Les
Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) viennent de
célébrer leur quarantième anniversaire. C’est le premier
festival panafricain et panarabe à se dérouler sans interruption
depuis 1966.
La 21e édition qui vient de prendre fin a
accordé un intérêt particulier au cinéma jeune, opposant
notamment des créateurs égyptiens et tunisiens. Ainsi a été
présenté en compétition officielle Les Loisirs, premier long
métrage de Mohamad Moustapha. Et hors compétition, Malek wé
kétaba (pile ou face) de Kamla Abou-Zikri, et Leabet al-hob (jeu
d’amour,) de Mohamad Ali. De même, d’autres réalisateurs
égyptiens ont été à la page avec des documentaires et courts
métrages comme 30 Novembre de Mahmoud Soliman, Ces Filles-là de
Tahani Rached, et Patrie, de Tamer Ezzat. Un hommage spécial a
été rendu au réalisateur Yousri Nasrallah pour l’ensemble de son
œuvre.
Le public faisait la queue devant les salles
afin de voir ces films nettement en rivalité avec les nouvelles
productions tunisiennes comme le dernier film de Nouri Bouzid,
Making off, traitant du terrorisme et du fanatisme religieux.
Le cinéma venu d’Afrique noire a surtout
consacré les questions d’actualité brûlante. Bamako, du cinéaste
mauritanien Abderrahmane Sissako, en est l’exemple le plus
patent. Ce n’est pas uniquement une fiction très touchante, mais
aussi une œuvre qui se place hors des sentiers battus du cinéma
conventionnel. Car il s’agit d’un procès d’intention contre
l’Occident, délivrant les pensées qui rongent les peuples
africains. Le réalisateur y dénonce l’injustice et la corruption
à travers des situations désastreuses.
« Lorsque le festival a fait ses débuts en
1966, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la plupart des pays du
continent noir n’étaient pas capables de produire de longs
métrages », indique Ferid Boughedir, le directeur artistique du
festival. Et d’ajouter : « Cette année, on a décidé de
privilégier le dialogue entre les pays du tiers-monde. On a tenu
alors à une plus grande ouverture sur le cinéma de l’Amérique
Latine et celui de la Corée du Sud ».
En effet, les Journées de Carthage ne
ressemblent en rien à ces festivals qui attirent un bon nombre
d’invités pour les cérémonies d’ouverture et de clôture,
laissant les salles vides durant le reste des festivités. Bien
au contraire, le festival s’est transformé, au fil des ans, en
une vraie fête pour les cinéphiles qui se précipitent afin de
voir un nouveau film en provenance du Mali ou de Burkina-Faso et
boycottent automatiquement des films commerciaux au-deça du
niveau habituel. (D’ailleurs, le prix réduit des billets, soit
l’équivalent de 4 L.E., encourage les spectateurs à se rendre en
salle. Ce, sans oublier les invitations gratuites offertes aux
étudiants et aux gens des médias). Bref, il s’agit d’un public à
qui on a inculqué la notion de la diversité culturelle.
Fawzi Soliman