Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'invité


La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Darfour . Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Moustapha Osmane Ismaïl, explique la position de son pays sur la crise qui sévit dans cette région de l'ouest du Soudan.
« La communauté internationale doit presser les rebelles d'engager des négociations de paix »

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous de la résolution du Conseil de sécurité adoptée vendredi et qui menace le gouvernement soudanais de « mesures » s'il ne mettait pas fin aux exactions des milices progouvernementales des djandjawids au Darfour dans un délai de 30 jours ?

Moustapha Osmane Ismaïl : Franchement, nous regrettons cet empressement à soumettre la question de Darfour au Conseil de sécurité au lieu de la traiter dans son cadre régional. L'Union Africaine (UA) n'a pas condamné le Soudan, la Ligue arabe non plus. Il faut soutenir le Soudan dans ses efforts pour régler la crise et non pas le menacer. Nous regrettons que le Conseil de sécurité ait ignoré les efforts déployés par le gouvernement et par les organisations régionales. Et ce, au moment où il a complètement ignoré les rebelles et leur rôle dans la détérioration de la situation. Nous refusons la résolution du Conseil de sécurité et affirmons que le gouvernement est en mesure de protéger ses citoyens et de désarmer les milices rebelles. J'affirme également que cette résolution est contraire à l'accord conclu avec les Nations-Unies le 3 juillet. La résolution se concentre sur les djandjawids plus que sur le secours aux personnes au Darfour et la lutte contre les autres milices qui font des catastrophes.

Dans notre accord avec les Nations-Unies, conclu le 3 juillet, nous avons pris quatre engagements. Le premier concerne le côté humanitaire. Il s'agit essentiellement de simplifier les procédures pour faciliter l'acheminement des aides aux habitants de Darfour. Le second a trait aux droits de l'homme et l'enquête sur leurs violations au Darfour qui implique la remise des accusés à la justice. C'est dans ce contexte que plus de 200 membres des djandjawids ont été arrêtés et présentés à la justice. Certains d'entre eux ont été condamnés à mort. Le troisième engagement est sécuritaire. Le gouvernement soudanais doit déployer des forces de police pour assurer la sécurité au Darfour. Le quatrième se rapporte au règlement politique et à la reprise des négociations. Le gouvernement avait déjà envoyé une délégation de haut niveau présidée par un ministre fédéral et groupant six ministres d'Etat pour mener des négociations inconditionnelles avec les rebelles. Mais on sait tous que ces négociations ont échoué avant même de commencer à cause de l'intransigeance des rebelles qui ont posé des conditions préalables difficiles à remplir. Cette intransigeance est probablement due au message erroné que les rebelles avaient reçu de la communauté internationale qui s'est montrée, elle, très transigeante à leur égard.

L'accord avec l'Onu nous donne un délai de 90 jours pour régler le problème du Darfour. Le délai n'a pas encore expiré. Pourquoi donc nous presser et nous menacer avec la résolution du Conseil de sécurité ? En tout cas, nous ferons de notre mieux pour trouver une solution et mettre fin au désordre au Darfour.

— La situation humanitaire au Darfour est qualifiée de catastrophique par les Nations-Unies, les Etats-Unis et les pays européens. Qu'en dites-vous ?

— Je vous assure que la situation n'est pas comme on la décrit dans les médias. Elle s'améliore de plus en plus. Si vous consultez les sites des ONG sur l'Internet, vous remarquerez que même les organisations américaines reconnaissent que la situation est en amélioration et que les habitants commencent à regagner leurs villages. L'une de ces organisations a même indiqué il y a quelques jours qu'elle a rapatrié 140 000 habitants suite à l'amélioration de la situation sécuritaire. Pourtant, certaines parties qui tirent des bénéfices de la détérioration de la situation ne souhaitent pas que cette histoire prenne fin. Pour ce qui est des Etats-Unis, les deux partis démocrate et républicain essayent d'exploiter le sujet pour s'attirer les voix des électeurs américains d'origine africaine.

— Et qu'en est-il des accusations de génocide au Darfour ?

— Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, lui même, ainsi que l'UA ont reconnu qu'il n'y a pas de génocide au Darfour. On parle de génocide sans comprendre ce que signifie ce mot. Le nombre des personnes tuées à Darfour ne dépasse pas les 5 000, dont la plupart appartiennent aux forces armées et à la police.

— Les Etats-Unis menacent le Soudan, qu'ils estiment ne pas avoir rempli ses engagements au Darfour. Qu'en pensez-vous ?

— Malheureusement, les Américains n'ont rien appris de leur expérience en Iraq. Ils ont conduit le monde dans une guerre contre l'Iraq sous prétexte que ce pays possède des armes de destruction massive (ADM). Mais après, ils ont reconnu que leurs informations étaient erronées. Au lieu de se rectifier, ils récidivent et essayent cette fois de soulever le monde contre le Soudan. Il y a quelque temps, ils ont détruit l'usine « Al-Chefaa » de produits pharmaceutiques au Soudan et la Grande-Bretagne les a soutenus. Et encore une fois, ils ont découvert que leurs informations étaient erronées. Pour ce, je souhaite qu'une question aussi importante ne soit pas considérée par l'Administration américaine comme une carte de pression qui les aiderait à remporter les présidentielles. Je souhaite également que la Grande-Bretagne adopte une position indépendante, et nous soutenir au lieu de nous menacer. Je rappelle enfin que les voisins du Soudan ont réclamé que la question soit laissée à l'UA pour la régler.

— Comment expliquez-vous cet intérêt international subitement manifesté à l'égard du Darfour ?

— D'aucuns pensent qu'il s'agit d'une guerre d'intérêts. Il est bien connu que la France est présente en Afrique, à l'Est du Tchad, où elle a une base militaire. Les Américains veulent peut-être aussi être présents dans la région et pourquoi pas au Darfour par exemple. D'autres estiment que les Américains savent bien qu'il y a du pétrole dans la région et qu'ils veulent y mettre la main. Selon d'autres sources, l'Administration américaine souhaitent s'attirer les voix des Américains d'origine africaine. Il existe plusieurs hypothèses qui permettent d'interpréter cet intérêt exagéré et inattendu que l'on a accordé à la question du Darfour. Il faut comprendre qu'il s'agit d'un complot qui se prépare pour diviser le Soudan et son peuple.

— Le premier ministre britannique, Tony Blair, a suggéré l'envoi de troupes à Darfour. Quel est votre commentaire ?

— Nous entendons depuis quelque temps avec étonnement ces déclarations, mais jusqu'à présent nous n'avons reçu aucune demande officielle. Le premier ministre britannique se croit plus apte à rétablir l'ordre et la sécurité au Darfour que le gouvernement soudanais. Mais je vous assure qu'en cas d'envoi de troupes britanniques, que nous rejetons, la violence ne fera que s'accroître comme en Iraq. Ces troupes seront considérées comme des forces d'occupation et tous les habitants de Darfour vont se soulever contre elles. Le scénario prévu ensuite serait le retrait de ces troupes, mais après avoir ouvert la voie à la violence. Ceux qui parlent d'envoi de troupes au Soudan doivent se raviser. Seules les troupes soudanaises sont à même de maintenir la sécurité au Darfour. Nous n'avons besoin de personne, la situation sécuritaire est en amélioration.

— Que proposez-vous comme solution à la crise du Darfour ?

— Premièrement, la communauté internationale, notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, doivent revoir leur position et envoyer un message clair et ferme aux rebelles pour qu'ils respectent le cessez-le-feu et qu'ils acceptent de s'engager dans les négociations sans condition. C'est d'ailleurs la position déséquilibrée des Etats-Unis qui a conduit à l'échec des discussions d'Addis-Abeba. Aucune pression n'a été exercée sur les rebelles pour les obliger à prendre part aux négociations.

Darfour est une partie intégrante du Soudan, ses habitants sont des citoyens soudanais et aucun gouvernement au monde ne souhaite mener un combat avec ses citoyens. Nous travaillons sutous les plans humanitaire, sécuritaire et politique pour régler cette question.

Propos recueillis par
Khaled Saad Zaghloul

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631