La communauté
internationale est finalement passée à l'action pour tenter
de mettre fin à la situation humanitaire désastreuse au
Darfour. Le Conseil de sécurité a voté vendredi une résolution
menaçant Khartoum des « mesures » au
cas où il ne respecterait pas d'ici un mois ses engagements
pris auprès du secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan,
le 3 juillet dernier pour résoudre la crise dans cette
région de l'ouest du
pays. Avec 13 voix pour et deux abstentions de la part
de la Chine et du Pakistan, la résolution 1556 exige que
le Soudan désarme les djandjawids, milices accusées d'être
soutenues par Khartoum, arrête et juge les responsables
d'entre eux impliqués dans les crimes contre la population
civile du Darfour et retire tout obstacle qui entrave
l'acheminement de l'aide humanitaire à la population civile
en détresse. Le texte de la résolution reste cependant
relativement modéré. Il n'est pas question de « sanctions »
comme le demandaient Washington et Londres, mais de « mesures »
que le Conseil de sécurité promet d'entreprendre en cas
de non respect de la résolution. Cette dernière a été
favorablement accueillie par la communauté internationale
et vivement critiquée par Khartoum. Le gouvernement soudanais
l'a d'abord rejetée avant de l'accepter « avec
regret ». Car pour le ministre soudanais adjoint
aux Affaires étrangères, Naguib Al-Kheir Abdel-Wahab,
« la plupart des mesures dans la résolution sont
déjà traitées dans l'accord qui a été conclu avec M. Annan »,
ne comprenant pas la raison pour laquelle la résolution
avait été « votée par le Conseil de sécurité en
urgence, alors qu'il n'y a rien de nouveau dedans ».
Seule nouveauté :
alors que le délai fixé par le secrétaire général de l'Onu
était de 90 jours, la résolution a posé un ultimatum de
seulement 30 jours, a déploré le ministre. Pour lui, la
responsabilité du conflit incombe aux rebelles qui ont
été les premiers à brandir les armes et sont selon lui
responsables de la crise qui a suivi. Un fait qui, selon
le ministre, a été ignoré par la résolution.
Optant pour
une position plus intransigeante, l'armée a choisi de
rejeter la résolution de l'Onu. Car il s'agirait d'une
« déclaration de guerre contre le Soudan et son
peuple », selon le porte-parole de l'armée, le
général Mohamad Béchir Souleimane, appelant la population
à se préparer à faire face à une intervention militaire
étrangère contre le pays. « L'armée soudanaise
est maintenant prête à faire face aux ennemis du Soudan
sur terre, sur mer et dans le ciel », a-t-il
lancé. Pour lui, la période de 30 jours fixée par l'Onu
n'est autre qu'une période pour préparer à la guerre contre
le Soudan, a dit le porte-parole, estimant que le peuple
soudanais devrait se préparer à « une guerre non
conventionnelle ». Et pourtant, le texte de la
résolution ne fait pas allusion à une intervention militaire,
mais à des mesures prévues dans l'article 41 de la Charte
des Nations-Unies. Autrement dit, des sanctions économiques
qui n'impliquent pas l'emploi de la force armée.
La contradiction
entre la position officielle du ministère des Affaires
étrangères et celle de l'armée qui rejette en bloc la
résolution sont, selon Osmane Merghani, analyste politique
soudanais, dues au fait que Khartoum adopte à la fois
un discours intransigeant adressé à la population soudanaise
à l'intérieur du pays, et un autre plus modéré adressé
à la communauté internationale.
Ceci dit,
Khartoum serait d’ores et déjà en train d'appliquer ses
engagements pour résoudre la crise humanitaire, selon
les responsables soudanais.
Sur le plan
diplomatique, les médiations régionales se succèdent.
D'abord, l'Egypte qui a dépêché son chef de la diplomatie,
Ahmed Aboul-Gheit, à Khartoum afin de presser le gouvernement
soudanais de mettre en œuvre la résolution du Conseil
de sécurité le plus rapidement possible et qui a décidé
l'envoi d'officiers militaires au Darfour. D'un autre
côté l'Union africaine, qui vient de reporter le déploiement
initialement prévu fin juillet de la force de protection
de quelque 300 hommes au Darfour, a demandé au président
libyen d'entreprendre une médiation pour relancer les
pourparlers entre Khartoum et les rebelles.
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