Célébrer l’Ecrivain. Lui consacrer une
journée à l’honneur du « scribe », comme l’avait réclamé le
Nobel Naguib Mahfouz. Tenir un colloque sur ce même auteur, un
autre sur la littérature pour enfants, ou sur la traduction dans
le monde arabe, organiser le prix du meilleur roman arabe, ainsi
qu’un festival de la poésie dans tous ses états. Mais il est
question de plus que cela : la 23e Conférence générale de
l’Union des écrivains et hommes de lettres arabes, qui se tient
au Caire du 21 au 27 novembre, est inaugurée dans les
prestigieux locaux de la Ligue arabe. Sept jours de
bouillonnement, de rencontres, au carrefour des différentes
unions arabes des écrivains afin d’élire le secrétariat général
de l’Union arabe qui prendra la relève de la Syrie.
Une première depuis trente ans, puisque
depuis 1979, date de l’accord de paix égypto-israélien de Camp
David, l’Egypte, où se trouvait le siège de l’Union des
écrivains arabes, s’est trouvée privée de cet honneur, pour ne
se satisfaire, après quelques années de suspension, de n’être
qu’un membre actif à l’Union générale.
Or,
si la conférence de l’Union des écrivains égyptiens, tenue en
novembre 2005, qui a fêté les 30 ans de sa fondation, était
parrainée par Amr Moussa, président de la Ligue arabe, cette
année, les regards sont plutôt braqués sur une ambition de
l’Egypte à récupérer sa place de leader. Le Caire veut activer
les recommandations de la conférence de l’an dernier, notamment
en ce qui concerne la formation d’un front uni qui résistera
contre toutes sortes d’atteintes (occidentales) à l’identité
nationale arabe. Un rôle visé par l’Egypte, étant donné que « de
nombreuses unions arabes soutiennent la présidence égyptienne du
secrétariat général de l’Union des écrivains et hommes de
lettres arabes », avance Mohamed Salmawy, président de l’Union
des écrivains égyptiens. Il affirme que depuis trois ans et lors
de la conférence générale en Algérie, on s’était accordé à tenir
la prochaine conférence en Egypte et à transférer le secrétariat
général au Caire pour la période à venir.
Ainsi, après la candidature de la Jordanie au
secrétariat général, le nouveau président de l’Union des
écrivains égyptiens, élu depuis deux ans, insiste cependant à ce
que l’Egypte joue ce rôle en accord avec les Arabes, basé sur la
coopération entre les littérateurs arabes et en dehors de tout
esprit de compétition. « L’Union égyptienne proposera que cela
se fasse par consensus entre les 15 pays membres, sinon on sera
obligé de recourir au vote, avance Mohamed Salmawy. Ce dernier
choix, nous préférons l’éviter, car la concurrence peut laisser
des traces qui empêcheraient un travail collectif ambitieux dans
l’avenir ».
Quant à la candidature de la Jordanie, elle
est soutenue par son gouvernement, alors que l’Union égyptienne
souhaite que les régimes n’interfèrent pas dans les affaires des
associations littéraires. Celle égyptienne a milité et a pu se
distancier du ministère de la Culture et imposer sa personnalité
comme syndicat autonome. Difficile mission, parce que l’Histoire
a souvent enregistré dans de nombreuses unions arabes des
mouvements d’oscillation entre la mainmise du pouvoir et la
revendication d’indépendance des écrivains. Dans le cas de
l’Egypte, l’Union des écrivains égyptiens a été, depuis sa
fondation, le champ d’ébullition pour se libérer non seulement
du pouvoir, mais aussi du règne des écrivains autocrates. Mais
la recherche de l’indépendance des écrivains et la défense de
leurs droits sont le grand pari pour l’avenir. Abdel-Moneim
Téleima, éminent critique et professeur de littérature arabe qui
a longuement milité pour une union indépendante ouverte aux
différents courants intellectuels, affirme : « Nous sommes prêts
aujourd’hui plus que jamais à accueillir en plein centre du
Caire l’Union des écrivains et hommes de lettres arabes » .
Dina Kabil