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Eau potable . L'organisme chargé de sa gestion vient, en coopération avec le gouvernorat du Caire, d'entamer une campagne visant à limiter sa mauvaise utilisation.
Lutte contre le gaspillage

Mauvaises habitudes ou absence de politique de gestion ? Le gaspillage de l'eau potable n'en est pas moins monnaie courante en Egypte. Et cela alors que la part en mètres cubes par habitant est en constante régression du fait de l'explosion démographique. Selon les derniers chiffres de l'Organisme de l'eau potable, près d'un tiers de l'eau distribuée serait gaspillé. C'est dans ce contexte qu'il a décidé, en coopération avec le gouvernorat du Caire, de s'attaquer au phénomène.

Ainsi, depuis quelques jours, les camionnettes du gouvernorat du Caire sillonnent 24 heures sur 24 les rues de la capitale. Objectif : repérer les gérants de cafés et boutiques arrosant leur trottoir. Une pratique très courante pour obtenir un peu de fraîcheur par ces temps de chaleur. « La campagne que nous menons en coopération avec le gouvernorat du Caire vise à faire face au phénomène du gaspillage. Les gérants de cafés ou boutiques qui se livrent à l'arrosage de leur trottoir se voient imposer des amendes », explique Hassan Badawi, du service de l'eau potable. Selon lui, ce phénomène s'est répandu essentiellement en raison du fait que l'Etat vend l’eau à un prix dérisoire, ce qui rend les citoyens indifférents à sa valeur. Alors, affirme-t-il, qu'à l'étranger, toute arrivée d'eau est équipée d'un compteur. « L'Etat vend l'eau potable à 13 piastres le mètre cube, qui lui coûte une livre, et c'est lui qui paye la différence. Si chacun payait le prix réel de chaque mètre cube d'eau consommée, le gaspillage disparaîtrait », estime Badawi. Les propriétaires de boutiques et cafés ont, eux, mal accueilli l'initiative gouvernementale. Mohamad Sayed, propriétaire et gérant d'un café, exprime son désarroi : « Le gouvernorat du Caire et le service des eaux veulent nous faire endosser l'entière responsabilité du gaspillage. Mais nous ne sommes pas la seule cause du problème. Les réseaux de distribution d'eau sont-ils tous en bon état ? N'a-t-il jamais entendu parler des canalisations d'eau rompues, également à l'origine d'un important gaspillage ? », s'interroge-t-il à raison. Car, selon les chiffres du service de l'eau potable, 30 % des canalisations doivent être modernisées. Leur capacité maximale est évaluée à 4 millions de m3, or le triple de cette quantité y circule. Conséquence : la perte d'environ 30 % de l'eau distribuée. Alors que dans des conditions normales, les pertes ne devraient jamais dépasser les 5 %, affirme Milad Hanna, urbaniste pour qui le mauvais état du réseau de distribution de l'eau est un problème plus important que l'arrosage pratiqué par les gérants de cafés. « Les réseaux de distribution d'eau sont en mauvais état. Ils n'ont pas été remplacés depuis 40 ans. Sans compter que leur entretien laisse beaucoup à désirer », assure-t-il. A quoi s'ajoute, selon Tareq Moustapha, de la commission de l'habitat au Parlement, le fait que les administrations gaspillent à elles seules 25 millions de m3 d'eau par mois (soit 40 % du gaspillage mensuel) en raison de la négligence et du mauvais entretien de ses systèmes de distribution. « Pourquoi le service de l'eau potable ne va-t-il pas vérifier l'état du réseau de distribution dans les administrations, qui sont celles qui gaspillent le plus ? Cela révèle que la politique du service des eaux est inefficace. Les cafés et boutiques ne sont pas ceux qui gaspillent le plus », critique Tareq.

L'urbaniste Hoda Hawas va plus loin. Selon elle, c'est la mauvaise politique du service de l'eau potable qui est à l'origine du gaspillage. « L'eau potable est un secteur nécessitant d'importants moyens financiers. Il faut des milliards de L.E. pour créer de nouvelles stations d'eau potable, renouveler et entretenir des réseaux. Or, l'Etat est incapable d'assumer cette charge. D’où l'incapacité du service des eaux à résoudre le phénomène du gaspillage de façon radicale », assure-t-elle.

Face à ces difficultés, nombreux sont ceux qui réclament la privatisation du service de l'eau potable. Même s'il a été transformé en début d'année en un organisme économiquement indépendant. Badawi explique que par cette décision, l'Etat ne sera plus chargé d'assumer seul une part du prix de l'eau potable. L'autre conséquence étant l'installation de compteurs dans chaque café et boutique, lesquels seront obligés de payer leur consommation mensuelle. Pour le député Sallam Aboul-Fottouh, résoudre le problème du gaspillage de l'eau en obligeant les citoyens à payer leur consommation réelle, comme cela se fait à l'étranger, est le bon choix. Il contribuera selon lui à diminuer de 80 % le gaspillage. Et d'ajouter : « La privatisation de ce secteur permettrait de réaliser tous les projets en suspens, d'offrir un service de bonne qualité, de garantir un entretien régulier des réseaux et de fournir de l'eau potable aux villages qui en sont privés ».

Mirande Youssef
Marianne Youssef

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