Al-Ahram Hebdo, Egypte | Levée de boucliers autour du voile
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Egypte

Polémique. Les déclarations du ministre de la Culture, Farouq Hosni, contre le port du foulard ont suscité un tollé dans les milieux islamistes, certains allant jusqu’à réclamer sa démission.

Levée de boucliers autour du voile

Les démêlés du ministre de la Culture Farouq Hosni avec les islamistes n’en finissent plus. On se souvient encore de ces manifestations qui ont eu lieu il y a quelques années à l’Université d’Al-Azhar en raison d’un roman autorisé par le ministre, Festin des algues de mer, et jugé blasphématoire. Cette fois-ci c’est sans doute sans le vouloir que Farouq Hosni a provoqué une nouvelle tempête. Dans des déclarations au quotidien indépendant, Al-Masri Al-Yom, le ministre de la Culture a critiqué le voile islamique estimant que le port de celui-ci constituait « un retour en arrière ». « Nous avons connu une époque où nos mères fréquentaient les universités et les lieux de travail sans être voilées. C’est dans cet esprit-là que nous avons grandi. Pourquoi donc ce retour en arrière aujourd’hui ? », s’est-il interrogé, affirmant que les femmes « avec leurs belles chevelures ressemblent bien à des fleurs. Il ne faut donc pas les cacher aux autres ».

Ces déclarations ont suscité une levée de boucliers dans les milieux islamistes. Les premières réactions sont venues des Frères musulmans, qui disposent de 88 députés au Parlement. Les Frères ont réclamé la démission du ministre. « Démettez ce ministre de ses fonctions et mettez à sa place un ministre de la Culture qui respecte notre Constitution, notre charia et nos valeurs », s’est insurgé Hamdi Hassan, député des Frères qui a présenté un recours urgent devant le Parlement, réclamant le départ de Farouq Hosni. « Il tente de saper les bases propres à la nation musulmane », martèle pour sa part Mohamad Habib, numéro deux de la Confrérie interdite mais toléré.

Lundi, le Parlement, présidé par Fathi Sourour, a demandé la comparution du ministre devant les commissions de la culture et des affaires religieuses pour s’expliquer sur l’affaire. « Le ministre, en tant que responsable gouvernemental, n’aura pas dû prononcer ces propos. Quiconque voudrait exprimer son point de vue personnel n’a qu’à quitter son poste », a déclaré Fathi Sourour.

Tandis que certains intellectuels ont soutenu Hosni, des oulémas d’Al-Azhar se sont élevés contre lui, estimant que ses propos constituaient une offense aux femmes musulmanes qui portent en majorité le voile. Même son de cloche dans les milieux traditionalistes musulmans. « Les propos du ministre égyptien sont une calamité qui frappe les terres d’islam et contredit les enseignements du Coran », a tempêté le grand mufti d’Arabie saoudite Abdel-Aziz Al-Cheikh.

Face au déluge de critiques, le ministre a affirmé qu’il s’exprimait hors interview et qu’« il respectait les femmes voilées », ajoutant que son ministère compte des centaines parmi elles et que personne ne leur fait du mal. Hosni a néanmoins critiqué le fait qu’on s’attache seulement aux apparences. « De nos jours, on s’attache beaucoup aux apparences. Or la relation entre Dieu et l’être humain ne peut pas dépendre de la tenue de ce dernier », a affirmé le ministre.

Quoi qu’il en soit, le débat politique est lancé. Soad Saleh, ancienne doyenne de la faculté des études islamiques à l’Université d’Al-Azhar, trouve inacceptables les déclarations du ministre. Pour elle, le voile est un devoir islamique pour toute musulmane adulte. « Ce devoir est clairement mentionné dans le Coran. Il existe des fondements qui ne doivent pas être des sujets de débat », affirme-t-elle. De l’autre côté de la barre, Iqbal Baraka, rédactrice en chef de l’hebdomadaire féministe Hawaa n’est pas de cet avis. Selon elle, le voile existait avant l’islam et a commencé à se propager massivement en Egypte sous l’influence du wahhabisme saoudien.

Au-delà de ces considérations, Diaa Rachwane, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS) a sa propre analyse de cet incident. « Farouq Hosni est l’un des plus anciens ministres du gouvernement. Ces propos interviennent alors qu’il est question d’une nouvelle réforme politique en Egypte. Ces propos visent à détourner l’attention et à diviser l’opposition », affirme Rachwane.

Lundi, un groupe d’intellectuels dont le réalisateur Youssef Chahine, l’historien Younane Labib Rizq, le compositeur Ammar Al-Chéreï et d’autres ont exprimé leur solidarité avec le ministre de la Culture dans un communiqué. « Ce qui a été dit par Farouq Hosni n’est qu’un avis personnel dans un sujet qui ne touche pas à l’essence de la religion. Nous dénonçons le terrorisme intellectuel contre le ministre et les tentatives de mettre à profit ses propos à des fins de propagande politique », affirme le communiqué.

Sabah Sabet

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