Ainsi, depuis quelques jours,
les camionnettes du gouvernorat du Caire sillonnent 24 heures
sur 24 les rues de la capitale. Objectif : repérer les
gérants de cafés et boutiques arrosant leur trottoir. Une pratique
très courante pour obtenir un peu de fraîcheur par ces temps
de chaleur. « La campagne que nous menons en coopération
avec le gouvernorat du Caire vise à faire face au phénomène
du gaspillage. Les gérants de cafés ou boutiques qui se livrent
à l'arrosage de leur trottoir se voient imposer des amendes »,
explique Hassan Badawi, du service de l'eau potable. Selon lui,
ce phénomène s'est répandu essentiellement en raison du fait
que l'Etat vend l’eau à un prix dérisoire, ce qui rend les citoyens
indifférents à sa valeur. Alors, affirme-t-il, qu'à l'étranger,
toute arrivée d'eau est équipée d'un compteur. « L'Etat
vend l'eau potable à 13 piastres le mètre cube, qui lui coûte
une livre, et c'est lui qui paye la différence. Si chacun payait
le prix réel de chaque mètre cube d'eau consommée, le gaspillage
disparaîtrait », estime Badawi. Les propriétaires de
boutiques et cafés ont, eux, mal accueilli l'initiative gouvernementale.
Mohamad Sayed, propriétaire et gérant d'un café, exprime son
désarroi : « Le gouvernorat du Caire et le service
des eaux veulent nous faire endosser l'entière responsabilité
du gaspillage. Mais nous ne sommes pas la seule cause du problème.
Les réseaux de distribution d'eau sont-ils tous en bon état ?
N'a-t-il jamais entendu parler des canalisations d'eau rompues,
également à l'origine d'un important gaspillage ? »,
s'interroge-t-il à raison. Car, selon les chiffres du service
de l'eau potable, 30 % des canalisations doivent être modernisées.
Leur capacité maximale est évaluée à 4 millions de m3, or le
triple de cette quantité y circule. Conséquence : la perte
d'environ 30 % de l'eau distribuée. Alors que dans des
conditions normales, les pertes ne devraient jamais dépasser
les 5 %, affirme Milad Hanna, urbaniste pour qui le mauvais
état du réseau de distribution de l'eau est un problème plus
important que l'arrosage pratiqué par les gérants de cafés.
« Les réseaux de distribution d'eau sont en mauvais
état. Ils n'ont pas été remplacés depuis 40 ans. Sans compter
que leur entretien laisse beaucoup à désirer », assure-t-il.
A quoi s'ajoute, selon Tareq Moustapha, de la commission de
l'habitat au Parlement, le fait que les administrations gaspillent
à elles seules 25 millions de m3 d'eau par mois (soit 40 %
du gaspillage mensuel) en raison de la négligence et du mauvais
entretien de ses systèmes de distribution. « Pourquoi
le service de l'eau potable ne va-t-il pas vérifier l'état du
réseau de distribution dans les administrations, qui sont celles
qui gaspillent le plus ? Cela révèle que la politique du
service des eaux est inefficace. Les cafés et boutiques ne sont
pas ceux qui gaspillent le plus », critique Tareq.
L'urbaniste Hoda Hawas va plus
loin. Selon elle, c'est la mauvaise politique du service de
l'eau potable qui est à l'origine du gaspillage. « L'eau
potable est un secteur nécessitant d'importants moyens financiers.
Il faut des milliards de L.E. pour créer de nouvelles
stations d'eau potable, renouveler et entretenir des réseaux.
Or, l'Etat est incapable d'assumer cette charge. D’où l'incapacité
du service des eaux à résoudre le phénomène du gaspillage de
façon radicale », assure-t-elle.
Face à ces difficultés, nombreux
sont ceux qui réclament la privatisation du service de l'eau
potable. Même s'il a été transformé en début d'année en un organisme
économiquement indépendant. Badawi explique que par cette décision,
l'Etat ne sera plus chargé d'assumer seul une part du prix de
l'eau potable. L'autre conséquence étant l'installation de compteurs
dans chaque café et boutique, lesquels seront obligés de payer
leur consommation mensuelle. Pour le député Sallam Aboul-Fottouh,
résoudre le problème du gaspillage de l'eau en obligeant les
citoyens à payer leur consommation réelle, comme cela se fait
à l'étranger, est le bon choix. Il contribuera selon lui à diminuer
de 80 % le gaspillage. Et d'ajouter : « La
privatisation de ce secteur permettrait de réaliser tous les
projets en suspens, d'offrir un service de bonne qualité, de
garantir un entretien régulier des réseaux et de fournir de
l'eau potable aux villages qui en sont privés ».