins qui vivent dans le Désert occidental, au milieu des explosifs. Les champs de mines s’étendent à perte de vue dans la région d’Al-Almein et « aucun signalement ne permet de savoir si tel ou tel terrain est dangereux », déplore Moustapha Al-Chahhate, bédouin qui a perdu son pied après avoir heurté une mine antipersonnel en courant derrière un mouton qui s’était éloigné du troupeau.

Le Désert occidental a été le théâtre de combats opposant les Alliés aux pays de l’Axe durant la seconde guerre mondiale. Il renferme 23 millions de mines. En raison des guerres successives, le dossier du déminage a été négligé. Il n’était pas prioritaire aux yeux du gouvernement, d’autant plus que le Désert occidental n’était pas peuplé. C’est à partir des années 1980 que l’Egypte a commencé à aborder plus attentivement le dossier des mines, afin d’investir dans la région, notamment dans le domaine du tourisme. En 1983, les forces armées en ont été chargées. Les travaux se sont arrêtés en 1993. « Nous avons retiré 2,9 millions de mines, ce qui a coûté à l’Etat 27 millions de L.E. Le gouvernement a arrêté le financement car les travaux de déminage étaient très coûteux », révèle un responsable des forces armées qui a recquis l’anonymat.

Jusqu’à 1 000 dollars par mine

Selon lui, le coût élevé du déminage est un vrai obstacle. Si une simple mine antipersonnel ne coûte que 30 dollars à l’achat, le coût de son déminage s’élève à 300 dollars, et peut aller jusqu’à 1 000 dollars, selon la nature du sol.

Le problème est donc de taille. De nouvelles victimes sont tombées dans des explosions de mines dans des terrains déjà nettoyés. « Le terrain sur lequel se trouve ma maison était censé être déminé. Mais en promenant mon troupeau, une mine a explosé en me faisant perdre mon œil. Il s’agissait d’une mine antipersonnel qui était enterrée dans le sol à plus d’un mètre. Les responsables affirment qu’à cette profondeur il est difficile aux détecteurs électroniques de percevoir les mines », raconte Hirwis Medwerd, qui vit aux alentours d’Al-Alamein.

Le gouvernement se contentait d’accorder des indemnités aux victimes. Des sommes ridicules qui varient entre 12 et 270 L.E. selon la gravité de la blessure, le sexe et l’âge de la victime. « Toutes les victimes depuis les années 1960 n’ont pas été indemnisées. De plus, aucune des victimes n’a été soumise à un programme de réhabilitation comme le ministère des Affaires sociales l’avait prétendu », s’insurge Hussein Saleh, handicapé âgé de 63 ans et qui n’a reçu aucune indemnité depuis son accident en 1990.

C’est alors qu’arrivent les plans de développement et les investissements privés et étrangers dans le domaine touristique intéressés par la région. Du coup, le gouvernement a commencé à accorder un plus grand intérêt à la question. C’est ainsi que le gouvernement a commencé à solliciter les pays qui ont planté ces « jardins du diable », comme les appelaient les soldats allemands avant de se retirer de la région. Plusieurs conférences internationales ont été organisées pour obtenir des dons des pays concernés, notamment l’Allemagne et l’Italie, mais sans résultats concrets. Pour encourager ces pays, le gouvernement a proposé aux pays développés des contrats de déminage en échange de projets d’investissement dans les régions touchées. Le coût du déminage sera inclus dans le budget des projets en question. De cette façon, les pays impliqués participeront au déminage. Si cette proposition a été favorablement accueillie par certains pays, l’Allemagne quant à elle a refusé. « Au lieu de débourser des milliards de L.E. à Touchka pour y amener les eaux du Nil, pourquoi le gouvernement égyptien n’exploiterait-il pas ces sommes pour déminer ces territoires déjà fertiles pour y investir », a justifié l’ambassadeur allemand lors de la commémoration des martyrs allemands à Al-Alamein l’année dernière.

Héba Nasreddine

Moustapha Abada,chef de la municipalité d’Al-Alamein.

« Une urgence pour attirer les investissements »

Al-Ahram Hebdo : Le comité national de suivi du déminage vient de conclure un projet de coopération avec l’Onu pour le déminage et le développement des régions touchées. Quelle est la teneur de ce projet ?

Moustapha Abada : Tout d’abord, il est à signaler que l’Egypte est à la tête des 9 pays qui souffrent du problème des mines. Toutefois, il a été ignoré par la communauté internationale. Le comité national de suivi du déminage, créé en 2000, sous la présidence de Mme Fayza Aboul-Naga, ministre d’Etat pour la Coopération internationale, a réussi à soulever cette question avec l’Onu. Un accord pour le déminage a été conclu et sera exécuté en deux phases. La première coûtera 3,2 millions de dollars dont 80 % seront versés par les pays du partenariat au développement, le reste sera fourni par le gouvernement et le PNUD. Cette phase consiste à créer un secrétariat technique dépendant du ministère de la Coopération. Ce secrétariat sera chargé de mettre en place une stratégie de coordination entre le gouvernement d’une part, et les ONG et les pays qui participent au développement de la région d’autre part pour le financement du déminage. Il va surveiller les travaux de déminage dans lesquels les forces armées seront engagées, et choisir les projets de développement dans les régions déminées. Cette première phase va s’étendre sur une période de 18 mois, au cours de laquelle le secrétariat va sensibiliser les citoyens aux dimensions du problème des mines et va aider les victimes. La deuxième phase verra le jour juste après la première. Elle s’étend sur 5 ans. Le PNUD sera responsable de rassembler les ressources financières pour l’exécution du projet de déminage, et de lier le déminage au plan du développement global, notamment celui de la côte nord-ouest. C’est la première fois qu’on arrive à un projet de déminage avec les Nations-Unies, alors que c’est une chose qui a été faite dans de nombreux autres pays.

— Et quels sont les enjeux d’un tel projet ?

— La question du déminage est devenue aujourd’hui une urgence pour bien exploiter la région et y attirer les investisseurs étrangers. Cette intervention de l’Onu ressuscite en nous un rêve ancien. L’Egypte avait élaboré un plan de développement de la Côte-Nord, mais qui a été arrêté à cause des mines enfouies, depuis la seconde guerre mondiale, dans le désert occidental et dans la région de la Côte-Nord sur 22 % de la superficie totale de l’Egypte. La région d’Al-Alamein est propice à un développement économique, agricole et touristique. Elle renferme environ 350 millions de m3 de richesses et de métaux précieux toujours inaccessibles, 4,8 milliards de barils de pétrole, 13,5 milliards de pieds cubes de gaz naturel, elle inclut également 3 millions de feddans favorables à une expansion agricole. Cette région peut assimiler 1,5 million d’habitants en 2022 avec des possibilités intéressantes d’investissements touristiques.

— Existe-t-il des cartes indiquant l’emplacement des mines ?

— Le gouvernement a exigé de l’Allemagne, de l’Italie et de la Grande-Bretagne, les pays qui ont enfoui les mines, qu’ils nous fournissent les cartes des champs de mines. Et pourtant si ces pays nous avaient fourni des cartes, celles-ci n’auraient pas servi à grand-chose, puisque les mines se déplacent en raison des facteurs géologiques et climatiques. Par ailleurs, ces pays affirment que la plupart de ces cartes ont été détruites après le retrait de leurs forces. On ne cherche plus maintenant les cartes. Tout ce que nous voulons c’est résoudre ce problème. Les pays concernés doivent être responsables du déminage. A mon avis, il faut avoir recours à la justice internationale pour forcer ces pays à déminer la région, à nous aider financièrement ou à nous fournir des appareils sophistiqués pour faciliter le déminage .

Propos recueillis par

H. N.

 




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