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Mines Antipersonnel.
Un accord vient d’être conclu entre l’Egypte et l’Onu pour
débarrasser la Côte-Nord, nouveau pôle d’investissements
touristiques, de ce fléau qui a déjà fait des milliers de
victimes. Reportage à Al-Alamein, une zone particulièrement
touchée.
Bientôt la fin de la guerre
Cela
fait une semaine que le siège de la municipalité d’Al-Alamein,
ville côtière située dans le Désert occidental, à 300 km à l’est
du Caire, est assailli quotidiennement par une foule d’habitants.
Ces citoyens originaires des quatre coins du Désert occidental (Sidi
Abdel-Rahmane, Sidi Baranny, Al-Hammam, Ras Al-Hekma et de
l’ouest de Matrouh) viennent se renseigner sur une nouvelle qui
circule dans la ville depuis quelques jours. Ils ont entendu
dire que les terrains sur lesquels ils vivent seront enfin
déminés après un oubli de plus de 60 ans. « C’est un jour que
nous attendons depuis des années et qui devrait mettre fin à nos
souffrances », affirme, optimiste, Fouad Méssadef, un bédouin de
63 ans.
Ces mines antipersonnel enfouies depuis la
seconde guerre mondiale font chaque année des milliers de
victimes et de blessés parmi les habitants de la Côte-Nord. Bien
que les responsables de la municipalité aient affirmé aux
bédouins qu’un projet de coopération vient d’être conclu entre
le ministère de la Coopération internationale et le PNUD (Programme
des Nations-Unies pour le Développement) pour le déminage et le
développement des régions touchées de la Côte-Nord (voir 3
questions), les habitants restent tout de même sceptiques. « On
nous répète sans cesse depuis des années que la région va être
déminée, mais rien n’a été fait. Tous les ans, l’on voit des
dizaines de victimes périr à cause de ces mines qu’on a enfouies
ici depuis 1943. Nous ne voulons plus de ces décisions sur le
papier », dénonce Nassef Elwani, un des bédouins qui a perdu un
pied en allumant un réchaud à thé situé à proximité d’une mine.
696 morts depuis 1982
Le même accident est arrivé à Eid, âgé de 13
ans. Il était en train de jouer lorsqu’il trouve un objet en
cuivre posé sur le sol. Lorsqu’il l’a touché, l’objet a explosé
immédiatement, lui blessant la main. « On m’a transporté à
Alexandrie où j’ai subi plusieurs opérations chirurgicales.
Après trois mois de traitement, j’ai dû verser 11 000 L.E. à
l’hôpital et ma main a été enfin de compte amputée », se
rappelle Eid qui a été obligé de quitter son école et qui ne
fait rien jusqu’à présent. Selon les chiffres officiels, le
nombre de victimes depuis 1982 s’élève à 696 morts et 7 617
blessés. D’autres chiffres affirment que depuis 1942, 3 200
personnes ont trouvé la mort dans des champs de mines aux
alentours d’Al-Alamein, et 4 700 personnes ont été blessées. La
majorité de ces victimes sont des bédouins qui vivent dans le
Désert occidental, au milieu des explosifs. Les champs de mines
s’étendent à perte de vue dans la région d’Al-Almein et « aucun
signalement ne permet de savoir si tel ou tel terrain est
dangereux », déplore Moustapha Al-Chahhate, bédouin qui a perdu
son pied après avoir heurté une mine antipersonnel en courant
derrière un mouton qui s’était éloigné du troupeau.
Le Désert occidental a été le théâtre de
combats opposant les Alliés aux pays de l’Axe durant la seconde
guerre mondiale. Il renferme 23 millions de mines. En raison des
guerres successives, le dossier du déminage a été négligé. Il
n’était pas prioritaire aux yeux du gouvernement, d’autant plus
que le Désert occidental n’était pas peuplé. C’est à partir des
années 1980 que l’Egypte a commencé à aborder plus attentivement
le dossier des mines, afin d’investir dans la région, notamment
dans le domaine du tourisme. En 1983, les forces armées en ont
été chargées. Les travaux se sont arrêtés en 1993. « Nous avons
retiré 2,9 millions de mines, ce qui a coûté à l’Etat 27
millions de L.E. Le gouvernement a arrêté le financement car les
travaux de déminage étaient très coûteux », révèle un
responsable des forces armées qui a recquis l’anonymat.
Jusqu’à 1 000 dollars par mine
Selon lui, le coût élevé du déminage est un
vrai obstacle. Si une simple mine antipersonnel ne coûte que 30
dollars à l’achat, le coût de son déminage s’élève à 300
dollars, et peut aller jusqu’à 1 000 dollars, selon la nature du
sol.
Le problème est donc de taille. De nouvelles
victimes sont tombées dans des explosions de mines dans des
terrains déjà nettoyés. « Le terrain sur lequel se trouve ma
maison était censé être déminé. Mais en promenant mon troupeau,
une mine a explosé en me faisant perdre mon œil. Il s’agissait
d’une mine antipersonnel qui était enterrée dans le sol à plus
d’un mètre. Les responsables affirment qu’à cette profondeur il
est difficile aux détecteurs électroniques de percevoir les
mines », raconte Hirwis Medwerd, qui vit aux alentours
d’Al-Alamein.
Le gouvernement se contentait d’accorder des
indemnités aux victimes. Des sommes ridicules qui varient entre
12 et 270 L.E. selon la gravité de la blessure, le sexe et l’âge
de la victime. « Toutes les victimes depuis les années 1960
n’ont pas été indemnisées. De plus, aucune des victimes n’a été
soumise à un programme de réhabilitation comme le ministère des
Affaires sociales l’avait prétendu », s’insurge Hussein Saleh,
handicapé âgé de 63 ans et qui n’a reçu aucune indemnité depuis
son accident en 1990.
C’est alors qu’arrivent les plans de
développement et les investissements privés et étrangers dans le
domaine touristique intéressés par la région. Du coup, le
gouvernement a commencé à accorder un plus grand intérêt à la
question. C’est ainsi que le gouvernement a commencé à
solliciter les pays qui ont planté ces « jardins du diable »,
comme les appelaient les soldats allemands avant de se retirer
de la région. Plusieurs conférences internationales ont été
organisées pour obtenir des dons des pays concernés, notamment
l’Allemagne et l’Italie, mais sans résultats concrets. Pour
encourager ces pays, le gouvernement a proposé aux pays
développés des contrats de déminage en échange de projets
d’investissement dans les régions touchées. Le coût du déminage
sera inclus dans le budget des projets en question. De cette
façon, les pays impliqués participeront au déminage. Si cette
proposition a été favorablement accueillie par certains pays,
l’Allemagne quant à elle a refusé. « Au lieu de débourser des
milliards de L.E. à Touchka pour y amener les eaux du Nil,
pourquoi le gouvernement égyptien n’exploiterait-il pas ces
sommes pour déminer ces territoires déjà fertiles pour y
investir », a justifié l’ambassadeur allemand lors de la
commémoration des martyrs allemands à Al-Alamein l’année
dernière.
Héba Nasreddine |
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Moustapha Abada,chef
de la municipalité d’Al-Alamein.
« Une urgence pour attirer les investissements
»
Al-Ahram Hebdo : Le comité national de suivi
du déminage vient de conclure un projet de coopération avec
l’Onu pour le déminage et le développement des régions touchées.
Quelle est la teneur de ce projet ?
Moustapha Abada :
Tout d’abord, il est à signaler que
l’Egypte est à la tête des 9 pays qui souffrent du problème des
mines. Toutefois, il a été ignoré par la communauté
internationale. Le comité national de suivi du déminage, créé en
2000, sous la présidence de Mme Fayza Aboul-Naga, ministre
d’Etat pour la Coopération internationale, a réussi à soulever
cette question avec l’Onu. Un accord pour le déminage a été
conclu et sera exécuté en deux phases. La première coûtera 3,2
millions de dollars dont 80 % seront versés par les pays du
partenariat au développement, le reste sera fourni par le
gouvernement et le PNUD. Cette phase consiste à créer un
secrétariat technique dépendant du ministère de la Coopération.
Ce secrétariat sera chargé de mettre en place une stratégie de
coordination entre le gouvernement d’une part, et les ONG et les
pays qui participent au développement de la région d’autre part
pour le financement du déminage. Il va surveiller les travaux de
déminage dans lesquels les forces armées seront engagées, et
choisir les projets de développement dans les régions déminées.
Cette première phase va s’étendre sur une période de 18 mois, au
cours de laquelle le secrétariat va sensibiliser les citoyens
aux dimensions du problème des mines et va aider les victimes.
La deuxième phase verra le jour juste après la première. Elle
s’étend sur 5 ans. Le PNUD sera responsable de rassembler les
ressources financières pour l’exécution du projet de déminage,
et de lier le déminage au plan du développement global,
notamment celui de la côte nord-ouest. C’est la première fois
qu’on arrive à un projet de déminage avec les Nations-Unies,
alors que c’est une chose qui a été faite dans de nombreux
autres pays.
— Et quels sont les enjeux d’un tel projet ?
— La question du déminage est devenue
aujourd’hui une urgence pour bien exploiter la région et y
attirer les investisseurs étrangers. Cette intervention de l’Onu
ressuscite en nous un rêve ancien. L’Egypte avait élaboré un
plan de développement de la Côte-Nord, mais qui a été arrêté à
cause des mines enfouies, depuis la seconde guerre mondiale,
dans le désert occidental et dans la région de la Côte-Nord sur
22 % de la superficie totale de l’Egypte. La région d’Al-Alamein
est propice à un développement économique, agricole et
touristique. Elle renferme environ 350 millions de m3 de
richesses et de métaux précieux toujours inaccessibles, 4,8
milliards de barils de pétrole, 13,5 milliards de pieds cubes de
gaz naturel, elle inclut également 3 millions de feddans
favorables à une expansion agricole. Cette région peut assimiler
1,5 million d’habitants en 2022 avec des possibilités
intéressantes d’investissements touristiques.
— Existe-t-il des cartes indiquant
l’emplacement des mines ?
— Le gouvernement a exigé de l’Allemagne, de
l’Italie et de la Grande-Bretagne, les pays qui ont enfoui les
mines, qu’ils nous fournissent les cartes des champs de mines.
Et pourtant si ces pays nous avaient fourni des cartes,
celles-ci n’auraient pas servi à grand-chose, puisque les mines
se déplacent en raison des facteurs géologiques et climatiques.
Par ailleurs, ces pays affirment que la plupart de ces cartes
ont été détruites après le retrait de leurs forces. On ne
cherche plus maintenant les cartes. Tout ce que nous voulons
c’est résoudre ce problème. Les pays concernés doivent être
responsables du déminage. A mon avis, il faut avoir recours à la
justice internationale pour forcer ces pays à déminer la région,
à nous aider financièrement ou à nous fournir des appareils
sophistiqués pour faciliter le déminage .
Propos recueillis par
H. N. |
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