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Palestine . Emad Gad, rédacteur en chef du mensuel Israeli Digest publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, considère possible un prochain scénario où un départ d'Arafat pourrait être exigé.
La fragilité des Palestiniens offre à Sharon la chance de réaliser ses desseins

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la situation actuelle de la crise palestino-palestinienne ?

Emad Gad : Il existe actuellement une sorte de dérèglement sécuritaire, d'absence de pouvoir palestinien et un défi lancé à la légitimité du président Yasser Arafat. Nous devons dire dans un premier temps que ce désordre sécuritaire provient du Fatah lui-même et non pas de la part d'autres mouvements comme le Hamas par exemple. Le plus grave est que ce chaos ne sert pas la cause palestinienne à l'heure où la Palestine cherche à obtenir son indépendance. Les enlèvements, les incendies de bâtiments et les actes de sabotage sont un pas en arrière dans cette cause palestinienne.

— Comment définissez-vous cette crise ?

— Cette crise qui a explosé dernièrement dans les territoires palestiniens est plus personnelle qu'institutionnelle. C'est-à-dire une crise qui provient de personnes hostiles à Arafat et non pas entre les différentes organisations. Le problème qui se pose aujourd'hui est que cette crise donne de la crédibilité au discours de Sharon dans lequel il insiste sur l’incapacité du gouvernement palestinien de diriger et gouverner ce pays au cas où il obtiendrait son indépendance.

— Quelle est la situation actuelle du président Yasser Arafat au vu de ces réformes ?

— Le président Yasser Arafat a une légitimité historique assez forte et ancienne. Il a été élu par son peuple, mais cela n'exclut pas qu'il puisse être contesté car avec le temps, sa popularité diminue. Ce qui le prouve, c'est qu'aujourd'hui ce sont de jeunes opposants qui se dressent contre lui. Mais ce que nous pouvons dire, c'est que le président Yasser Arafat résiste jusqu'au bout pour que les organisations soient et demeurent supérieures aux personnes tandis que lui demeure au-dessus de toutes les institutions.

— Quels sont les rapports actuels entre Arafat et son premier ministre Qoreï ?

— Qoreï est considéré comme un partisan d'Arafat qui a fait appel à lui. Ce n'est pas Abou-Mazen qui aurait plus d'influence. Le Conseil national a qualifié le maintien de Qoreï et le refus de sa démission de coup de théâtre ou de sorte de répartition des rôles.

— Quelle serait l’issue de cette crise palestino-palestinienne après le retrait effectif des Israéliens de Gaza ?

— En ce qui concerne Israël, il ne se retirera pas effectivement des territoires palestiniens. Tout au contraire, il pourra progressivement épuiser les pouvoirs des organisations palestiniennes, ce qui aide et renforce aussi la position et le discours de Sharon. Nous pouvons même imaginer dans la prochaine période quelques scénarios difficiles à accepter, notamment la demande de démission du gouvernement palestinien, ou même exiger le départ d'Arafat. C'est dire que la légitimité d'Arafat va au gré des vents.

— Les Palestiniens sont-ils aussi vulnérables ?

— Israël manœuvre, mais son but principal est clair. Mais il est sûr que si les Palestiniens adoptent une attitude solide, ni Sharon ni un autre ne pourront lui porter atteinte. Mais c'est la fragilité actuelle des Palestiniens qui donne à Sharon la chance de réaliser ses desseins avec l'aide des Etats-Unis.

Propos recueillis par
Chaimaa Abdel Hamid

17 mois de tensions

2003
14 fév :
Yasser Arafat donne officiellement son accord à la nomination d'un premier ministre, cédant ainsi aux fortes pressions internationales, notamment américaines, pour des réformes au sein de l'Autorité palestinienne.
19 mars :
Le numéro deux de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Mahmoud Abbass, un modéré, accepte de prendre les fonctions de chef du gouvernement.
20 avril :
Le premier ministre désigné menace de renoncer à son poste à la suite d'un conflit avec le leader palestinien sur le choix du ministre de l'Intérieur, qui contrôlera les services de sécurité. M. Abbass veut confier ce poste à Mohamad Dahlane, ce que M. Arafat refuse.
23 avril :
Accord Arafat-Abbass sur la composition du gouvernement, à quelques heures de l'expiration du délai légal imparti. Le colonel Dahlane est nommé ministre délégué aux affaires de sécurité, M. Abbass détenant nominalement le portefeuille de l'Intérieur.
29 avril :
Le Parlement vote l'investiture de M. Abbass, levant ainsi le dernier obstacle à la publication de la Feuille de route, plan de paix international prévoyant la création d'un Etat palestinien d'ici à 2005. Dans son discours d'investiture, le premier ministre s'engage à « mettre fin au désordre et à l'anarchie des armes ». Le gouvernement prête serment le lendemain.
7 juillet :
M. Abbass présente sa démission du comité central du Fatah à la suite de sévères critiques sur sa manière de négocier avec Israël. Celle-ci est rejetée.
25 août :
M. Arafat nomme Jibril Rajoub au poste de conseiller aux affaires de sécurité pour l'aider à restructurer les services de sécurité. Washington, qui lui demande de remettre l'entière responsabilité de la sécurité à M. Abbass, désapprouve cette nomination.
6 septembre :
M. Abbass présente sa démission, qu'il justifie par l'impasse du processus de paix et par le manque de soutien à son gouvernement dont témoigne M. Arafat.
7 septembre :
M. Arafat nomme au poste de premier ministre un de ses proches, Ahmad Qoreï, président du Parlement, qui accepte le 10.
11 septembre :
A la suite de deux nouveaux attentats, Israël prend la décision de principe de « se débarrasser » de M. Arafat, s'attirant la désapprobation de la communauté internationale.
5 octobre :
M. Arafat nomme un « cabinet d'urgence » de huit ministres dirigé par M. Qoreï et décrète l'état d'urgence dans les territoires palestiniens, au lendemain d'un attentat suicide en Israël (22 morts).
7 octobre :
Le cabinet de crise prête serment devant le leader palestinien, à l'exception du ministre de l'Intérieur Nasr Youssef, qui exige que le gouvernement soit d'abord investi par le Parlement.
9 octobre :
La session du Parlement convoquée pour entériner le choix du cabinet d'urgence est ajournée sine die. Opposé lui aussi à un tel cabinet, M. Qoreï présente sa démission.
11 octobre :
Ahmad Qoreï accepte de diriger un cabinet d'urgence provisoire. Le 13, Yasser Arafat nomme Hakam Balaawi ministre de l'Intérieur par intérim, à la place du général Nasr Youssef.
4 novembre :
Expiration du mandat du cabinet de crise.
7 novembre :
M. Qoreï cède dans l'épreuve de force qui l'oppose à Yasser Arafat, il accepte M. Balaawi et renonce à imposer son candidat au poste de ministre de l'Intérieur. Investiture du gouvernement élargi le 12.
2004
26 janv :
Le premier ministre annonce une série de réformes dans le fonctionnement des services de sécurité. La veille, le Parlement avait dénoncé l’échec du gouvernement à assurer la sécurité dans les Territoires.
2 mars :
Sous la pression d'Ahmad Qoreï et des Européens qui menacent de couper leur soutien financier, M. Arafat accepte de réglementer le versement des salaires des membres des services de sécurité.
13 juillet :
L'envoyé spécial de l'Onu dans les territoires palestiniens, Terje Roed-Larsen, adresse de vives critiques à Yasser Arafat, estimant que la situation dans les territoires occupés « tourne progressivement au chaos » et que le dirigeant palestinien affiche « un manque de volonté politique » pour réformer l'Autorité palestinienne.
17 juillet :
Yasser Arafat annonce une refonte des services de sécurité, après l'annonce de la démission d'Ahmad Qoreï suivant une série de trois rapts dans la bande de Gaza. Il refuse néanmoins cette démission.
27 juillet :
Yasser Arafat et son premier ministre Ahmad Qoreï ont annoncé avoir réglé leur différend.

 

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