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Théâtre . Ahlam chaqiya (Rêves espiègles), pièce mise en scène par Mohamad Aboul-Séoud, dénonce la soumission et la passivité de la femme. Symbolique et spiritualisme y occupent également une large place.

Le rêve, l’espoir et le salut

Le rêve n’est-il pas un moyen d’espérance ? Ne s’agit-il pas de la concrétisation d'un espoir, d’une aspiration, d’un désir ? Mais lorsqu'il s'agit surtout de rêves avortés, ou plutôt de cauchemars, que faut-il espérer ?

Le titre et le début de la pièce Ahlam chaqiya (Rêves espiègles), d'après un texte du dramaturge syrien Saadallah Wannous, soulèvent autant de questions. La pièce accorde un intérêt particulier à la femme et à sa vie intime, notamment dans les sociétés arabes. Or, la femme, chez Wannous, suggère aussi la patrie dans un sens absolu.

C'est l'histoire de Marie, une dame d'un certain âge et épouse de Farès, débauché qui ne s’intéresse qu’aux plaisirs charnels. Il transmet une maladie sexuelle à sa femme, de quoi l'empêcher d'avoir un enfant. Durant 26 ans de mariage, Marie ne cesse d’imaginer l'arrivée de cet enfant qu'elle n'a jamais eu. Elle trouve l’image de ce fils tant espéré dans le personnage d'un jeune nouveau locataire d'une chambre située à l'étage supérieur. C'est aussi l'histoire de Ghada, moins âgée, et mariée à son cousin, officier. Ce dernier ne cesse de l'humilier, la traitant comme son esclave. Elle ne rêve que d'un homme tendre avec qui elle pourrait communiquer. Ghada trouve aussi dans le nouveau locataire la concrétisation d'un rêve brisé.

Les deux femmes, soumises et insatisfaites, imaginent alors les détails de leur relation avec ce nouveau locataire. Pour toutes les deux, c'est l’espoir, le salut.

C'est alors que leurs maris respectifs décident de se débarrasser du nouveau locataire, et les deux voisines s'attachent ensemble à leur dernier espoir, celui du changement.

Ce texte est l'une des pièces écrites par Saadallah Wannous dans les années 1990, après une longue période de silence. Contrairement à ses textes politiques des années 1960 et 70, où il a souvent abordé l’Histoire ainsi que le rapport entre Etat et citoyen, ses œuvres des années 1990 sont marquées par sa lutte contre le cancer et par un certain individualisme latent. Les problèmes de l’individu sont à l'ordre du jour dans ses textes les plus récents, toujours teintés de politique.

Dans Ahlam chaqiya, une scène évoque l’union entre l’Egypte et la Syrie, les rêves avortés de la Révolution de 1952, et les réformes nassériennes. Autant de rêves que l’on continue à déplorer sans vraiment réagir. En même temps, l'on retrouve Marie et Ghada, lesquelles représentent, de manière implicite, les déceptions arabes, en quête d'une accalmie.

Tout au long de la pièce, le metteur en scène Mohamad Aboul-Séoud nous plonge dans une ambiance symbolique et spirituelle basée sur l'idée du salut.

La scène est divisée en deux. D'une part, il y a le décor de la chambre à coucher de Marie. Et de l'autre, celui d’une modeste cuisine et d’une petite salle à manger, chez Ghada. Ainsi, l'on pénètre au fur et à mesure l'intimité des deux femmes.

Une grande icône du Christ est placée près de la fenêtre du locataire. Est-ce une allusion à l’idée du salvateur ? Faut-il toujours attendre l'arrivée du Messie ?

S’ajoutent au décor, le chant et la musique de Mohamad Aboul-Kheir. Il s’agit en fait d'extraits lyriques de la Bible qui introduisent ou clôturent les diverses scènes. On entend une belle voix mélancolique déplorant son sort ou demandant l'aide de Dieu … Toujours dans le but de créer une ambiance émouvante et spirituelle.

Le jeu de lumières est traditionnel, la plupart du temps. Un éclairage légèrement orangé, entourant la fenêtre du locataire symbolise toujours l’idée du salvateur, de l’espoir, du soleil. Dans la scène du rêve, l’éclairage joue le rôle primordial. Le violet s’empare de la scène, c’est l’illusion. Des projections en blanc émanant des planches et du plafond entourent le personnage du locataire d'un halo quasiment sacré.

Mais le rêve tourne au cauchemar, faisant allusion à la réalité amère. Pourtant, Wannous affirme qu’il y a toujours de quoi espérer. Le dramaturge l'a bien constaté dans son discours prononcé en 1996, à l’occasion de la journée mondiale du théâtre : « Nous sommes mus par l’espoir. Et ce qui se passe aujourd’hui ne peut être la fin de l’Histoire ».

May Sélim

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Ahlam chaqiya, de Saadallah Wannous, mise en scène de Mohamad Aboul-Séoud, tous les jours à 21h30 (relâche le lundi) au théâtre Al-Hanaguer, terrain de l’Opéra. Tél. : 735 68 61.

 

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