| Alimentation .
2004 est l'Année internationale du riz selon la FAO. Cet
aliment est le plus prisé des Egyptiens qu'ils adaptent
à tous les goûts quelles que soient les régions ou les
classes sociales. C'est un vrai art de vivre. |
| Le
riz de toutes les sauces |
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Voulant
expliquer pourquoi le monde arabe n'est pas tout à fait
uni, Ossama Al-Baz, conseiller du président Moubarak,
a eu recours à une boutade : « Il y a une
frontière entre les pays qui mangent du couscous et ceux
qui mangent du riz ». Certes, les causes de la
désunion arabe sont bien plus nombreuses, mais les spécificités
culinaires témoignent d'une certaine identité culturelle.
A chaque peuple un aliment de base. Celui-ci traduit aussi
son niveau de vie et les moyens dont il dispose. Ainsi,
alors que l'on dit souvent en Orient « gagner
son pain », dans des pays plus riches on déclare
vouloir « gagner son bifteck ». Mais
il reste que des aliments en particulier sont auréolés
d'un certain prestige que leur confèrent Histoire et culture.
Pain, riz et pâtes sont les principaux choix des peuples
en tant que source d'énergie. « Un choix que détermine
l'environnement dans lequel est cultivé l'un de ces produits
et qui par la suite établira tout un système de traditions »,
explique Magdi Nazih, chef de l'unité de culture nutritionnelle
à l'Institut national de nutrition. Ainsi, pour un pays,
on peut trouver sur la carte une prédominance ou une préférence
pour l'un ou l'autre de ces trois aliments. En Haute-Egypte,
il y a une prédilection pour le pain. Sur les côtes, les
faveurs vont pour le riz. Dans le Delta et au Caire, c'est
un mélange bien équilibré des deux. Une exception :
la ville de Sohag qui pour une raison mystérieuse se met
aux pâtes, relève Nazih.
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Une
mosaïque de riz
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Cela
étant, le riz est le champion en Egypte. On imagine difficilement
un déjeuner sans riz. Qu'il s'agisse d'un plat à part
ou d'un ingrédient dans une recette, il est omniprésent.
« Un repas sans riz, c'est comme s'il n'a jamais
existé. Je ne me sens pas rassasié sans mon plat de riz.
Il doit être le double qu'un plat de légumes. Peu importe
qu'il y ait de la viande ou pas », commente Ahmad,
un villageois d'Abou-Kébir, à Charqiya (dans l'est du
Delta). Il fait partie d'une famille qui a su introduire
le riz dans mille et une recettes. Il sert à farcir canards,
oies et dindes, surtout lorsqu'il y a un hôte important.
Tous les jeudis, le village entier doit manger des choux
farcis au riz. Leur passion pour le riz ne s'arrête pas
là. Pour lui donner plus de consistance et de saveur,
les villageois ont inventé une recette où il est enroulé
avec de la viande hachée et arrosé de potage. Un plat
auquel on donne le nom prestigieux de kebab.
En
fait, le riz dans un pays pauvre comme l'Egypte peut servir
d'ersatz à tout aliment plus riche et plus cher. L'exemple
classique est le kochari, d'ailleurs importé de
l'Inde, un pays qui lui aussi souffre de surpopulation.
Pas de viande à ajouter, mais juste des pâtes et des lentilles.
C'est très rassasiant et calorifique. Gaber, portefaix,
commence la journée avec au petit déjeuner un plat de
kochari luxe (double). Avec 2,5 L.E., il peut ainsi
travailler toute la journée jusqu'à 18h00 ou 19h00 même.
Les conscrits, les forçats et tous ceux qui ont des missions
ou conditions éprouvantes consomment de grandes quantités
de riz. Et pour leurs premiers repas après leur sevrage,
les bébés égyptiens sont nourris de riz moulu et bouilli.
Pourquoi
l'Egyptien compte-t-il souvent sur le riz pour faire le
plein ? « Tout d'abord, le riz égyptien comprend
de 60 % à 65 % d'amidon, ce qui le distingue
des autres variétés. D'où ce sentiment unique de saturation
qu'il procure », affirme Mona Amer, spécialiste
culinaire. L'autre particularité du riz égyptien est qu'il
fait partie de tout un système avec lequel il va très
bien. « Dans le monde arabe et notamment en Egypte,
où l'on aime les ragoûts bien mijotés et épicés, le riz
vient accompagner avec bonheur ces préparations. Il est
mieux que le pain et joue le rôle d'adoucisseur et aide
à la digestion », estime la nutritionniste Mona
Chams.
Préparé
au beurre, à l'huile, ou même bouilli, agrémenté de viande,
de poulet ou de légumes, le riz est adapté à tous les
goûts et tous les budgets. Mais il peut être à la base
de plats beaucoup plus coûteux. La « Kabsa »
(importée du Golfe et devenue à la mode en Egypte), et
la Fatta sont deux plats à base de riz, mais sont
accompagnés des meilleurs morceaux de viande de mouton,
sans oublier les noix, noisettes et amandes.
La
cuisine égyptienne a connu beaucoup d'influences et d'apports
étrangers à travers le temps. Il est généralement admis
que le site géographique de l'origine de la domestication
du riz est la Chine. Il y a été introduit entre 1500 et
2000 av. J.-C. Il a fait son entrée en Europe à partir
du VIIIe siècle. Si certains historiens soutiennent que
les Egyptiens ont connu le riz au cours des dernières
dynasties pharaoniques, ses préparations ont subi l'effet
des époques de la conquête arabe, des Mamelouks, et surtout
des Ottomans. « Les Egyptiens adoptent des modes
alimentaires nouvelles, mais les ajoutent à leur patrimoine
culinaire sans exclure les anciennes. Avec le riz pilaf
purement égyptien, on retrouve les différents légumes
farcis au riz originaire de la Turquie, la crème de riz,
un dessert mamelouk qui était le monopole des riches aux
jours de certaines célébrations et qui avec le temps est
devenu populaire. De quoi former une vraie mosaïque où
tout subsiste », dit Magdi Nazih. Pourtant, ce
qui distingue le riz égyptien de l'ancêtre chinois ou
du riche basmatique du golfe, c'est que sa saveur lui
permet d'être mangé seul sans être associé à un autre
aliment. |
L'aliment
du pauvre
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Le
riz est donc à toutes les sauces sociales, mais il reste
quand même l'aliment le plus important des pays pauvres.
Ceci explique pourquoi les 113 pays qui le cultivent
appartiennent dans leur majorité au tiers-monde (lire
enc). C'est un aliment hautement énergétique et un moyen
de survie ou de réaliser la sécurité alimentaire.
La
cuisine égyptienne a réussi à choisir des ingrédients
et préparations qui associent saveur et besoin alimentaires
de la population.
Même
dans les communautés les plus primitives, les Bédouins
du Nord-Sinaï, notamment Bir Al-Abd, le riz est mêlé
au goulash et à la salade dans un seul plat.
Il constitue un repas complet sans protéine animale
et que l'on prend à la main pour constituer une boule
que l'on savourera. Dans les régions côtières, c'est
la même règle qui règne : le goût et l'apport calorifique.
Ils décident de la composition du plat de riz. La « Sayadiya »
est un plat fait avec des oignons frites dans l'huile
qui donne au riz de la saveur et une couleur brune.
C'est le compagnon indispensable des poissons grillés.
On redouble d'imagination pour préparer le riz, à l'exemple
de la « Madfouna », littéralement « l'ensevelie »,
où les petites crevettes sont cuites à l'intérieur d'un
riz toujours à la l'oignon. « De la créativité
quasi instinctive, issue de l'environnement marin, c'est
sûr, mais qui répond à un besoin. Ce n'est pas forcément
une tradition », affirme Magdi Nazih. Et aussi
cela n'a rien à voir avec un régime alimentaire que
recommanderait un diététicien. « L'important
pour l'Egyptien c'est de se sentir rassasié sans trop
penser à l'effet de la nourriture sur sa santé »,
s'indigne Mona Chams. Condamner le riz donc ? Faire
campagne pour une consommation plus réduite ? Sans
doute pas. « Le riz est non seulement un aliment
qui est indispensable pour les gens modestes. Symbole
de vie, de fertilité et d'abondance, rien de surprenant
à cela, il s'agit de la seule céréale qui survit aux
inondations. Un aliment de base pour 3 milliards d'êtres
humains. Mais comme tous les carbohydrates, il
a un secret de plus qui répond à un besoin plus important
chez les peuples pauvres, c'est le sentiment de satisfaction,
de relaxation et de compensation ». Un accomplissement
et une joie de vivre que les conditions réelles de vie
n'apportent pas.
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| Amira
Doss
Ahmed
Loutfi |
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Le
riz c'est la vie |
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La
FAO avait constaté au cours des dernières années la nécessité
d'une action nationale et internationale concernant le
riz. « Le riz c'est la vie ». D'où ce slogan
lancé par la FAO qui a choisi 2004 comme année internationale
du riz. Selon l'organisation mondiale, cet aliment a un
rôle principal pour combattre la faim et la pauvreté tout
en étant un symbole d'identité culturelle. En fait, c'est
en se basant sur ses qualités nutritionnelles que les
pays en voie de développement ont hissé le riz au niveau
de culture céréalière la plus importante et la denrée
alimentaire de base de plus de la moitié de la population.
Sur les 147,5 millions d'hectares de terres consacrées
à la riziculture dans le monde, les pays en voie de développement
représentent 141,7, à savoir 96 % de la production
du riz. La Chine est son principal producteur avec 35 %,
suivie de l'Inde, l'Indonésie, Bangladesh et la Thaïlande.
Le
riz est la source de 27 % d'énergie et 20 %
de protéines pour les habitants du tiers-monde. La culture
du riz est l'activité principale et la première source
de revenus pour environ 100 millions de personnes en Asie
et en Afrique. Et sur les 840 millions souffrant de faim
chronique dans le monde, 50 % d'entre eux dépendent
sur le riz pour la nourriture, le revenu et l'emploi.
C'est
en tenant compte de ces faits que la FAO a décidé d'encourager
ces pays à développer les technologies du riz pour une
sécurité alimentaire durable. Surtout qu'avec l'arrivée
de 2030, la demande excédera l'offre de 3 % dans
ces mêmes pays.
L'Egypte
est le plus grand producteur du riz dans la région du
Moyen-Orient. Mais, réduire l'intervention directe de
l'Etat dans le secteur rizicole dans le cadre de
programmes d'ajustement structurel. Ces dernières années,
l'Egypte a continué à limiter la superficie consacrée
au riz en raison de disponibilités insuffisantes en eau
d'irrigation.
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A.D. |
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