Le non paiement des salaires et des
primes constitue la raison majeure de ces mouvements
de protestation, grèves, sit-in, manifestations. Ainsi,
21 mouvements ont eu lieu à cause du non paiement
des primes et 13 autres à cause du non paiement des
salaires. « Ces actes ont eu lieu dans un
contexte de crise économique, de hausse vertigineuse
des prix au moment où les patrons tentent de baisser
les salaires ou, dans le meilleur des cas, de les
maintenir tels quels », explique Hicham Fouad,
membre du comité de coordination pour les libertés
syndicales et ouvrières, une coalition de gauche.
En fait, le taux officiel d'inflation
est passé de 2,5 % en 2000 à 5,2 % en 2003.
Un chiffre qui, selon les experts, est bien en deçà
du taux réel. Quant aux salaires réels, ils sont en
baisse continue. Ainsi, entre 1985 et 1995, avant
le lancement du programme de réforme économique, l'indice
des salaires réels a chuté de 100 à 72 pour le secteur
privé et de 137 à 81 pour le public, selon les chiffres
de l'Organisme central de la mobilisation et des statistiques.
Un rapport de l'Organisation Internationale du Travail
(OIT) assure que les salaires en Egypte ont subi une
baisse de 25 % de leur valeur réelle au cours
des années 1990. Un avis partagé par les experts.
« Les salaires réels sont en baisse continue
depuis les années 1970. Cette tendance s'est sûrement
accentuée après la libéralisation du taux de change
en janvier 2003, même si les chiffres ne sont pas
disponibles », assure Samir Radwane, directeur
général du Forum des recherches économiques et ex-responsable
de l'OIT.
Le licenciement arbitraire est la
deuxième raison à l'origine des contestations ouvrières,
avec 16 mouvements de protestation. Suivi de 5 cas
en raison de non embauche. Contrairement aux années
précédentes, où la majorité des mouvements venaient
du secteur privé, aujourd'hui, c’est le secteur public
qui se taille la part du lion, avec 29 mouvements
de protestation. Les employés des organismes économiques
et ceux du gouvernement viennent au second rang, avec
24 actes. Alors que ceux du secteur privé sont en
3e position, avec 21 actes de protestation. Howaïda
Adli, professeur à la faculté des sciences politiques
de l'Université du Caire, explique cette régression
du mouvement ouvrier dans le secteur privé par la
détérioration des conditions du travail du secteur
et non pas par son amélioration. « Il y a
une relation entre les mouvements de protestation
et l’existence d'une chance de travail alternative.
Maintenant, il est très difficile de trouver un emploi.
Il arrive souvent, notamment dans les nouvelles villes
industrielles, que les patrons ferment leurs usines
et arrêtent toute activité. Plusieurs usines dans
la ville du 10 de Ramadan travaillent seulement deux
jours et ferment le reste de la semaine. En plus,
la majorité des ouvriers du secteur privé ne sont
pas membres de syndicat et ne possèdent aucune garantie
comme par exemple un fond pour les grévistes »,
explique Howaïda Adli. Et d’ajouter que ces conditions
ont forcé les ouvriers à accepter leurs conditions
précaires, par peur du spectre du chômage.
En outre, selon la loi, pour qu'une
usine ait son comité syndical, il faut qu'elle emploie
au minimum 250 ouvriers. Autre preuve de la précarité
des ouvriers du privé, notamment dans les villes industrielles
nouvelles, la plupart d'entre eux n'ont pas de contrat
à durée indéterminée. Ainsi, selon l’OIT, seuls 9,1 %
des ouvriers en Egypte sont membres d'un syndicat.
Pire encore, de nombreux litiges
juridiques opposant les ouvriers de ces villes à leur
patron ne trouvent pas de solution. C’est pourquoi
les ouvriers de la ville du 10 de Ramadan ont réclamé
la création d’un comité quinquennal au tribunal primaire
de la ville pour trancher 2 000 procès en suspens.