Al-Ahram Hebdo, Economie | Les ambiguïtés d’un recadrage
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Economie

Relations euro-égyptiennes . Les négociations de l’Union européenne avec l’Egypte pour la mise en place de la Politique Européenne de Voisinage (PEV) commenceront en janvier 2007, remplaçant l’Accord d’association ratifié en 2004. Une démarche qui n’est pas sans créer la confusion.

Les ambiguïtés d’un recadrage

Voisins et non plus partenaires. Telle est la nouvelle vision de l’Europe de ses relations avec les pays de la Méditerranée. Et avec l’Egypte, l’Union Européenne (UE) vient d’annoncer que les négociations de mise en place de cette nouvelle politique seront entamées en janvier 2007.

Une démarche perçue comme un retour en arrière de l’UE, car cette Politique Européenne de Voisinage (PEV) viendra remplacer l’Accord d’association ratifié en Egypte en 2004. Et l’UE ne se serait pas donné le temps nécessaire pour évaluer une politique, avant de se lancer dans une autre. Ce que tempère Ahmad Ghoneim, directeur du Centre des études européennes à l’Université du Caire : « C’est injuste de dire que les accords d’association ont échoué alors qu’un pays comme l’Egypte ne les a ratifiés qu’en 2004. Il n’y a pas eu assez de temps pour les évaluer ».

Un rapport du Forum euro-méditerranéen des instituts économiques (Femise 2006) sur le partenariat euro-méditerranéen, qui vient d’être publié, considère aussi que « les rapports entre le voisinage et le processus de Barcelone doivent être approfondis. La PEV est un complément qui doit consolider le partenariat et ne pas s’y substituer ».

Contrairement au processus de Barcelone qui proposait en premier lieu un agenda clair en matière de baisse de tarifs douaniers, la PEV propose un agenda de réformes exigées. Elle sera établie sous une série de plans d’action, qui contiennent des aspects sécuritaires, politiques et culturels et stipulent des réformes en échange des aides. « Cela rendra les négociations plus difficiles. Il est plus facile de changer les douanes, mais ce qui compte ce sont les négociations qui ont un aspect sécuritaire, culturel et politique », estime Aliaa Al-Mahdi, professeure d’économie à l’Université du Caire.

Or, le président de la Chambre de commerce allemande, Peter Goepfrich, pense que l’économie est très liée à la politique. Ce sont deux éléments inséparables, d’où l’importance de la nouvelle approche européenne. « On se demande si le rêve du processus de Barcelone existe encore. La région dans son ensemble est instable : la crise au Proche-Orient, l’Iraq, le Liban, le terrorisme », explique-t-il. Et d’ajouter que même sur le volet économique, beaucoup de résultats n’ont pas été achevés, le taux de chômage, le commerce n’a pas réalisé les objectifs ciblés. « Mais le plus important échec est celui de l’intégration sud-sud », juge-t-il fermement.

Pour Geopfrich, l’élargissement de l’UE a été un catalyseur pour réviser le processus de Barcelone. Car l’UE accorde désormais plus d’attention à ses nouveaux adhérents. Et ce, dans l’objectif d’éliminer les disparités qui existent entre eux et les anciens membres de l’UE. « Cette nouvelle politique donne des privilèges aux dix nouveaux adhérents et on ne peut rien dire à cet égard. Tout ce qu’on peut faire pour l’instant est de bien négocier », indique Fayqa Al-Réfaï, ancienne députée du Parlement.

Changements institutionnels

Si le processus de Barcelone a parlé de « la construction d’une zone de prospérité partagée qui passe nécessairement par un développement socioéconomique durable et équilibré et par l’amélioration des conditions de vie des populations, l’augmentation du niveau de l’emploi », la réalité est bien différente. Un rapport du Parlement européen relève que, « malgré les espérances au début du processus de Barcelone, les pays partenaires n’ont pas bénéficié, en termes de bien-être économique. Ils demeurent dans une situation économique difficile, avec un taux de chômage très élevé et un niveau d’investissement faible ». Dans le processus de Barcelone, il était prévu de créer 35 millions d’emplois nouveaux de 1995 à 2010, dans une région où le taux de chômage se situe entre 15 et 20 %. Ce qui n’est pas suffisant pour Nabil Al-Chafie, expert économique et directeur financier du Centre international pour les études de l’avenir et stratégiques. « Avec l’Accord d’association, l’UE a reproduit le scénario de coopération économique entre les Etats-Unis et l’Egypte. On ne voit d’investissements étrangers directs que dans des secteurs précis. Aucune contribution dans le processus de développement. Comment l’UE voulait-elle éliminer le terrorisme et le chômage sans qu’elle ne s’engage au développement de la région ? », s’insurge-t-il.

En revanche, la PEV met l’accent sur le soutien que l’Europe va apporter aux changements institutionnels au sein des pays arabes. A compter de 2007, ces instruments seront remplacés par le projet d’instrument de voisinage et de partenariat, dont les modalités sont en cours de discussion au Conseil et au Parlement européens. 12 milliards d’euros sont prévus au cours de la période 2007-2014, dont 69 % pour les pays méditerranéens et 31 % pour les pays de l’Est de l’Europe.

En fait, les trois volets du processus de Barcelone bénéficiaient d’un soutien financier de MEDA pour appuyer les pays dans la transition économique et renforcer l’équilibre socioéconomique. Le budget MEDA était, pour la période 1995-1999, de 3,4 milliards d’euros. Pour la période 2000-2006, le budget est de 5,3 milliards d’euros. Or, les aides de MEDA I et II n’ont été, plus ou moins, que de la moitié des sommes prévues. Le démarrage du programme a été très lent.

C’est ainsi que cette PEV semble de plus en plus ambiguë pour les pays méditerranéens, non seulement du point de vue des réformes requises de ces pays, mais aussi en termes de la liste des priorités imposée par l’UE dans le plan d’actions. Le rapport Femise met l’accent sur le fait que la différentiation entre ce qui est annoncé comme « actions » et ce que l’opinion définit communément comme « buts » est plutôt obscure. Dans de nombreux cas, le plan d’actions utilise action comme synonyme de but sans calendrier défini, ni moyens de réalisation. « Pourquoi est-ce l’UE qui met des priorités pour chaque pays avec la carotte ? Et de quelle carotte s’agit-il ? Il semble que l’UE ne le sache pas encore. Pour un pays comme l’Egypte, la priorité numéro 1 est le chômage, or aucune des priorités précisées par l’UE ne l’a mentionnée. On ne voit qu’une liste de priorités trop vague », critique Ghoneim.

Ibtessam Zayed

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3 QUESTIONS À

Jean-Pierre Faugère, professeur de sciences économiques et doyen de la faculté Jean Monnet de l’Université Paris XI.

« Le processus de Barcelone, une construction abstraite »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi l’Union Européenne (UE) lance-t-elle maintenant cette nouvelle politique de voisinage ?

Jean-Pierre Faugère : L’UE est prise par son élargissement. Il pose d’énormes problèmes qui exigent des décisions politiques. D’autant plus que les nouveaux adhérents, à l’exception de Malte et Chypre, ne sont pas vraiment concernés par les pays sud-méditerranéens. Si on utilise le terme « voisinage », on a désormais des pays européens qui ont du regard vers le Sud et d’autres vers l’Est. Je pense que l’UE a du mal à avoir à la fois une politique méditerranéenne et une politique d’élargissement. Cette dernière exerce une énorme pression sur le budget communautaire (politique agricole commune et politique régionale). Tous les pays agricoles qui nous rejoignent veulent bénéficier de la Politique Agricole Commune (PAC), ce sont aussi des pays en retard. C’est pourquoi ils souhaitent bénéficier du budget de la politique régionale. Ils veulent partager le même gâteau. D’où la tendance européenne à revoir l’argent qu’elle dépense ailleurs. C’est difficile. C’est un élément de contexte qui est très important. Il y a quelques années, on ne pensait pas que l’élargissement allait se faire au détriment des pays sud-méditerranéens. Aujourd’hui, je n’en suis plus sûr. Je pense que l’élargissement crée un nouvel équilibre géographique.

— Pourquoi le rêve du processus de Barcelone de créer une zone de libre-échange en 2010 est-il désormais difficilement réalisable ?

— Le processus de Barcelone était optimiste. Or, la coopération Euromed se heurte à beaucoup de difficultés. Difficultés de politique internationale, avec la situation des pays méditerranéens qui ne s’est pas arrangée : Palestine, Liban, question de l’adhésion de la Turquie. Et les difficultés s’accroissent. Il y a aussi la politique interne : on pense aux droits de l’homme, à l’immigration et la corruption. Les progrès ne sont pas évidents et l’Europe a dû changer. On ne pense plus « faisons commerce et fermons les yeux sur le reste ». Qu’il s’agisse du commerce, l’UE met tout dans un même panier, questions politiques et économiques. De même pour développer les échanges et pour que les deux parties en profitent, il faut que l’appareil productif puisse répondre. Que les entreprises de part et d’autre soient prêtes, une chose qu’on ne sait pas toujours faire. Par ailleurs, il y a un tas de questions qui font que le dynamisme des échanges n’est pas à la hauteur de ce qu’on souhaitait : climat d’investissement, questions reliées aux propriétés intellectuelles, sécurité fiscale et juridique.

Bref, le processus de Barcelone est une belle construction. Mais abstraite et qui ne correspond pas à la réalité.

— Si l’UE met tous les volets dans le même panier, pourquoi évite-t-elle toute négociation sur sa Politique Agricole Commune (PAC), qui est importante pour les pays sud-méditerranéens ?

— Vous avez raison, l’Union européenne, surtout la France, veut mettre tous les sujets sur la table, sauf un : la PAC. L’UE veut la libéralisation des échanges, mais il ne faut pas toucher aux produits agricoles. Cela représente un problème, et on est mauvais là-dessus. Dans les négociations de l’OMC à Doha et à Seattle, au lieu de jouer la carte de coopération avec les pays en voie de développement, on jouait avec les Etats-Unis. La crise est pesante, ce qui rend extrêmement difficile la relation de l’UE avec ses partenaires.

 

 




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