Je ne partage
pas l'avis de ceux qui croient que le gouvernement actuel
partira dans 15 mois. Leur argument est qu'à l'année prochaine
auront lieu des élections législatives et présidentielles,
qui seront sûrement suivies de la formation d'un nouveau gouvernement.
Cela voudra dire que l'actuel gouvernement se verra remplacé
sans avoir eu le temps de mettre un terme à nos maux chroniques.
Les choses reprendront ainsi leur cours normal avec la formation
d'un gouvernement composé de la vieille garde.
Les tenants de cet avis partent
du principe que les problèmes que nous vivons aux niveaux
économique, politique et social ont longtemps duré et que
leur règlement ne peut se faire qu'à long terme. Par conséquent,
disent-ils, un gouvernement qui ne reste en place que 15 mois
ne peut apporter de solution miracle. Comment régler en 15
mois les problèmes du chômage, de l'inflation, du déficit
budgétaire ou de la bureaucratie ?
Ils
croient que le fait que 20 ministres de la vieille garde soient
restés dans le nouveau gouvernement prouve qu'il existe une
volonté de revenir à la situation antérieure. Le but de leur
présence étant de freiner l'élan de la nouvelle direction
pour garantir un retour aux vieilles méthodes.
Il est vrai que
les gens se sont posés des questions sur le maintien de ces
20 ministres qui faisaient partie d'un gouvernement qui avait
mené le pays vers une situation intenable. C'est pourquoi
le changement était inévitable. Mais ceci ne voulait pas dire
non plus que tout ministre ayant fait partie de l'ancien gouvernement
doit impérativement partir. Le maintien de certains anciens
ministres était donc envisageable, surtout pour ceux qui ont
réussi dans leurs fonctions. Mais les gens se sont arrêtés
devant le maintien de certains ministres qui sont des symboles
de la vieille garde et qu'on voulait à tout prix changer.
Il ne s'agit de changer des ministres maintenus à leurs postes
pendant de longues années, mais plutôt de changer des situations
déterminées illustrées par ces ministres qui n'ont pas su
s'adapter aux nouvelles réalités. Des réalités qui nécessitaient
une plus grande compréhension des problèmes du peuple et une
nouvelle vision pour traiter nos crises chroniques. Sans oublier
le fait que d'autres ministres étaient décriés pour leur malhonnêteté
au point de devenir des symboles de la corruption.
Le maintien de
certains ministres dont on s'attendait au départ était peut-être
l'une des raisons qui ont incité les gens à s'imaginer que
la nomination de 14 nouveaux ministres n'était qu'une parenthèse
qui sera vite fermée dans 15 mois.
Une telle analyse
signifie que l'actuel gouvernement est effectivement divisé
en deux, le premier groupe représentant les aspirations des
citoyens et l'autre symbolisant le passé. Comment pourrait-il
y avoir une harmonie entre ces deux groupes pour mettre en
application les nouvelles politiques affichées par le premier
ministre ? Le gouvernement sera-t-il capable de résoudre
les problèmes en suspens à l'ombre de cette dualité ?
Il est normal
qu'à la tenue des prochaines élections, les Egyptiens jugeront
le bilan de l'actuel gouvernement. Une période d'un an, même
si elle est insuffisante pour régler nos problèmes, sera suffisante
pour évaluer l'action entreprise par le gouvernement.
Ce que les gens
attendent du gouvernement Nazif n'est pas de régler tous les
problèmes du pays en 15 mois. Mais de voir dans quel sens
vont ses orientations et ses politiques qui détermineront
s'il s'agit de faire du surplace ou d'avancer de l'avant.
Les premières déclarations faites par le nouveau premier ministre
annonçaient des « solutions non-conventionnelles ».
Cela tombe bien, car nos problèmes ont besoin de solutions
effectivement nouvelles et inédites. Cela a suscité de l'optimisme,
mais reste néanmoins prudent. Ce sentiment de prudence durera
jusqu'à la tenue des prochaines élections. A ce moment-là,
les gens pourront évaluer la performance du gouvernement et
juger s'ils sont devant une situation de déjà-vu ou devant
un élan de renouveau.
Partant, il est
erroné d'imaginer que la tenue des élections dans 15 mois
est une échéance pour demander des comptes au gouvernement
et savoir s'il a réussi ou non à trouver des solutions à nos
problèmes chroniques. Cependant, il est clair qu'à la fin
de ces 15 mois, il sera nécessaire de marquer une pause pour
savoir si le gouvernement est sur la bonne voie.
Nous avons vu
beaucoup de responsables sérieux qui sont parvenus à gagner
la confiance des gens. Certains gouverneurs, par exemple,
ont gagné l'appui des habitants de leur gouvernorat ces dernières
années. Non pas parce qu'ils ont réussi à résoudre tous les
problèmes auxquels ils faisaient face, mais parce que les
gens ont constaté l'existence d'une nouvelle politique qui
a eu des effets positifs sur leur vie de tous les jours.
Donc, le gouvernement
d'Ahmad Nazif a la mission de convaincre les gens qu'il détient
les solutions. Un tel constat sera possible lorsque les gens
verront les répercussions positives des nouvelles politiques
sur leur vie quotidienne. Si tel est le cas, ce gouvernement
consolidera ses assises populaires et ceux qui croient à sa
disparition après les 15 mois auront eu tort.