Les démêlés du ministre de la Culture Farouq
Hosni avec les islamistes n’en finissent plus. On se souvient
encore de ces manifestations qui ont eu lieu il y a quelques
années à l’Université d’Al-Azhar en raison d’un roman autorisé
par le ministre, Festin des algues de mer, et jugé
blasphématoire. Cette fois-ci c’est sans doute sans le vouloir
que Farouq Hosni a provoqué une nouvelle tempête. Dans des
déclarations au quotidien indépendant, Al-Masri Al-Yom, le
ministre de la Culture a critiqué le voile islamique estimant
que le port de celui-ci constituait « un retour en arrière ». «
Nous avons connu une époque où nos mères fréquentaient les
universités et les lieux de travail sans être voilées. C’est
dans cet esprit-là que nous avons grandi. Pourquoi donc ce
retour en arrière aujourd’hui ? », s’est-il interrogé, affirmant
que les femmes « avec leurs belles chevelures ressemblent bien à
des fleurs. Il ne faut donc pas les cacher aux autres ».
Ces déclarations ont suscité une levée de
boucliers dans les milieux islamistes. Les premières réactions
sont venues des Frères musulmans, qui disposent de 88 députés au
Parlement. Les Frères ont réclamé la démission du ministre. «
Démettez ce ministre de ses fonctions et mettez à sa place un
ministre de la Culture qui respecte notre Constitution, notre
charia et nos valeurs », s’est insurgé Hamdi Hassan, député des
Frères qui a présenté un recours urgent devant le Parlement,
réclamant le départ de Farouq Hosni. « Il tente de saper les
bases propres à la nation musulmane », martèle pour sa part
Mohamad Habib, numéro deux de la Confrérie interdite mais toléré.
Lundi, le Parlement, présidé par Fathi
Sourour, a demandé la comparution du ministre devant les
commissions de la culture et des affaires religieuses pour
s’expliquer sur l’affaire. « Le ministre, en tant que
responsable gouvernemental, n’aura pas dû prononcer ces propos.
Quiconque voudrait exprimer son point de vue personnel n’a qu’à
quitter son poste », a déclaré Fathi Sourour.
Tandis que certains intellectuels ont soutenu
Hosni, des oulémas d’Al-Azhar se sont élevés contre lui,
estimant que ses propos constituaient une offense aux femmes
musulmanes qui portent en majorité le voile. Même son de cloche
dans les milieux traditionalistes musulmans. « Les propos du
ministre égyptien sont une calamité qui frappe les terres
d’islam et contredit les enseignements du Coran », a tempêté le
grand mufti d’Arabie saoudite Abdel-Aziz Al-Cheikh.
Face au déluge de critiques, le ministre a
affirmé qu’il s’exprimait hors interview et qu’« il respectait
les femmes voilées », ajoutant que son ministère compte des
centaines parmi elles et que personne ne leur fait du mal. Hosni
a néanmoins critiqué le fait qu’on s’attache seulement aux
apparences. « De nos jours, on s’attache beaucoup aux apparences.
Or la relation entre Dieu et l’être humain ne peut pas dépendre
de la tenue de ce dernier », a affirmé le ministre.
Quoi qu’il en soit, le débat politique est
lancé. Soad Saleh, ancienne doyenne de la faculté des études
islamiques à l’Université d’Al-Azhar, trouve inacceptables les
déclarations du ministre. Pour elle, le voile est un devoir
islamique pour toute musulmane adulte. « Ce devoir est
clairement mentionné dans le Coran. Il existe des fondements qui
ne doivent pas être des sujets de débat », affirme-t-elle. De
l’autre côté de la barre, Iqbal Baraka, rédactrice en chef de
l’hebdomadaire féministe Hawaa n’est pas de cet avis. Selon elle,
le voile existait avant l’islam et a commencé à se propager
massivement en Egypte sous l’influence du wahhabisme saoudien.
Au-delà de ces considérations, Diaa Rachwane,
chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques
d’Al-Ahram (CEPS) a sa propre analyse de cet incident. « Farouq
Hosni est l’un des plus anciens ministres du gouvernement. Ces
propos interviennent alors qu’il est question d’une nouvelle
réforme politique en Egypte. Ces propos visent à détourner
l’attention et à diviser l’opposition », affirme Rachwane.
Lundi, un groupe d’intellectuels dont le
réalisateur Youssef Chahine, l’historien Younane Labib Rizq, le
compositeur Ammar Al-Chéreï et d’autres ont exprimé leur
solidarité avec le ministre de la Culture dans un communiqué. «
Ce qui a été dit par Farouq Hosni n’est qu’un avis personnel
dans un sujet qui ne touche pas à l’essence de la religion. Nous
dénonçons le terrorisme intellectuel contre le ministre et les
tentatives de mettre à profit ses propos à des fins de
propagande politique », affirme le communiqué.
Sabah Sabet