Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le dossier

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde
en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Ouvriers . Le dernier rapport du Centre de la terre pour les droits de l’homme sur le mouvement ouvrier fait état d'une augmentation des protestations parmi cette catégorie. Licenciements arbitraires et non paiement des salaires en sont les principales causes.

Grogne croissante

Soixante-quatorze actes de protestations ouvrières ont été enregistrés au cours de la première moitié de 2004, selon le dernier rapport du Centre de la terre pour les droits de l’homme sur le mouvement ouvrier. Une saison chaude comparée aux deux derniers années qui avaient enregistré un calme relatif : 86 actes de protestations en 2003, contre 96 en 2002. Un chiffre en hausse continue donc.

Le non paiement des salaires et des primes constitue la raison majeure de ces mouvements de protestation, grèves, sit-in, manifestations. Ainsi, 21 mouvements ont eu lieu à cause du non paiement des primes et 13 autres à cause du non paiement des salaires. « Ces actes ont eu lieu dans un contexte de crise économique, de hausse vertigineuse des prix au moment où les patrons tentent de baisser les salaires ou, dans le meilleur des cas, de les maintenir tels quels », explique Hicham Fouad, membre du comité de coordination pour les libertés syndicales et ouvrières, une coalition de gauche.

En fait, le taux officiel d'inflation est passé de 2,5 % en 2000 à 5,2 % en 2003. Un chiffre qui, selon les experts, est bien en deçà du taux réel. Quant aux salaires réels, ils sont en baisse continue. Ainsi, entre 1985 et 1995, avant le lancement du programme de réforme économique, l'indice des salaires réels a chuté de 100 à 72 pour le secteur privé et de 137 à 81 pour le public, selon les chiffres de l'Organisme central de la mobilisation et des statistiques. Un rapport de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) assure que les salaires en Egypte ont subi une baisse de 25 % de leur valeur réelle au cours des années 1990. Un avis partagé par les experts. « Les salaires réels sont en baisse continue depuis les années 1970. Cette tendance s'est sûrement accentuée après la libéralisation du taux de change en janvier 2003, même si les chiffres ne sont pas disponibles », assure Samir Radwane, directeur général du Forum des recherches économiques et ex-responsable de l'OIT.

Le licenciement arbitraire est la deuxième raison à l'origine des contestations ouvrières, avec 16 mouvements de protestation. Suivi de 5 cas en raison de non embauche. Contrairement aux années précédentes, où la majorité des mouvements venaient du secteur privé, aujourd'hui, c’est le secteur public qui se taille la part du lion, avec 29 mouvements de protestation. Les employés des organismes économiques et ceux du gouvernement viennent au second rang, avec 24 actes. Alors que ceux du secteur privé sont en 3e position, avec 21 actes de protestation. Howaïda Adli, professeur à la faculté des sciences politiques de l'Université du Caire, explique cette régression du mouvement ouvrier dans le secteur privé par la détérioration des conditions du travail du secteur et non pas par son amélioration. « Il y a une relation entre les mouvements de protestation et l’existence d'une chance de travail alternative. Maintenant, il est très difficile de trouver un emploi. Il arrive souvent, notamment dans les nouvelles villes industrielles, que les patrons ferment leurs usines et arrêtent toute activité. Plusieurs usines dans la ville du 10 de Ramadan travaillent seulement deux jours et ferment le reste de la semaine. En plus, la majorité des ouvriers du secteur privé ne sont pas membres de syndicat et ne possèdent aucune garantie comme par exemple un fond pour les grévistes », explique Howaïda Adli. Et d’ajouter que ces conditions ont forcé les ouvriers à accepter leurs conditions précaires, par peur du spectre du chômage.

En outre, selon la loi, pour qu'une usine ait son comité syndical, il faut qu'elle emploie au minimum 250 ouvriers. Autre preuve de la précarité des ouvriers du privé, notamment dans les villes industrielles nouvelles, la plupart d'entre eux n'ont pas de contrat à durée indéterminée. Ainsi, selon l’OIT, seuls 9,1 % des ouvriers en Egypte sont membres d'un syndicat.

Pire encore, de nombreux litiges juridiques opposant les ouvriers de ces villes à leur patron ne trouvent pas de solution. C’est pourquoi les ouvriers de la ville du 10 de Ramadan ont réclamé la création d’un comité quinquennal au tribunal primaire de la ville pour trancher 2 000 procès en suspens.


Le secteur public davantage touché

Quant au secteur public, les licenciements arbitraires sont venus en tête des raisons des protestations avec 7 cas, suivis par le non paiement des primes (6 mouvements) puis la retraite anticipée (3 cas). Figurent également des protestations dues à la vente de l’entreprise ou à sa liquidation. Ce sont donc les politiques de privatisation et de retraite anticipée, suivies par le gouvernement, qui ont suscité le plus de contestations.

Finalement, le non paiement des primes (8 cas), le licenciement arbitraire (5 cas) et les réclamations de recrutement (4 cas) étaient les principales raisons des mouvements organisés par les employés des organismes économiques et ceux du gouvernement. Il s’agissait, pour ces deux dernières raisons, d'ouvriers et d'employés travaillant depuis une longue période avec des contrats temporaires ou même sans contrat, ne bénéficiant donc pas de sécurité sociale ou de pension de retraite.

Or, si la contestation ouvrière a augmenté, elle n'a pas été forcément bénéfique. « Le mouvement ouvrier en Egypte reste encore faible et mal organisé, vu que les syndicats sont pro-gouvernementaux et n'accomplissent donc pas leur mission de base, à savoir défendre les droits des ouvriers. Ces mouvements se tiennent toujours sur la défensive et sont encore loin d'avoir un réel impact sur la situation générale », déplore Howaïda Adli.

Marwa Hussein

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631