Palestine .
Suite à la spirale de colère qui s'est emparée des Territoires,
Arafat a lâché du lest en promettant des réformes. Qorei
est certes revenu sur sa décision de démissionner. Mais
la solution réside plutôt au sein du Fatah |
Le
Fatah à l'heure du choix |
Gaza,
De
notre correspondant — |
Commentant
l'état de désordre et de chaos qui règne dans les territoires
palestiniens, le président palestinien, Yasser Arafat,
s'est contenté de dire : « J'en viendrai à
bout, j'en viendrai à bout ». Une source palestinienne
qui a requis l'anonymat a interprété ces propos comme
reflétant l'intention du dirigeant de recourir à des
mesures de dissuasion contre ceux qui organisent les
manifestations et ont recours à des émeutes. Or, pour
cette source, ces manifestants qui exigent de mettre
fin à la corruption et de procéder à des réformes démocratiques
sont « une création du président et il sait très
bien traiter avec eux. Il connaît tous les maux et tous
leurs remèdes ».
Arafat,
dans une conférence de presse conjointe avec son premier
ministre, Ahmad Qorei, tenue le mardi 26 juillet, a
annoncé des mesures pour réduire le nombre de services
de sécurité à trois : la police, la sûreté générale
et les renseignements. Il a accepté de donner des prérogatives
sécuritaires à Qorei, ce qui a poussé ce dernier à renoncer
à sa démission. Toujours est-il que ces mesures ne semblent
pas suffisantes aux yeux des factions palestiniennes
qui y voient juste un calmant et non un traitement radical
des problèmes qu'affronte la société palestinienne.
La refonte des multiples services de sécurité palestiniens
maintient en effet le flou sur des questions essentielles :
la désignation de la partie qui les commande et la définition
de leurs activités. Si théoriquement, la police et la
sécurité préventive, sans parler de la défense civile,
doivent relever du ministère de l'Intérieur, sur le
terrain le gouvernement n'a jusqu'à présent pas son
mot à dire dans les activités de ses services, indique
un proche de Yasser Arafat.
« Depuis
le gouvernement d'Abou-Mazen, ces services étaient théoriquement
rattachés au ministre de l'Intérieur, mais aucun gouvernement
n'a osé exercer ce droit », affirme Azzam Al-Ahmad,
ministre des Communications. Selon les observateurs,
Yasser Arafat a par ailleurs tenu à nommer au ministère
de l'Intérieur des personnalités loyales qui ne lui
font pas d'ombre.
Le
Conseil Législatif Palestinien (CLP, Parlement) insiste
pour sa part pour définir les fonctions de chaque service
de sécurité et encadrer son activité par un texte législatif.
Un
rapport adopté par le conseil estime que « la principale
raison de l'inaction des services de sécurité et des
infractions (à la loi) est le manque de directives claires ».
Le secrétaire du Parlement, Ahmad Aboul-Nasr, affirme
qu'il est nécessaire « de définir les prérogatives
et les structures de ces services, à travers un texte
législatif qui fixe et encadre leur mission ».
« Il faut inscrire que la lutte contre la criminalité
et le maintien de l'ordre sont une de leurs tâches principales »,
a-t-il poursuivi.
Un
membre du CLP a affirmé, sous couvert de l'anonymat,
que ces services ont commencé à outrepasser leurs fonctions,
en devenant de véritables institutions, dotées de service
de presse et se livrant à une activité économique et
sociale.
La
majorité des responsables palestiniens s'accordent à
dire que la sécurité générale, qui chapeaute les forces
de défense des territoires palestiniens et le renseignement,
doivent rester sous le contrôle du président de l'Autorité
palestinienne, en tant que chef suprême des forces armées.
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Sous
la pression des événements
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Si
les réformes sécuritaires étaient une exigence interne
et externe aussi, elles ont été précipitées suite aux
incidents du mois dernier. La bande de Gaza a témoigné
de nombreux actes de violence qui ont commencé par l'enlèvement
du général Ghazi Al-Kassabi, commandant de la police,
le général Khaled Aboul-Ela, responsable militaire à Khan
Younès. Et également l'enlèvement de cinq bénévoles étrangers
opérant dans le domaine des secours humanitaires. Ils
ont été tous libérés après une médiation menée par des
parties palestiniennes. Les troubles ne se sont pas arrêtés
là. Le siège des services de renseignements a été incendié
à Rafah au sud de Gaza et des manifestations ont éclaté
menées par l'organisation relevant du Fatah les Brigades
des martyrs d'Al-Aqsa, exigeant le départ de Moussa Arafat,
cousin du président, qui avait été nommé commandant de
la sûreté générale. Nabil Amr, ancien ministre de l'Information
et membre du Conseil National Palestinien (CNP), a été
blessé lors d'un attentat et a dû être amputé de la jambe.
Ces
événements se répètent presque tous les jours et se sont
étendus à la Cisjordanie, témoignant d'un risque de désordre
général. Le cri d'alarme a été lancé dimanche dernier
par Qorei : « Si le chaos s'étend à la Cisjordanie,
nous risquons d'être confrontés à un désastre sans précédent
et inacceptable », a-t-il affirmé au journal palestinien
Al-Qods. Quelque 5 000 personnes sont descendues
dans la rue pour clamer leur appui au puissant chef local
des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, Zakariya Zoubeidi,
et des dizaines d'entre eux ont tiré des salves en l'air.
Des
activistes de ce groupe armé, lié au Fatah du leader palestinien
Yasser Arafat mais autonome, avaient incendié samedi les
locaux du gouverneur et des services de renseignements
à Jénine. « Quiconque lui portera atteinte (à Zoubeidi)
sera tué. Ceux qui veulent le toucher sont des collaborateurs »,
a repris en chœur la foule. La marche a commencé dans
le camp de réfugiés de Jénine pour se poursuivre jusqu'au
centre-ville, aux abords des locaux calcinés du gouverneur
et des services de renseignements. Zoubeidi a pour sa
part justifié l'incendie des locaux des services de renseignements
en accusant ces derniers de « coopérer » avec
le Shin Beth (service israélien intérieur de sécurité)
pour liquider les membres de son organisation. Les Brigades
d'Al-Aqsa, traditionnellement loyales à M. Arafat, se
sont progressivement distancées de ce dernier, car elles
accusent son mouvement, le Fatah, et l'Autorité palestinienne
d'être corrompus.
C'est
dire que la crise est dans le Fatah. Ceux qui ont enlevé
Guébali et Aboul-Ela sont des éléments de ce mouvement.
Ceux qui ont organisé les manifestations et les marches
exigeant les réformes appartiennent aussi au Fatah.
Arafat
a voulu se débarrasser de la crise avec un sens très poussé
de la ruse politique. Il a fait de ce différend au sein
de son mouvement une crise gouvernementale qu'il a pu
apaiser, du moins provisoirement. Lors d'un colloque important
organisé par une institution nommée « Mowaten »
(Citoyen), à Ramallah le jeudi 29 juillet dernier, sous
le titre « sortir de la crise : un changement
ministériel ou la crise d'un système politique ? »,
les participants ont été unanimes à relever que le Fatah
en tant que parti au pouvoir doit prendre des mesures
rapides pour mettre fin à l'état de conflit qui déchire
ce mouvement. Un des participants, Azmi Al-Cheebi, membre
du CNP, a soulevé l'importance de régler le problème des
Brigades d'Al-Aqsa. Pour lui, ces brigades sont le bras
armé du Fatah et représentent la jeunesse au sein du mouvement
mère. Mais elles sont utilisées à certains desseins, puis
abandonnées, de quoi renforcer le sentiment de frustration
et de désespoir.
Le
problème pour Al-Cheebi est qu'il y a un sentiment au
sein de la rue palestinienne selon lequel la direction
palestinienne est incapable de tenir ses promesses tant
sur le plan de la libération des territoires occupés par
Israël ou de la création d'institution respectant le citoyen
et préservant sa dignité. Le système politique palestinien
est incapable de répondre aux exigences quotidiennes des
citoyens. |
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Aucune
élection interne n'a eu lieu au sein du Fatah depuis 1989.
Il y a toute une génération qui n'a pas participé aux
moindres consultations, ce qui a créé un conflit entre
la vieille garde et la nouvelle génération. Celle-ci demande
de participer à la prise de décision. De toute façon,
ce qui a lieu au sein du Fatah influence l'ensemble dla
société palestinienne. De plus, il y a un sentiment de
colère rentrée du fait de l'échec des factions à trouver
une formule définissant l'action nationale palestinienne.
Selon Saïd Siam, un cadre important du mouvement islamique
Hamas : « La création d'un commandement palestinien
conjoint est devenue une nécessité pour dépasser la situation
actuelle. Celle-ci est marquée par un manque de contrôle
sur le plan de la sécurité, de la corruption au sein de
l'Autorité au moment où les Palestiniens ont obtenu gain
de cause concernant le mur de séparation après l'avis
de la Cour internationale de justice et la résolution
de l'Assemblée générale de l'Onu ».
C'est
le dialogue et non les armes qui sont le meilleur moyen
de résoudre les problèmes internes et renforcer l'unité
nationale. « Un changement de personnes au sein de
l'Autorité ne résoudra pas les problèmes politiques qui
exigent d'être traités à travers la lutte contre la corruption
financière et administrative, l'état de désordre et une
participation politique », relève le cadre islamiste.
Faut-il
oublier, par ailleurs, que tout ce débat se déroule alors
qu'Israël a réoccupé pratiquement toute la Cisjordanie,
suite au déclenchement de l'Intifada en septembre 2000,
l'Autorité palestinienne ayant vu son pouvoir considérablement
réduit ? |
Mohamed
Moustapha |
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|
Un
symbole en ruines |
| Le
dirigeant palestinien fait face ces jours-ci à la plus
grave crise interpalestinienne, depuis vingt ans, dont
les conséquences risquent de miner l'Autorité palestinienne
et faire éclater le mouvement Fatah qui constitue
son ossature et qui est traversé par une contestation
virulente contre les méthodes de son chef. Accusée de
corruption et d’immobilisme, la direction palestinienne
doit alors affronter les exigences de réformes réclamées
par la rue palestinienne et la communauté internationale.
Il
s'agit d'une lutte pour le pouvoir et des règlements de
comptes entre ex-généraux de la sécurité et apparatchiks
de l'Autorité palestinienne à Gaza ont éclaté à la suite
de la récente refonte des services de sécurité. Mais
ces batailles internes reflètent une crise de confiance
beaucoup plus profonde entre une population mise à genoux
par la crise économique et l'enfermement israélien, et
la direction de l'Autorité palestinienne. Cette lutte
de clans se double de crises ministérielles à répétition,
avec l'annonce de la démission du premier ministre, Ahmad
Qorei, demande refusée par Yasser Arafat qui l'a chargé
de former un nouveau gouvernement. Des factions des Brigades
des martyrs d'Al-Aqsa à Gaza, liées au Fatah dirigé
par M. Arafat, mais autonomes, et soutenues par les forces
de la police préventive restées loyales à Mohammad Dahlane,
ancien ministre délégué à la Sécurité, brouillé avec le
dirigeant palestinien, ont été les initiateurs de la fronde.
L’annonce par Arafat d’une refonte des services secrets,
d'une simplification de l'appareil de sécurité palestinien
en réduisant de huit à trois le nombre de services de
sécurité, ne les a pas du tout convaincus. La nomination
du cousin du président, Moussa Arafat, à la tête du service
de sécurité générale avait mis le feu aux poudres dans
la bande de Gaza.
« Le
problème ne réside pas dans tel ou tel gouvernement, ni
dans la qualité du titulaire d'un ministère. La question
est de revoir le mécanisme de prise de décision »,
a déclaré un porte-parole de ce courant, Soufiane Abou-Zeid,
membre du comité de direction du Fatah pour Gaza.
« Tout
relève de Yasser Arafat et les lois sont enterrées ou
gelées selon son bon vouloir. Une solution de la crise
qui ne prendrait pas en compte cette anomalie est vouée
à l'échec », a-t-il souligné. « Nous
ne voulons pas le départ de Yasser Arafat ou lui retirer
ses prérogatives, mais qu'il laisse le Conseil législatif
palestinien (CNP, Parlement) exercer pleinement
ses pouvoirs », a-t-il ajouté. Ce mouvement de
contestation a trouvé un terrain favorable à Gaza, sur
fond de malaise social d'une population sans ressources
ni travail.
La
multiplication des enquêtes sur des affaires de corruption
au sein de l'Autorité palestinienne, dont les dossiers
s'empilent sur le bureau du procureur général, a été l'un
des ferments de cette contestation.
Les
griefs des laissés-pour-compte sont nombreux : exclusion
des Palestiniens de l'« intérieur » des
postes-clés de l'Autorité palestinienne au profit de ceux
venant de Tunis, absence de représentation des réfugiés,
concentration du pouvoir aux mains de la vieille garde
aux dépens des jeunes.
Attestation
d'incapacité ?
Mais
si chaque partie assure qu'elle ne recourra pas aux armes
pour régler la crise, les craintes d'une guerre ouverte
au sein du Fatah persistent. « La crise
est grave. Si les protagonistes n'agissent pas avec sagesse,
on se retrouvera comme en 1983 », lorsque des
commandants militaires au Liban ont fait dissidence au
sein du Fatah sous l'impulsion de la Syrie, a affirmé
Diab Al-Louh, responsable de l'information du Fatah
à Gaza. « En cas de recours aux armes, le territoire
de Gaza risque de revenir à la situation d'avant 1967,
quand les Palestiniens, jugés inaptes à se gouverner,
ont été placés sous autorité égyptienne », estime
ce partisan de Yasser Arafat.
En
fait, tout a débuté trois jours après un rapport de l'envoyé
spécial de l'Onu dans la région, le Norvégien Terje Roed-Larsen,
dans lequel il affirme que la situation dans les territoires
palestiniens « tourne progressivement au chaos »
et que M. Arafat affiche « un manque de volonté
politique » pour réformer le gouvernement. Ce
rapport de Larsen a été suivi d'un autre adopté par le
CLP, et qui a été rédigé par un comité représentatif du
Parlement. Il appelle donc à la nomination d'un nouveau
gouvernement, « capable d'assumer ses responsabilités ».
Une demande explicite pour doter le futur cabinet de prérogatives
importantes en matière de sécurité, ce à quoi Yasser Arafat
s'oppose avec constance, depuis l'instauration de l'Autorité
palestinienne en 1994.
Le
comité a accusé, dans son rapport, le gouvernement d'avoir
failli dans sa tâche sécuritaire, avant tout dans la bande
de Gaza, seul territoire où l'Autorité palestinienne exerce
encore un contrôle, l'armée israélienne ayant pratiquement
réoccupé toute la Cisjordanie. « Le gouvernement
actuel, auquel le Parlement a donné sa confiance, n'a
pas rempli son programme et n'a pas exercé ses fonctions
et ses prérogatives comme le stipule la loi fondamentale »,
indique ce rapport. « Pour le comité [auteur
du rapport], il est évident que la principale raison
du chaos sécuritaire — l'inaction des services de
sécurité et les infractions [à la loi] — est
le manque de directives claires qu'ils ont reçues pour
effectuer leur mission", souligne le rapport.
En
fait, plusieurs réformes avaient bien été engagées depuis
le début de la seconde Intifada il y a presque quatre
ans, mais aucune n'a répondu aux exigences internationales.
Une
première crise de confiance au sein du Fatah avait
déjà éclaté en mars dernier, annonciatrice des tensions
actuelles : 372 membres, à Gaza comme en Cisjordanie,
ont démissionné collectivement du mouvement de Yasser
Arafat pour protester contre les dissensions internes
qui minent l'organisation et contre la corruption, le
manque d’ouverture au sein du mouvement qui venait de
fêter ses 39 ans, ou encore de stratégie dans la résistance
à l’occupation. Les contestataires se plaignent avant
tout du manque de cohésion du mouvement fait aujourd'hui
de l'addition de différents clans : « Il
n'y a plus un seul Fatah, disent-ils, mais un
Fatah des villes, un Fatah des villages, un
Fatah des camps de réfugiés. Il y a le Fatah des
services de sécurité, celui de l'intérieur et celui de
l'extérieur. Le Fatah en faveur de l'initiative
de Genève, celui qui est contre, le Fatah des salons
et celui des tribus".
Le
groupe de signataires appelle également à des réformes
de l'Autorité palestinienne, notamment pour juguler la
corruption. Yasser Arafat n'est pas directement visé,
du moins son nom n'est pas mentionné, mais le groupe exige
le limogeage de plusieurs proches du président de l'Autorité
palestinienne, notamment celui de Hani Al-Khassan, à qui
Arafat entendait confier le ministère de l'Intérieur lors
de la crise qui a sévi après la démission d'Abou-Mazen
et à qui il a officiellement confié l'organisation des
rangs du Fatah dans les Territoires.
Les
contestataires appellent aussi à l'exclusion de Mohamad
Rachid qui gère notamment les comptes et les finances
de Yasser Arafat. C'est lui qui serait à la tête de plusieurs
monopoles dans les Territoires, qui aurait, entre autres,
la haute main sur l'importation du tabac et du ciment.
Mohamad Rachid a déjà été présenté dans la presse étrangère
comme le grand argentier de la caisse noire de Yasser
Arafat.
Il
semble que le seul profitant de ce désordre dans les territoires
palestiniennes est le côté israélien, dont la presse
a accordé ses manchettes à la situation d'anarchie qui
prévaut dans la bande de Gaza, prélude, selon elle, à
un effondrement de l'Autorité palestinienne. Arafat, lui,
semble regarder comme un sphinx mystérieux et indéracinable
toutes ces campagnes.
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| Aliaa
Al-Korachi (avec agences) |
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