Al-Ahram Hebdo, Arts | Modelages au féminin pluriel
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Arts

Poterie . Cinq artistes femmes, de générations différentes, puisent leurs thèmes, leurs matières et leurs inspirations dans la nature. Pour exposer des œuvres aussi variées que fines.

Modelages au féminin pluriel

Des quatre coins de la galerie Khan Maghrabi émanent des touches féminines particulières. Il s’agit d’œuvres en poterie de cinq artistes femmes, à savoir Aïda Abdel-Kérim (invitée d’honneur), Zeinab Salem, Tahani Al-Adli, Zeinat Abdel-Gawwad et Laïla Al-Sendeyoni. Ces cinq femmes potières, « gardiennes d’un héritage ancestral », ont évolué avec cet art antique, lui vouant une originalité qui leur est propre. Si dans le temps on désignait par « poterie berbère » un artisanat essentiellement féminin, presque un travail ménager, ces cinq femmes d’aujourd’hui se dotent d’un savoir-faire alliant variété de formes et richesse de thèmes. Chacune d’elles, de par sa technique et sa propre pensée, a trouvé dans la glaise, cette matière simple à modeler, un refuge, un moyen de prouver sa capacité et sa présence face à tout autre domaine de l’art plastique « envahi en majorité par l’autre sexe ! », comme le dit bien l’artiste Zeinat Abdel-Gawwad, professeur au département de poterie à la faculté des arts appliqués de Hélouan.

Selon elle, modeler est un moyen de refoulement et de communication d’une gamme de sentiments féminins. « La poterie est une manière de prouver son identité sociale. J’étais toujours en défi avec la glaise. Avec cette matière facile à modeler, je tenais à produire des œuvres difficiles au niveau de la structure. La relation qu’entretient l’homme avec la poterie est une relation éternelle. C’est une leçon que m’a apprise mon maître potier, Saïd Al-Sadr », déclare Zeinat Abdel-Gawwad. Dès son enfance, ses parents la considéraient comme une fille très agitée. Elle adorait grimper les palmiers à Tanta, sa ville natale. C’était pour elle un moyen de contempler la vie d’en haut, à travers une belle vue panoramique. Fascinée par les couleurs vertes des arbres et des palmiers, il était donc normal que ses œuvres restent fidèles à l’environnement de sa ville natale, alliant robustesse, fonctionnalité et charme. Cette puissance exhale d’une série de palmiers hautains au cachet abstrait et « spirituel » dont le sommet porte une touche très affective et très féminine d’ailleurs. Cette touche, courbée et simple, ressemble à une mère qui serre son nouveau-né. Recourant à l’argile dans son état brut, Zeinat Abdel-Gawwad incruste ce dernier de couleur bleue, signe de pureté et de tendresse, ou de vert, signe de fertilité.

Encore plus profonde et plus influencée par la nature égyptienne, Zeinab Salem se révèle comme une artiste errante et défiante qui n’admet pas de produire des œuvres simples au niveau de la structure. Elle penche plus vers des techniques variées et solides. Des techniques qui vont de pair avec sa personnalité ferme et endurante. Née à Ismaïliya, elle enseigne la poterie à la faculté des arts appliqués. Ses œuvres sont dominées par un aspect beaucoup plus détaillé, minutieux et parfaitement contrôlé, mettant en relief les racines des palmiers, leurs feuilles et leurs tiges ...

Autre femme aussi persévérante et assidue, l’artiste Aïda Abdel-Kérim, laquelle est actuellement professeur libre à la faculté des beaux-arts, à l’Université de Hélouan. En fait, elle est la première femme égyptienne qui s’est spécialisée en sculpture. De retour des Etats-Unis, en 1954, où elle a poursuivi des études en poterie, Aïda Abdel-Kérim ne tarde pas à fonder une section pour la poterie à l’Institut des moalemat (enseignantes) des beaux-arts en Egypte. « Actuellement, dans les universités, c’est rare de trouver des sculptrices. L’art de la sculpture exige un effort musculaire. Par contre, la poterie convient à la femme, étant un art qui nous laisse une certaine liberté à modeler et à penser ». Et d’ajouter : « Une fois le travail achevé, il est difficile de faire la différence entre poterie féminine et poterie masculine, car tout dépend de la forme à technique variée et de la terre façonnée et cuite au four ». Les dernières pièces de Aïda Abdel-Kérim tentent de ressusciter le souvenir de son mari, l’artiste Zakariya Al-Khonani, ce maître incontesté des verreries mort il y a quelques années. Deux des cinq œuvres exposées sont incrustées d’une touche de vitrail, s’inspirant de « la chatte ». Celle-ci est faite d’argile, avec de grands yeux ronds, verts et cristallisés. Un beau contraste en émane, grâce à l’usage de deux matières opposées : le verre, matière lisse, et la glaise, matière rude. « En pratiquant l’art de la poterie, il faut suivre une véritable méthode d’apprentissage. D’abord, il faut une brève introduction historique et une présentation des matériaux, instruments, méthodes de modelage et principes de cuisson. Ensuite, on aboutit à la fabrication d’un large éventail de formes, ce qui constitue une base essentielle à une création plus libre et plus personnelle », assure Aïda Abdel-Kérim. Si cette dernière a eu recours à un nouveau style qui mêle verre et glaise, Tahani Al-Adli, professeur libre à la faculté des arts appliqués, à l’Université de Hélouan, penche plus vers le traditionnel et le populaire. Boîtes de poupée, moucharabiehs et jarres en glaise sont à l’état pur.

Laïla Al-Sendeyoni, plus douce en modelant la glaise, l’a incrustée de dorures. Techniques variées et sensibilité féminine réunissent les cinq potières qui veulent toutes défendre leur art en voie de disparition, face à des produits d’artisanat de masse.

Névine Lameï

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Poteries de cinq artistes femmes. Jusqu’au 23 novembre, de 10h30 à 21h (sauf le dimanche), à la galerie Khan Maghrabi. 18, rue Al-Mansour Mohamad. Zamalek.

Tél. : 735 33 49

 

 




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