L'accord d'Accra, qui n'est
pas le premier du genre, indique qu'il faut « remettre
le processus de paix sur la bonne voie » et que « les
forces politiques de Côte-d'Ivoire ont notamment convenu d'examiner
les critères d'éligibilité à la présidence de la République »
et d'« autres réformes législatives ».
Selon les termes de l'accord
publié à l'issue du sommet, les forces rebelles qui contrôlent
le nord du pays et « tous les paramilitaires et milices »
débuteront leur désarmement d'ici le 15 octobre, après l'adoption
des réformes politiques prévues par les accords de paix de Marcoussis
(signés en région parisienne en janvier 2003). L'accord prévoit
également la tenue, dès la semaine prochaine, d'un conseil des
ministres en présence des deux titulaires des Forces Nouvelles
(FN, ex-rébellion) et de celui issu de l'opposition qui avaient
été limogés le 19 mai dernier. Depuis la fin mars, pratiquement
tous les partis politiques ainsi que les ministres issus de
l'ex-rébellion ont claqué la porte du gouvernement de réconciliation
nationale du premier ministre Seydou Diarra, à la suite de la
répression sanglante d'une manifestation d'opposition à Abidjan.
Autre réforme politique citée
par le communiqué, celle concernant la loi sur l'éligibilité.
Selon l'accord, le président ivoirien Laurent Gbagbo doit user
de ses pouvoirs constitutionnels pour faire adopter un amendement
à l'article 35 de la Constitution qui empêche pour l'instant
l'opposant Alassane Ouattara de se présenter à la présidentielle
de 2005. Les accords de paix de Marcoussis prévoyaient une modification
de cet article, demandant que tout candidat à la présidentielle
soit « né de père OU de mère ivoirienne d'origine »
et non plus « né de père ET de mère ivoiriens d'origine ».
Les conditions d'élection à
la présidence constituent, en effet, l'un des principaux obstacles
à un règlement de la crise ivoirienne. Alassane Ouattara, ancien
chef de gouvernement du président Félix Houphouët-Boigny, dont
un seul parent serait ivoirien, ne peut se présenter à la prochaine
élection si cette disposition n'est pas adoptée. Les rebelles
ont mis en avant l’inéligibilité de M. Ouattara comme l'un des
catalyseurs de leur soulèvement. Favorisant une application
stricte de la Constitution et redoutant, pour la prochaine présidentielle,
la popularité ascendante d'Alassane Ouattara, en particulier
dans le nord tenu par les ex-rebelles, le Front Populaire Ivoirien
(FPI) de Laurent Gbagbo a toujours refusé d'évoluer sur ce fameux
article 35.
Cette énième rencontre de la
« dernière chance », qui a réuni les poids
lourds de la politique africaine (Bongo, Mbeki, Gnassingbé,
Compaoré, etc.), a eu lieu sous la double férule du président
ghanéen John Kufuor, en sa qualité de président de la Communauté
des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et du secrétaire général
de l'Onu Kofi Annan. Ont aussi fait le déplacement pour Accra
les principaux acteurs de la crise ivoirienne : le président
déchu Henri Konan Bédié, l'ancien premier ministre et candidat
évincé de la présidentielle Alassane Ouattara, et son porte-flambeau
rebelle Guillaume Soro, le dirigeant des ex-rebelles, de même
que plusieurs représentants d'autres partis politiques ivoiriens.
La France, qui dispose en Côte-d'Ivoire de 4 000 soldats
dans le cadre de l'opération militaire « Licorne »,
n’a pas participé au sommet, sans doute pour éviter de donner
des arguments au camp présidentiel, qui n’a cessé de dénoncer
les accords de Marcoussis comme une ingérence néo-coloniale.
Mais les gestes de conciliation
qui auraient été faits à Accra sont menacés par les bénéficiaires
des prédations économiques dans l’un ou l’autre des camps. Dans
un rapport récent intitulé « Pas de paix en vue »,
l'International Crisis Group (ICG) ne se montre guère
optimiste. « Plusieurs éléments de l'équation ivoirienne
vont à l'encontre d'un règlement politique », peut-on
y lire. A commencer par l'argent. « Il n'y a pas que
les élites politiques qui profitent de cette situation de ni
paix ni guerre », assure l'ONG citant « les
miliciens » des deux bords, des « hommes d'affaires »
et des caciques locaux.
Conscients du risque de voir
le conflit ivoirien déborder sur les Etats voisins ne serait-ce
que par la détérioration de la situation économique régionale,
plusieurs diplomates ouest-africains ont indiqué que dans l’hypothèse
où M. Gbagbo se refuserait à faire toute concession, ils demanderaient
aux Nations-Unies d'exercer des sanctions ciblées contre son
régime. Les mesures envisagées sont le gel des avoirs à l'étranger
et l'interdiction de voyager pour les gouvernants ivoiriens.
Répondant à une question d'un
journaliste sur l'éventualité de sanctions en cas de non respect
de l'accord, Kofi Annan s’est contenté de dire que « le
Conseil de sécurité de l'Onu se réserve le droit de prendre
les mesures nécessaires pour assurer la paix et la sécurité »
en Côte-d'Ivoire. Reste à savoir si les Ivoiriens prendront
au sérieux ces avertissements.