L'Iraq
n'en finit pas de s'empêtrer dans une situation qui gagne chaque
jour en confusion. Après les actes menés par la rébellion contre
les forces étrangères, notamment américaines, les attentats,
les prises d'otages étrangers comme nouveau moyen de pression,
la violence a franchi un nouveau pas cette semaine. En effet,
c'est une vague d'attentats sans précédent qui a frappé dimanche
au moment des vêpres plusieurs églises chrétiennes à Bagdad
et Mossoul faisant au moins dix morts et une cinquantaine de
blessés. De quoi envenimer la situation et attiser les tensions
intercommunautaires, dans un pays qui compte 60 % de chiites,
20 % de sunnites, 17 % de Kurdes et 3 % de chrétiens.
Il ne s'agit plus là de combattre l'occupant, mais de créer
ou plutôt de raviver des rivalités déjà existantes et qui risquent
de mener au chaos.
A la suite de ces attentats, le président iraqien
Ghazi Al-Yaouar ne pouvait qu'appeler à l'unité des Iraqiens,
affirmant que « de tels actes terroristes qui nuisent
à la sécurité du peuple sont la marque de l'accroissement de
la haine de ceux qui organisent ces crimes contre le peuple
iraqien ». Même son de cloche auprès de la plus haute
autorité religieuse chiite d'Iraq, le grand ayatollah Ali Sistani,
qui a qualifié lundi de « crimes terribles »
les attentats contre cinq églises à Bagdad et Mossoul. « Nous
dénonçons et condamnons ces terribles crimes et nous estimons
qu'il est nécessaire d'unifier nos efforts. Nous devrions travailler
tous ensemble, le gouvernement et le peuple, afin de mettre
un terme aux attaques contre les Iraqiens », a indiqué
le bureau de l'ayatollah Sistani à Najaf, la ville sainte chiite
du sud de l'Iraq. La figure emblématique des chiites iraqiens
a aussi condamné ces attentats comme « une campagne
criminelle qui vise l'unité, la stabilité et l'indépendance
de l'Iraq ». Auparavant, c'était le patriarche chaldéen,
chef de la plus importante communauté chrétienne d'Iraq, Mgr
Emmanuel Delly, qui avait appelé les chrétiens et musulmans
d'Iraq à l'union.
Les sunnites de leur côté n'ont pas manqué
de condamner les attaques et surtout de pointer du doigt « des
parties étrangères », qui seraient, selon le Comité
des oulémas sunnites iraqiens, à l'origine des attentats anti-chrétiens.
Ces parties veulent « diviser le peuple iraqien et veulent
que le chaos perdure dans l'intérêt des occupants »
de l'Iraq, a indiqué le comité dans un communiqué.
Ces attentats anti-chrétiens n'ont pas été
les seuls actes de violence qui ont secoué l'Iraq cette semaine.
Combats entre rébellion et forces américaines et bombardements
américains à Falloujah (au moins 10 morts) ; explosion
d'une voiture piégée devant un commissariat de Mossoul (4 morts
et 51 blessés) ; explosion d'un engin piégé peu après le
passage d'un convoi américain dans une rue du centre de la capitale
(2 Iraqiens tués et 2 blessés) ; explosion d'un engin télécommandé
près de Samarra, à 120 km au nord de Bagdad (un soldat américain
tué et deux ont été blessés) ; la situation reste explosive
dans les quatre coins du pays.
Cette situation a poussé le secrétaire d'Etat
américain Colin Powell à appeler dimanche depuis Varsovie les
pays de la coalition à ne pas faiblir dans leur engagement en
Iraq, malgré la violence et les prises d'otages. « Nous
devons rester aux côtés du peuple iraqien pour l'aider à bâtir
une vie meilleure », a déclaré le chef de la diplomatie
américaine.
Powell a également déclaré qu'après les élections
prévues en Iraq pour janvier, si la violence diminuait et si
les forces iraqiennes étaient prêtes, « nous examinerions
les besoins en forces et consulterions nos partenaires »
pour voir « quelles seraient leurs capacités
en termes de présence en Iraq ».