Al-Ahram
Hebdo : Comment vous sentez-vous à quelques
jours des Jeux Olympiques (JO) d'Athènes ?
Ali
Ibrahim : Je me sens très bien. Contrairement à
ce qui s'est passé avant les JO de Sydney. Je voudrais signaler
qu'un mois avant Sydney, j'ai boycotté avec mes coéquipiers
le stage de préparation de la sélection nationale. Ce qui
a beaucoup affecté mon niveau. Aujourd'hui, les choses ont
changé. Je me suis mis à 100 % à l'entraînement, notamment
ces derniers 7 mois. Dès le début de l'année, j'ai commencé
un stage de préparation aux Etats-Unis sous la houlette de
Khaled Sanad, directeur technique de l'équipe de l'université
américaine Colgate.
— Il
est remarquable que votre niveau se soit nettement amélioré
durant ces derniers mois. Quelle est la raison de ce progrès ?
— Mon niveau
s'est beaucoup amélioré grâce au stage de préparation effectué
aux Etats-Unis. Passer les quelques mois avant Athènes loin
de l'Egypte était vital. Au Caire, je n'étais jamais suffisamment
concentré sur mon entraînement, où il y avait toujours des
choses qui venaient perturber ma concentration, comme les
problèmes financiers de la Fédération égyptienne et mes propres
problèmes. Aux Etats-Unis, je suis loin de tout cela, donc
pour la première fois, j'ai tiré le meilleur d'un entraînement.
— Comment
s'est déroulé votre entraînement aux Etats-Unis ?
— Il y a
une grande différence entre l'entraînement en Egypte et l'entraînement
aux Etats-Unis. Tout d'abord, je m'entraîne là-bas sur un
parcours international en ligne droite. C'est une chose qui
a grandement contribué à améliorer mon niveau. En Egypte,
sur le Nil, j'étais obligé de m'arrêter dès que je croisais
une autre embarcation, car une vague pouvait me faire chavirer.
Deuxièmement, le système d'entraînement en Amérique est meilleur,
je m'entraîne avec des athlètes de haut niveau. Une équipe
d'entraîneurs me surveille. Chaque jour, j'effectue des tests
de performance afin de connaître la progression de mon niveau.
Finalement, pour la première fois, j'ai eu l'occasion de passer
plus de temps en salle de gymnastique, une chose qui manque
aux rameurs égyptiens. En passant plus de 2 mois en salle
en raison des mauvaises conditions atmosphériques dues à l'hiver,
j'ai développé les muscles qui ne travaillent pas quand je
rame. A l'université, les entraîneurs appliquent des méthodes
très sophistiquées.
— Comment
vous sentez-vous avec votre nouveau directeur technique, Khaled
Sanad ?
— J'ai beaucoup
d'admiration pour Khaled Sanad. C'est grâce à lui que j'ai
pu partir aux Etats-Unis pour m'entraîner avec l'équipe d'aviron
de l'université de Colgate, à Hamilton (New York). Frappé
par le manque de moyens de l'aviron national, il a proposé
à la Fédération égyptienne de m'emmener avec lui. Khaled Zein,
le président de la Fédération égyptienne, a immédiatement
accepté. L'occasion était rêvée. D'autant plus qu'avec Khaled
Sanad, on se connaît bien. Il a été mon entraîneur en 1998.
C'est grâce à lui que j'ai obtenu la 8e place en Coupe du
monde d'Allemagne 1998. Khaled Sanad est mon porte-bonheur.
— Premier
aux éliminatoires africaines de Tunisie en avril dernier,
vous vous êtes qualifié pour les JO. Comment préparez-vous
ce grand événement ?
— J'ai commencé
ma préparation en effectuant, dès le début de l'année, un
stage de préparation aux Etats-Unis, car j'étais presque certain
de ma qualification. Durant cette période, j'ai disputé 2
tournois internationaux aux Etats-Unis et j'ai remporté ces
2 courses. A la 2e étape de la Coupe du monde, qui s'est déroulée
du 27 au 29 mai dernier à Munich (Allemagne), j'ai remporté
la finale B avec un temps qui m'aurait permis de remporter
une médaille de bronze si j'avais disputé la finale A. De
passage en Egypte, je me prépare maintenant à partir pour
l'Espagne afin d'effectuer mon dernier stage de préparation
avant les JO.
— Durant
ces quatre dernières années, vous n'avez remporté aucune médaille
en skiff. Cela n'est-il pas de mauvais augure ?
— Pas du
tout, car pendant cette période, je ne me suis pas concentré
en skiff. Après avoir ramé 12 ans en skiff, je me suis lassé
de cette catégorie. Notamment en réalisant les meilleures
performances égyptiennes de la discipline : 8e aux
Olympiades d'Atlanta, 12e à Sydney, 7e aux Championnats du
monde du Canada 1999, entre la 7e et la 9e places aux diverses
étapes des Coupes du monde, avec une médaille d'argent en
1997. Donc, il me fallait changer d'embarcation. En 2001,
j'ai ramé en 4 sans barreur puis j'ai intégré l'équipe du
8 barré. Avec ce bateau, j'ai réalisé le résultat le plus
remarquable de l'aviron égyptien en remportant la médaille
de bronze en Coupe du monde 2002. Je ne suis revenu au skiff
qu'en janvier 2004.
— 7 mois
en skiff sont-ils suffisants pour disputer les JO d'Athènes
en août ?
— N'oubliez
pas que j'ai passé presque toute ma vie en skiff. Je connais
bien ce bateau. De plus, après avoir quitté le skiff peu de
temps, j'y reviens avec plaisir. Donc, durant ces 7 mois,
j'estime avoir réalisé d'importants progrès.
— En
skiff, vous avez tendance à commencer la course (2 km) en
tête, et à céder votre place 500 mètres avant la fin. Avez-vous
réglé ce problème ?
— Aux Etats-Unis,
j'ai adopté la méthode de mon entraîneur. En départ de course,
je reste avec les autres concurrents et je ne déploie des
efforts qu'en dernière partie de course. J'ai pu réaliser
cela grâce à la méthode d'entraînement de Khaled Sanad. Pour
améliorer ma technique, il laissait les autres rameurs commencer
la course avant moi. Donc, dès le début de course, je devais
déployer plus d'efforts afin de rattraper les autres.
— Que
redoutez-vous lors des JO d'Athènes ?
— La seule
chose que j'appréhende lors des JO est le parcours. Car à
cause des vagues, le courant est rapide. Lors des derniers
Championnats du monde juniors qui ont eu lieu cette année
en Grèce, l'Allemagne avait retiré son équipe après avoir
fait une reconnaissance du parcours. Les autres pays ont confectionné
des bateaux qui sont plus adéquats. Il est vrai que la fédération
m'a acheté un nouveau bateau, j'espère qu'il sera efficace
sur les eaux rapides d'Athènes.
— Ces
JO seront vos 3es Olympiades. Que souhaitez-vous réaliser ?
— Les
Jeux d'Athènes seront probablement mes derniers. Alors, si
je dois inscrire une performance, c'est maintenant ou jamais.
Mon objectif est de disputer la finale A. Mais quand il s'agit
de finale, il est difficile de prévoir le vainqueur.