Si
le profil du cinéaste Ali Idriss est peu connu, Adel Imam
est par contre une vedette appréciée par le public égyptien
depuis des années. Or, ce n'est pas dans le film du premier
qu'Adel Imam peut étaler la gamme virtuose de son talent.
Premiers plans du film : distribution de gifles par
Khattab (Adel Imam) aux passants, réprimande d'un conducteur
qui drague sa fille, Habiba (Hala Chiha). La foule se
rassemble, la police intervient, le trafic bouchonne et
tout le pays devient témoin de l'acharnement de Khattab
à protéger sa fille contre ses courtisans. Puis, le film
déroule le fil usé des agitations de ce père qui chasse
les mâles qui convoitent sa fille et la demandent en mariage.
Son entreprise se situe dans l'intervalle de l'idiotie
et de la lucidité d'un père conscient du fait qu'il va
devoir céder sa fille à un mari, qui deviendra son rival,
mais qui s'emploie à ce que cela n'advienne pas.
Le prénom Habiba, attribué à sa fille,
reflète sa bienveillante affection. Il lui construit en
douce un univers singulier sans que le film n'aborde la
question filiation/transmission. Que lui inculque-t-il
au juste ? La fiction ne fait pas surgir la trajectoire
de Khattab, ni une démonstration de son savoir-faire ou
de sa culture. De fait, le savoir-faire de Khattab se
reporte sur des gestes incongrus : drague de touristes
écervelées dans le bazar d'antiquités qu'il possède, burlesque
généralisé : ébats sexuels sous le nez du Sphinx,
dans un décor improvisé au gré de l'imaginaire de la touriste
qu'il courtise. Dans une phrase suggestive, au cours d'une
séquence de débandade, il dit : « Puisque
c'est le règne du foutoir, mettons-nous y ».
De quoi se demander pourquoi se complaît-il dans la nonchalance
ou l'indifférence enlaidissantes. Si son but est de se
moquer d'un secteur d'affaires, le commerce d'objets touristiques,
il n'est pas convaincant de la sorte. Un homme est la
somme de parcours qui fondent ou non son ascension sociale.
Or, rien dans l'attitude de Khattab n'atteste qu'il est
un autodidacte, ou qu'il a bâti sa fortune à force de
travail et de persévérance. Le film avance donc sur la
ligne ténue de sa composition en creux.
La stratégie de Tareq (Chérif Mounir),
officier de la sécurité de l'Etat et prétendant de Habiba,
est de guérir Khattab de son délire obsessionnel, le ramenant
à sa dimension d'homme, partagé entre ses frasques sexuelles
et la fragilité de sa tentative de s'approprier l'univers
et l'avenir de sa fille. Dès lors, le film se poursuit
dans des heurts entre ce prétendant amoureux et tenace
et le père intransigeant, levant progressivement un comique
qui procède plutôt du simplisme et de la dérision que
du sérieux. Jusqu'aux noces fracassantes de Tareq et Habiba,
leur séparation et enfin leurs retrouvailles.
Sûrement pas un grand film, peut-être
pas même un beau film. On a du mal à adhérer au comique
d'échecs répétés jusqu'à l'absurde de Khattab. Comique
fondé sur des entrées tonitruantes et des sorties ratées.
Avant tout, filmer, c'est avancer, emboîter le pas à ce
qui s'enfonce, non pour s'y fondre mais pour évoluer.
Rappelons que la grande réussite d'Adel
Imam tient à ce qu'il a su construire, à des moments phares,
la tension de nos rapports à une réalité traversée par
des mutations politiques et économiques bouleversantes,
dans les rôles de chef de gang, d'avocat, de petit fonctionnaire,
terroriste, voire idiot mais insoumis. Et ce dans des
films où la mise en scène tire sa force, sa violence et
son comique de situations difficiles mais réversibles.
Maintenant, s'il ne trouve pas un rôle à sa mesure, il
doit s'abstenir de jouer. Les fonds investis dans ce film
sans intérêt auraient pu servir à des enjeux actuels de
cinéastes égyptiens qui veulent rompre avec la légèreté
pour une vision juste de notre situation.